Les 7 chakras : d’où vient ce symbole, et comment il est arrivé dans les bijoux
Les chakras sont une notion issue de traditions religieuses de l’Inde, liées au tantra et au yoga, réinterprétée en Occident au XXe siècle. Le système « 7 chakras, 7 couleurs » que l’on voit sur les bijoux est une construction moderne, et aucun effet n’en est établi.
Que veut dire « chakra » ?
Chakra est un mot sanskrit qui signifie « roue », rappelle Kurt Leland, historien du système occidental des chakras, dans Quest, la revue de la Société théosophique d’Amérique. Son article n’en est pas moins critique envers les théosophes et les auteurs New Age, comme on le verra. Dans certaines traditions religieuses de l’Inde, liées au tantra et au yoga, il désigne des centres que la pratique méditative et rituelle chercherait à éveiller, le long d’un axe du corps.
Leland résume ainsi l’enseignement des textes anciens : leur activation, au prix d’une pratique méditative et rituelle exigeante, devait conduire, par étapes, à un élargissement de la conscience, à l'« éveil » et à la libération du cycle des renaissances. C’est donc d’abord une notion religieuse, au sein de traditions vivantes. Nous la décrivons pour son histoire, sans la juger et sans lui prêter d’effet.
D’où vient le système des chakras ?
D’Inde, et de textes très divers. Leland, qui a consacré un livre à cette histoire, rapporte une découverte qui l’a d’abord dérouté : selon les systèmes indiens, on compte de quatre à quarante-neuf chakras. Il n’y a donc pas un système unique, mais des traditions différentes.
Le texte le plus connu en Occident est le Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa, la « description des six centres ». Selon John Woodroffe, qui l’a traduit, il est l’œuvre de Pūrṇānanda, un maître tantrique du Bengale. Ce n’est pas un livre indépendant, mais une partie d’un ouvrage plus vaste, le Śrītattvacintāmaṇi, composé en 1577.
Comme son titre l’indique, ce texte décrit six centres : mūlādhāra, svādhiṣṭhāna, maṇipūra, anāhata, viśuddha et ājñā. Il y ajoute, au sommet de la tête, le « lotus aux mille pétales », sahasrāra. C’est de là que vient, après coup, le chiffre de sept.
Comment les chakras sont-ils arrivés en Occident ?
Par deux chemins, qui ne disent pas la même chose.
Le chemin des traducteurs. En 1919, Sir John Woodroffe publie sous le pseudonyme d’Arthur Avalon The Serpent Power, une traduction commentée du Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa. Il s’efforce d’y rendre l’enseignement des textes indiens.
Le chemin des théosophes. La Société théosophique, dont Helena Blavatsky fut l’une des fondatrices, a repris et transformé ces idées. Leland date des années 1880 l’apparition, dans ces milieux, d’une base de sept chakras. En 1927, le théosophe Charles W. Leadbeater publie The Chakras, un livre fondé sur ce qu’il présente comme sa propre clairvoyance.
Woodroffe lui-même marquait la différence. Dans The Serpent Power, il note que le récit d’un auteur théosophe, Leadbeater, ne prétend pas représenter l’enseignement des yogis indiens, mais son explication personnelle de sa propre expérience.
D’où viennent les couleurs de l’arc-en-ciel ?
Pas des textes indiens. Leland le souligne : dans ces textes, les chakras ont des couleurs, mais il n’y a pas d’arc-en-ciel.
Selon lui, l’attribution d'une seule couleur à chaque chakra, dans l’ordre du spectre, apparaît dans les années 1930. On trouve alors sept couleurs, avec l’indigo, ou six couleurs plus le blanc.
Qui a construit le système occidental ?
Personne en particulier, selon Leland : ce fut une « collaboration involontaire », sur un siècle, entre des acteurs très différents :
- des ésotéristes et des clairvoyants, souvent issus de la théosophie ;
- des indianistes, spécialistes de la culture et des religions de l’Inde ;
- le mythologue Joseph Campbell ;
- des psychologues, de Carl Jung aux fondateurs du mouvement du « potentiel humain » en Californie ;
- et des yogis indiens, dont certains enseignements présentés comme anciens reprenaient le système de couleurs de Leadbeater.
Leland date de ce parcours plusieurs étapes : des noms non sanskrits dans les années 1920, les couleurs dans les années 1930, puis une liste de « qualités » attribuées à chaque chakra. Selon lui, les couleurs de l’arc-en-ciel et cette liste ne se sont rejointes dans un même livre qu’en 1977. L’ensemble était à peu près fixé vers 1990.
Il en conclut que ce système présenté comme « ancien » n’avait, en 2017, qu'une quarantaine d’années. Il cite l’historien des religions Olav Hammer sur une habitude des auteurs New Age : ne pas indiquer leurs sources.
Et les pierres ?
C’est la dernière couche de cette histoire, et la moins documentée.
Leland range les pierres et les minéraux parmi les innombrables correspondances que l’ésotérisme occidental a ajoutées aux chakras, à côté des notes de musique, des signes astrologiques ou des cartes de tarot. Il ne les date pas.
Nous n’avons trouvé aucune source sérieuse qui dise quand, et par qui, une pierre a été associée à chaque chakra. Les listes que nous avons vues varient d’un vendeur à l’autre et semblent suivre surtout la couleur.
C’est pourquoi nous ne publions pas de tableau « chakra → pierre ». Il présenterait comme un savoir ce qui n’est qu’une convention commerciale récente, sans origine connue. Si une couleur vous attire, nos fiches décrivent les pierres elles-mêmes : leur composition, leur histoire, leurs traitements et leur entretien.
Un symbole, pas un mode d’emploi
Aujourd’hui, les sept couleurs des chakras sont devenues un motif de bijoux, par exemple sur des bracelets de sept perles de couleurs différentes. Porter ce motif peut avoir un sens personnel, esthétique ou spirituel.
Mais il faut le dire clairement : aucun effet des chakras, ni des pierres qu’on leur associe, n’est établi. Ce sont des croyances, issues de traditions religieuses de l’Inde puis réinterprétées en Occident. Nous les respectons comme telles, et nous ne leur prêtons rien de plus.
Pour comprendre les pierres de ces bracelets, et leurs éventuelles teintures, notre guide pour reconnaître une vraie pierre explique les mentions que la loi impose.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de chakras ?
Cela dépend des traditions. L’historien Kurt Leland, dans la revue de la Société théosophique d’Amérique, relève que les systèmes indiens en comptent de quatre à quarante-neuf. Le texte traduit en anglais en 1919 par John Woodroffe décrit six centres, plus un septième au sommet de la tête. Le chiffre sept s’est imposé en Occident à partir de la fin du XIXe siècle.
Les couleurs des chakras sont-elles anciennes ?
Non. Selon Kurt Leland, les textes indiens donnent des couleurs aux chakras, mais pas celles de l’arc-en-ciel. L’attribution d’une seule couleur à chaque chakra, dans l’ordre du spectre, apparaît dans les années 1930.
Qui a associé des pierres aux chakras ?
Nous ne savons pas. Kurt Leland cite les pierres parmi les nombreuses correspondances ajoutées en Occident, sans les dater. Nous n’avons trouvé aucune source sérieuse qui dise quand et par qui ces associations ont été fixées.
Les chakras ont-ils un effet ?
Aucun effet n’est établi. Les chakras relèvent de croyances religieuses et spirituelles, que nous décrivons pour leur histoire, sans leur prêter d’effet.
Sources
- Arthur Avalon (Sir John Woodroffe), The Serpent Power, being the Ṣaṭ-cakra-nirūpaṇa and Pādukā-pañcaka, préface datée de 1918 (Internet Archive)
- K. Leland, The Rainbow Body: How the Western Chakra System Came to Be, Quest, revue de la Société théosophique d’Amérique, 105.2 (printemps 2017), p. 25–29
- C. W. Leadbeater, The Chakras: A Monograph, Theosophical Publishing House, première édition 1927 (PDF) (source culturelle, sur la tradition)