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Bracelet tibétain, bracelet bouddhiste, mala : d’où vient ce chapelet de perles ?

Chapelet tibétain de perles de corail rouge, ponctué de grosses perles vertes de jade, avec des cordons de soie
Chapelet de prière tibétain, XIXe siècle : corail, turquoise, jade, dzi, argile et soie. Rubin Museum of Art, New York. Photo : Rubin Museum of Art, Domaine public, via Wikimedia Commons

Le mala est d’abord un chapelet de prière : un fil de perles qui sert à compter les récitations, en Inde puis dans le bouddhisme, où il compte le plus souvent 108 perles. Au Tibet, on le portait dans la main, à la ceinture, au cou ou enroulé au poignet ; un « bracelet tibétain » du commerce, lui, n’en est pas forcément issu.

Publié le

Qu’est-ce qu’un mala ?

Un mala est un chapelet de prière : un fil de perles que l’on fait glisser entre les doigts pour compter des récitations. Le mot est sanskrit. Le dictionnaire de Monier-Williams, référence des études sanskrites, traduit mālā par « guirlande », mais aussi par « fil de perles, collier, chapelet ». Le chapelet de prière se dit plus précisément japamālā, « un chapelet servant à compter les prières murmurées ».

Ce n’est donc pas, d’abord, un bijou. C’est un objet de pratique religieuse, que l’on retrouve sous des formes voisines dans plusieurs religions. La Britannica de 1911 rapproche ainsi le chapelet catholique, le chapelet des bouddhistes et le tasbih des musulmans, de 33, 66 ou 99 perles.

D’où vient le chapelet de prière bouddhiste ?

Selon les sources que nous avons lues, de l’Inde. En 1909, Immanuel Casanowicz, du musée national des États-Unis, consacre une étude à la collection de chapelets du musée. Il écrit que les hindous sont généralement considérés comme les premiers à l’avoir employé, en citant l’indianiste Monier-Williams, qui le présentait lui-même comme une conjecture.

Casanowicz décrit deux chapelets hindous : celui des fidèles de Shiva, en graines de rudraksha, et celui des fidèles de Vishnou, en bois de tulasi, le basilic sacré, qui compte le plus souvent 108 perles.

Selon lui, le bouddhisme l’a ensuite adopté, surtout dans sa branche dite du Mahayana, le « grand véhicule ». Il y est devenu une partie essentielle de l’équipement du moine. Il ajoute que les pays où le chapelet bouddhique est le plus répandu sont le Tibet, la Chine et le Japon.

Le Rubin Museum of Himalayan Art, à New York, a consacré en 2013 et 2014 une exposition aux chapelets bouddhiques. Elle en présentait des traditions du Tibet, du Bhoutan, de Mongolie, de Chine, de Corée, du Japon, de Thaïlande et de Birmanie.

Pourquoi 108 perles ?

Le chapelet bouddhique complet compte 108 perles. Le Rubin Museum le confirme pour ses chapelets, et nos deux sources anciennes aussi. Mais le pourquoi relève de la tradition, et nos sources n’en donnent pas la même explication :

  • une explication symbolique : selon Casanowicz, les bouddhistes font correspondre ce nombre à 108 états de l’esprit, ou penchants, que la récitation vise à surmonter. Il relève aussi d’autres « 108 » dans la tradition bouddhique, comme les 108 volumes d’une édition des écritures tibétaines ;
  • une explication pratique : Laurence Waddell, en 1895, rapportait qu’au Tibet on justifiait ce nombre par le souci de réciter au moins 100 fois une formule, les perles en plus servant de réserve en cas d’oubli ou de perle perdue. Il écrit que cette raison est « alléguée ».

Ce sont des explications données par la tradition, rapportées par des auteurs extérieurs. Nous les présentons comme telles. Les deux auteurs relèvent aussi que le nombre 108 se retrouve dans le chapelet hindou.

Tous les chapelets bouddhiques n’ont pas 108 perles. Casanowicz signalait des chapelets de 18 et de 16 perles, et des chapelets populaires de 30 ou 40 perles, à côté du chapelet complet des moines. Le Rubin Museum présentait lui aussi des rangs longs et courts.

Comment est fait un chapelet tibétain ?

Nos deux sources anciennes le décrivent de façon concordante :

  • 108 perles principales ;
  • trois perles d’arrêt, à l’endroit où les deux bouts du fil se rejoignent. Elles maintiennent les perles et signalent la fin d’un tour. Selon Casanowicz, elles représentent les « trois joyaux » du bouddhisme : le Bouddha, la doctrine (dharma) et la communauté (sangha) ;
  • deux petits cordons de compteurs, de dix anneaux ou petites perles chacun, qui permettent de compter les tours. L’un se termine par un dorje, l’autre par une petite cloche. Le Rubin Museum décrit ces deux compteurs comme caractéristiques des chapelets des bouddhistes tibétains.

Selon Casanowicz, le chapelet tibétain complet est souvent divisé en quatre groupes de 27 perles par trois perles d’une autre taille ou d’une autre matière.

Comment le porte-t-on au Tibet ?

En tibétain, le chapelet s’appelle d’un mot qui signifie simplement « fil de perles », selon Waddell comme selon Casanowicz.

Casanowicz écrit qu’au Tibet, le chapelet n’était pas réservé aux moines : presque chaque homme et chaque femme en avait un. On le tenait à la main, on l’accrochait à la ceinture, on le portait au cou comme un collier, ou enroulé au poignet comme un bracelet. Waddell, en 1895, notait de même que les moines le portaient au cou ou au poignet quand ils ne s’en servaient pas.

Le chapelet porté au poignet a donc bien une histoire. Mais il était porté pour prier, d’abord, et non comme une parure. Les deux auteurs signalent aussi un usage profane : on s’en servait pour compter, comme d’un boulier.

En quelles matières ?

Selon Casanowicz, la matière variait avec le goût, la richesse et le rang du propriétaire. Les plus courants étaient en graines, en bois, en cailloux, en coquillages, en verre ou en os. Les plus coûteux étaient en jade, turquoise, corail, ambre, argent ou or, et même en perles fines.

Au Tibet, ajoutent Waddell et Casanowicz, la matière dépendait aussi de l'école religieuse du moine et de la divinité priée. Waddell note qu’à cause du prix du corail, on employait souvent des perles de verre rouge à sa place.

Le chapelet de notre photo, conservé au Rubin Museum, mêle du corail, de la turquoise, du jade, des perles dzi, de l’argile et de la soie. Un autre chapelet du musée, en nacre, compte 108 perles, séparées par des perles de corail.

Une précaution sur nos sources

Nos deux sources principales sur le Tibet sont anciennes et extérieures au bouddhisme.

  • Laurence Waddell était chirurgien-major de l’armée britannique du Bengale. Son livre de 1895 est très détaillé, mais il porte le regard de son époque et de sa position. Il emploie un vocabulaire que nous ne reprenons pas. Nous n’en retenons que les descriptions d’objets.
  • Immanuel Casanowicz, du musée national des États-Unis, écrivait en 1909 à partir de la collection du musée et de la littérature de son temps, dont Waddell.

C’est pourquoi nous avons recoupé leurs descriptions avec les notices récentes du Rubin Museum of Himalayan Art, un musée consacré aux arts de l’Himalaya. Quand elles concordent, comme pour les 108 perles et les deux compteurs, nous le disons. Pour le sens religieux du chapelet, la parole revient aux pratiquants et aux spécialistes de leur tradition, pas à nous.

Que désigne « bracelet tibétain » dans le commerce ?

Nous n’avons trouvé aucune définition de ce nom, ni dans les textes officiels, ni dans les musées et les ouvrages que nous avons lus. Rien ne permet donc de savoir, d’après le seul nom, de quel objet il s’agit.

Nous n’avons trouvé aucune source fiable sur l’origine des bracelets vendus en Europe sous les noms de « bracelet tibétain » ou de « bracelet bouddhiste ». Nous ne pouvons donc pas dire combien viennent du Tibet ou de la région himalayenne. Seul le vendeur peut dire où et par qui un bracelet a été fabriqué.

Nous reprenons ici la règle que nous nous sommes fixée pour le style « ethnique » : un bijou inspiré d’une tradition n’en est pas issu. Il ne l’est que s’il a été fait dans cette tradition, ce que le vendeur doit pouvoir établir. Un bracelet de 108 perles vendu en boutique n’est pas, en soi, un objet religieux tibétain.

Ce que nous ne dirons pas

Dans le commerce, on prête souvent au mala ou au bracelet tibétain des effets sur la personne. Nous ne reprendrons aucune de ces promesses. Le chapelet est un objet de pratique : nous décrivons comment il est fait et comment il est employé, selon nos sources, sans rien promettre de ce qu’il produirait.

Si votre mala est en pierres, nos fiches décrivent chacune d’elles, et notre guide pour entretenir ses pierres explique comment en prendre soin. La Gem-A, l’association britannique de gemmologie, rappelle que les rangs de perles enfilées ne doivent pas être plongés dans l’eau.

Pierre Nomade ne vend pas de chapelets de prière.

Questions fréquentes

Que veut dire « mala » ?

C’est un mot sanskrit. Le dictionnaire sanskrit de Monier-Williams le traduit par guirlande, mais aussi par fil de perles, collier ou chapelet. Le chapelet de prière se dit japamālā, « un chapelet servant à compter les prières murmurées ».

Pourquoi un mala a-t-il 108 perles ?

Le nombre 108 a plusieurs explications selon nos sources. Pour Casanowicz, du musée national des États-Unis (1909), les bouddhistes le font correspondre à 108 états de l’esprit ou penchants à surmonter. Waddell (1895) rapportait une explication plus pratique : 100 récitations, plus quelques perles de réserve en cas d’oubli ou de perle perdue. Ce sont des explications de la tradition, pas des faits démontrés.

Un bracelet tibétain vient-il du Tibet ?

Pas forcément. Nous n’avons trouvé aucune définition de ce nom commercial, ni aucune source sur l’origine des bracelets vendus ainsi en Europe. Seul le vendeur peut dire où et par qui un bracelet a été fait.

Peut-on porter un mala si l’on n’est pas bouddhiste ?

Nous ne trancherons pas une question qui appartient aux pratiquants. Nous rappelons seulement que, pour eux, le mala est un objet religieux. Il nous paraît juste de le savoir, et de ne pas présenter un bijou décoratif comme un objet de pratique.

Les bracelets bouddhistes ont-ils moins de 108 perles ?

Oui, cela existe. Casanowicz signalait en 1909 des chapelets bouddhiques de 18 et de 16 perles, et des chapelets populaires de 30 ou 40 perles, à côté du chapelet complet de 108 perles employé par les moines.

Sources

  1. I. M. Casanowicz, « The Collection of Rosaries in the United States National Museum », Proceedings of the United States National Museum, vol. 36, 1909 (Internet Archive)
  2. L. A. Waddell, The Buddhism of Tibet, or Lamaism, Londres, W. H. Allen, 1895, chapitre « The Rosaries » (Internet Archive)
  3. Rubin Museum of Himalayan Art, exposition « Count Your Blessings: The Art of Prayer Beads in Asia » (2013-2014, commissaire E. Pakhoutova)
  4. Rubin Museum of Himalayan Art, Mother of Pearl Prayer Beads, Tibet oriental, début du XIXe siècle (C2012.6.42)
  5. M. Monier-Williams, A Sanskrit-English Dictionary (1899), « mālā » et « japamālā » (Cologne Digital Sanskrit Dictionaries)
  6. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
  7. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Rosary » (Wikisource)