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Bijoux qui ne noircissent pas : quelles matières choisir ?

Un bijou noircit quand son métal réagit avec l’air ou la peau : l’argent se couvre de sulfure noir, le cuivre et le laiton s’oxydent, et une fine dorure finit par s’user. L’acier inoxydable, le titane et l’or massif tiennent bien mieux, mais « hypoallergénique » n’est pas une garantie : c’est la libération de nickel qui compte.

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Pourquoi un bijou noircit-il ?

Un bijou noircit parce que son métal réagit avec ce qui l’entoure : l’air, l’humidité, la peau. Le résultat dépend du métal.

L’argent se couvre de sulfure. L’Institut canadien de conservation (ICC) explique que le ternissement de l’argent est une couche de sulfure d’argent noir. Elle se forme au contact des composés soufrés présents dans l’air, comme le sulfure d’hydrogène. Une couche fine paraît jaune, ou prend les couleurs de l’arc-en-ciel ; une couche épaisse est noire. L’argent n’est donc pas « de mauvaise qualité » quand il noircit : c’est sa chimie normale.

Le cuivre et ses alliages s’oxydent. Le laiton et le bronze contiennent du cuivre. Selon l’ICC, le cuivre forme des produits de corrosion verts ou bleu-vert, et les acides organiques réagissent avec lui pour former ces composés verts.

La dorure s’use. Un bijou doré ou plaqué n’a qu’une fine couche d’or sur un autre métal. L’or, lui, ne s’altère pas. Mais quand la couche s’use, le métal du dessous réapparaît, et c’est lui qui ternit.

Pourquoi la peau verdit-elle sous une bague ?

La trace verte vient presque toujours du cuivre : celui du laiton, du bronze, ou de l’alliage caché sous une dorure usée. L’ICC rappelle que le cuivre et ses alliages forment des composés verts en se corrodant.

Nous n’avons pas trouvé de source institutionnelle qui détaille la réaction exacte avec la sueur. Nous n’irons donc pas plus loin que ce que dit l’ICC. Ce que vous pouvez faire : laver la trace à l’eau et au savon, garder la bague sèche, et la retirer pour vous laver les mains ou faire du sport.

Si une rougeur ou une gêne apparaît et dure, retirez le bijou et parlez-en à un médecin.

Quelles matières ne noircissent pas, ou très peu ?

Aucune matière n’est éternelle. Voici celles qui tiennent le mieux, et pourquoi.

  • L’acier inoxydable. Selon l’ICC, c’est un alliage de fer, de chrome et de nickel, qui ne rouille pas facilement. Il ne se couvre pas de sulfure comme l’argent. C’est la matière la plus simple pour un bijou porté tous les jours.
  • Le titane. La Royal Society of Chemistry explique qu’il se protège lui-même par une fine couche d’oxyde, qui l’empêche de se corroder.
  • L’or massif. Toujours selon la Royal Society of Chemistry, l’or est chimiquement peu réactif et ne se corrode pas. En France, un bijou ne peut être vendu comme « or » que si son titre atteint au moins 375 millièmes (Code de commerce, article L832-6). Le reste de l’alliage, lui, peut contenir d’autres métaux.

Les bijoux en pierres naturelles enfilées sur un élastique n’ont pas ce souci : sans métal au contact de la peau, rien ne peut noircir ni verdir. Seuls les fermoirs et les perles intercalaires en métal sont à surveiller.

L’acier 316L : pourquoi on le recommande

L’acier inoxydable contient souvent du nickel. Cela peut sembler gênant. Mais ce qui compte, pour la peau, n’est pas la quantité de nickel dans l’alliage : c’est celle qui s’en libère.

L’INRS, l’organisme français de référence pour la prévention des risques professionnels, le dit clairement dans sa fiche sur le nickel : la capacité à libérer du nickel ne dépend pas de la teneur de l’alliage. La plupart des aciers inoxydables courants, cités nommément (AISI 304, 304L, 316, 316L, 310S, 430), sont pauvres en soufre et libèrent moins de 0,5 µg de nickel par cm² et par semaine. Ce seuil est justement la limite européenne pour les bijoux. À l’inverse, l’INRS signale qu’un acier riche en soufre, l’AISI 303, peut en libérer davantage.

Retenez donc : « acier inoxydable » ne suffit pas. Un bon vendeur précise la nuance, 316L le plus souvent, et peut montrer un rapport d’essai de libération du nickel.

Plaqué or, doré, vermeil : que disent les mots ?

En France, ces mots ont un sens précis. Depuis le 1er juillet 2025, ils sont fixés par le Code de commerce et par l’article 212 A de l’annexe III du Code général des impôts.

Mention Ce que la loi exige
Or Un titre d’au moins 375 millièmes (Code de commerce, L832-6)
Plaqué or, doublé or Une couche d’or d’au moins 500 millièmes (L832-7), épaisse d’au moins 3 microns, 5 pour l’horlogerie (CGI, ann. III, art. 212 A)
Vermeil De l’argent au titre légal, recouvert d’une couche d’or d’au moins 750 millièmes (L832-8) et d’au moins 5 microns (art. 212 A)
Doré Une couche d’or qui n’atteint pas ces conditions : c’est la seule mention permise (art. 212 A)

Un micron, c’est un millième de millimètre. Même 3 microns d’or, c’est très fin. Une couche aussi fine finit par s’user, surtout sur une bague ou un bracelet qui frotte. C’est pour cela qu’un bijou plaqué ou doré peut, avec le temps, ternir ou verdir à certains endroits.

Pour un bijou en acier recouvert d’une couleur dorée, la mention honnête est « acier inoxydable doré ». C’est celle que nous emploierons.

« Hypoallergénique » : ce que dit vraiment la règle sur le nickel

Le mot « hypoallergénique » n’a pas de définition légale que nous ayons trouvée. Il ne garantit rien à lui seul. La vraie règle, en Europe, porte sur le nickel.

Le nickel est l’allergène de contact le plus fréquent en Europe, selon l’INRS. La même fiche estime que l’allergie au nickel touche de 10 à 15 % des femmes et de 2 à 5 % des hommes dans la population générale européenne. Avant la première directive européenne de 1994, les bijoux fantaisie, avec le perçage des oreilles, en étaient la principale source.

Le règlement européen REACH limite donc la libération de nickel. Son annexe XVII, entrée 27, interdit le nickel :

  • dans les tiges introduites dans les oreilles et les autres parties percées du corps, si elles libèrent 0,2 µg de nickel ou plus par cm² et par semaine ;
  • dans les articles en contact direct et prolongé avec la peau (boucles d’oreilles, colliers, bracelets, chaînes, bagues, bracelets de cheville, montres…), s’ils en libèrent plus de 0,5 µg par cm² et par semaine ;
  • dans ces mêmes articles recouverts d’un autre métal, si le revêtement ne tient pas cette limite pendant au moins deux ans d’usage normal.

La méthode d’essai de référence est la norme EN 1811, précise l’INRS. Une autre norme, EN 12472, simule d’abord deux ans d’usure et de corrosion sur les bijoux revêtus.

Un bijou vendu dans l’Union européenne doit donc déjà respecter ces limites. Ce qu’il faut demander à un vendeur, ce n’est pas s’il est « hypoallergénique », mais s’il dispose d’un rapport d’essai de libération du nickel pour ce bijou.

Comment entretenir un bijou pour qu’il dure ?

  • L’argent. L’ICC recommande de prévenir le ternissement plutôt que de polir souvent : chaque polissage retire un peu d’argent. Rangez vos bijoux en argent dans une boîte fermée ou un sachet. Les tissus anti-ternissement, chargés de particules d’argent, captent les gaz soufrés avant qu’ils n’atteignent le bijou.
  • Le plaqué et le doré. La couche est fine : pas de produit abrasif, pas de frottement fort. Un chiffon doux suffit.
  • L’acier inoxydable. Eau tiède, savon doux, rinçage et séchage.
  • Pour tous. Retirez vos bijoux pour la douche, la piscine, le sport et le ménage. Rangez-les séparément pour éviter les rayures.

Si vous êtes allergique au nickel, l’INRS cite un test simple, à la diméthylglyoxime : un coton-tige imprégné de ce liquide rosit au contact d’un métal qui libère du nickel. Votre médecin ou un dermatologue peut vous en parler.

Questions fréquentes

Un bijou en acier inoxydable peut-il noircir ?

Très peu. L’Institut canadien de conservation note que l’acier inoxydable ne rouille pas facilement. Il peut se ternir ou se rayer, mais il ne se couvre pas de sulfure noir comme l’argent.

Que veut dire « hypoallergénique » sur un bijou ?

Ce mot n’a pas de définition légale que nous ayons trouvée. La vraie règle, en Europe, est la limite de libération de nickel fixée par le règlement REACH : 0,5 µg par cm² et par semaine pour un bijou en contact prolongé avec la peau. Demandez au vendeur si le bijou respecte cette limite.

L’acier inoxydable contient-il du nickel ?

Souvent, oui. Mais selon l’INRS, la plupart des aciers inoxydables courants, dont le 316L, libèrent moins de 0,5 µg de nickel par cm² et par semaine. Ce qui compte n’est pas la quantité de nickel dans l’alliage, mais celle qui s’en échappe.

Pourquoi ma bague laisse-t-elle une trace verte ?

C’est le plus souvent le cuivre de l’alliage. L’Institut canadien de conservation explique que le cuivre et ses alliages forment des produits de corrosion verts.

Un bijou plaqué or finit-il par noircir ?

La couche d’or, elle, ne s’oxyde pas. Mais elle est très fine : 3 microns au minimum en France pour avoir droit au nom « plaqué or ». Une fois usée, le métal qu’elle recouvre réapparaît, et c’est lui qui peut ternir ou verdir.

L’or gris est-il sans nickel ?

Pas toujours. L’INRS indique que le nickel et le palladium servent à blanchir les alliages d’or gris. Si le nickel vous pose problème, demandez la composition.

Sources

  1. Règlement (CE) n° 552/2009 de la Commission du 22 juin 2009, annexe XVII de REACH, entrée 27 (nickel), JO L 164 du 26.6.2009
  2. INRS, Documents pour le médecin du travail n° 121 (2010), fiche TA 84 : allergie de contact au nickel (PDF)
  3. Légifrance, Code général des impôts, annexe III, article 212 A (version du 1er juillet 2025)
  4. Légifrance, Code de commerce, articles L832-6 à L832-9 (appellations fondées sur le titre légal)
  5. Institut canadien de conservation, Note de l’ICC 9/7 : Silver – Care and Tarnish Removal
  6. Institut canadien de conservation, Basic care : recognizing metals and their corrosion products
  7. Royal Society of Chemistry, Periodic Table : Gold
  8. Royal Society of Chemistry, Periodic Table : Titanium