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Aigue-marine : le béryl bleu, souvent chauffé, et sa principale imitation

Groupe de cristaux prismatiques d’aigue-marine bleu pâle, translucides, sur une roche brune
Cristaux d’aigue-marine de la vallée de Shigar (Pakistan), Natural History Museum de Londres. Photo : Daderot, CC0, via Wikimedia Commons

L’aigue-marine est la variété bleue à bleu-vert du béryl, le même minéral que l’émeraude ; elle est le plus souvent d’un bleu-vert pâle, et la plupart des aigues-marines du commerce ont été chauffées pour devenir plus bleues. Dure et souvent très limpide, elle est la pierre de naissance de mars, et on l’imite surtout avec du spinelle synthétique bleu clair.

Publié le

Carte d'identité

Aigue-marine

Be₃Al₂Si₆O₁₈

Famille minérale
Béryl (silicate de béryllium et d’aluminium), variété bleue à bleu-vert
Couleurs
  • Bleu
  • Vert
Dureté (échelle de Mohs)

7,5 à 8 sur 10

Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.

Autres noms
Béryl bleu, Pierre de naissance de mars
Origines
Brésil (Minas Gerais, région de Teófilo Otoni), Pakistan (Karakoram, vallée de Shigar), Afrique (Nigeria, Madagascar, Mozambique, Kenya, Zambie), États-Unis (mont Antero au Colorado, Californie), Russie (Oural, Sibérie)
Traitements courants
Chauffage, très courant, qui rend la couleur plus bleue
Imitations courantes
Spinelle synthétique bleu clair ; Topaze bleue traitée (confusion fréquente dans le commerce) ; Verre

Qu’est-ce que l’aigue-marine ?

L’aigue-marine est une variété de béryl, un silicate de béryllium et d’aluminium de formule Be₃Al₂Si₆O₁₈. Le GIA, le laboratoire américain de gemmologie, la définit comme la variété bleu-vert à bleue du béryl.

L’émeraude est du même minéral : c’est sa variété verte à vert bleuté. Selon le GIA, c’est la couleur qui les distingue. Le béryl existe aussi, selon le Handbook of Mineralogy, incolore, jaune ou rose.

Le béryl pousse en prismes à six faces, souvent longs, décrit la Britannica de 1911. Le GIA ajoute que l’aigue-marine forme de grands cristaux, souvent propres et bien formés, très recherchés des collectionneurs.

Quelle est sa couleur ?

Le plus souvent pâle. Selon le GIA, la plupart des aigues-marines sont d’un bleu-vert clair, et sa gamme de couleurs est étroite : du bleu au bleu-vert. La plus recherchée est un bleu soutenu, à peine verdâtre.

Comme sa couleur est claire, il faut souvent une pierre facettée assez grande, plus de 5 carats, pour voir un bleu intense. Le GIA signale une exception : certaines mines d’Afrique, au Nigeria, à Madagascar ou au Mozambique, donnent une couleur vive en petites tailles.

L’aigue-marine est aussi pléochroïque : selon l’angle, elle paraît presque incolore ou d’un bleu plus fort. Le tailleur oriente la pierre pour en montrer le bleu, explique le GIA.

L’aigue-marine est-elle chauffée ?

Le plus souvent, oui. Le GIA l’écrit sans détour : la plupart des aigues-marines du marché ont été chauffées pour leur donner un bleu plus pur, et ce traitement leur donne en général un aspect plus bleu. Le GIA ajoute que certains acheteurs préfèrent la couleur naturelle, plus verdâtre.

La loi française n’impose pas de déclarer le chauffage (décret n° 2002-65, article 3). Chez nous, il serait déclaré quand même.

D’où vient-elle ?

Le GIA cite plusieurs grandes régions :

  • le Brésil, dans l’État du Minas Gerais, source importante depuis deux siècles, notamment autour de Teófilo Otoni ; la Britannica de 1911 y signalait déjà des galets de béryl roulés ;
  • le Pakistan, dans les contreforts du Karakoram, où l’on extrait l’aigue-marine à plus de 3 000 mètres d’altitude, par exemple dans la vallée de Shigar ;
  • l'Afrique : Kenya, Madagascar, Nigeria, Zambie et Mozambique ;
  • les États-Unis, au mont Antero dans le Colorado et en Californie ;
  • la Russie, avec les gisements historiques de l’Oural et de Sibérie cités par le Handbook of Mineralogy et la Britannica de 1911.

On la trouve notamment dans des pegmatites, des roches granitiques à gros cristaux : le GIA le précise pour le Minas Gerais, et la Britannica de 1911 situait surtout le béryl dans les filons de pegmatite des granites.

L’aigue-marine en perles et en cabochons

Les aigues-marines les plus limpides sont facettées. Celles qui contiennent des inclusions visibles sont, selon le GIA, le plus souvent taillées en cabochons, en perles ou en sculptures. Une perle d’aigue-marine est donc souvent moins limpide qu’une pierre facettée.

Quand les inclusions sont de longs tubes parallèles, une aigue-marine taillée en cabochon peut montrer un œil-de-chat, un trait de lumière qui se déplace, ajoute le GIA.

Quelles sont ses imitations ?

Le spinelle synthétique. Dans son cours d’identification des gemmes, le GIA indique que les bijoux de naissance bon marché sont le plus souvent sertis de corindon ou de spinelle synthétiques, et que c’est le spinelle synthétique bleu clair, et non une aigue-marine synthétique, qui remplace souvent l’aigue-marine.

La topaze bleue. Ce n’est pas une imitation au sens strict, mais une autre pierre. Le GIA note que l’aigue-marine est en concurrence, dans le commerce, avec la topaze bleue traitée, bien moins chère. Les deux peuvent se ressembler.

Le verre. Le GIA rappelle que le verre et le plastique sont les imitations les plus courantes, toutes pierres confondues.

En France, une pierre synthétique doit porter la mention « synthétique », et un produit artificiel qui l’imite, comme le verre, la mention « d’imitation » (décret n° 2002-65, article 4).

Comment reconnaître une aigue-marine ?

  • La couleur : un bleu-vert à bleu, le plus souvent clair.
  • La limpidité : facettée, elle est souvent très transparente ; en perles, elle l’est souvent moins.
  • Le laboratoire : seul un gemmologue la sépare sûrement du spinelle synthétique et de la topaze bleue, par des mesures comme l’indice de réfraction ou la densité.

Pour une aigue-marine, demandez au vendeur si elle est chauffée, et si c’est bien une aigue-marine. Notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille les questions à poser.

Plaque polie d’aigue-marine bleu-vert, veinée de bleu plus sombre et de jaune pâle
Aigue-marine polie du Maine (États-Unis), collection du Maine Mineral & Gem Museum. Photo : James St. John, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Vertus de l’aigue-marine selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » de l’aigue-marine sont des croyances. Son nom et son histoire, eux, sont bien documentés.

Une eau de mer

Le nom vient du latin aqua marina, « eau de mer », rappelle le GIA, à cause de sa couleur. Selon le GIA, les marins de l’Antiquité disaient qu’elle calmait les vagues et les protégeait en mer, et on lui prêtait aussi le pouvoir de rendre les mariages heureux.

Le GIA rapporte une autre croyance, attachée au béryl en général : il aurait rendu celui qui le portait invincible face à ses ennemis, au combat comme en procès, aimable, et l’esprit plus vif.

Une pierre des Anciens

Selon la Britannica de 1911, le béryl était très apprécié des Anciens : il en reste des intailles grecques d’une grande finesse. Les bijoutiers romains, profitant de la forme allongée des cristaux, en taillaient de longs cylindres pour en faire des pendants d’oreilles. La pierre fut aussi très aimée des artistes de la Renaissance.

Une pierre de naissance

Le GIA en fait la pierre de naissance de mars, et la pierre du 19e anniversaire de mariage. Notre guide sur la pierre de naissance raconte d’où viennent ces listes.

Aujourd’hui

Les vertus que la lithothérapie moderne prête à l’aigue-marine relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.

Entretien et rangement

L’aigue-marine est dure : 7,5 à 8 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA et le Handbook of Mineralogy. Elle est donc plus dure que le quartz, et se raye peu. Le Handbook la dit toutefois cassante : un choc peut l’abîmer.

Pour la nettoyer, le GIA conseille de l’eau tiède, un peu de liquide vaisselle doux et une brosse à dents, en frottant derrière la pierre, là où la saleté s’accumule. Les nettoyeurs à ultrasons et à vapeur sont « généralement » sans danger, précise le GIA, sauf si la pierre a des fissures ou des inclusions liquides. Pour des perles enfilées, la Gem-A déconseille de les tremper.

Rangez-la à part, pour qu’elle ne raye pas vos pierres plus tendres.

Questions fréquentes

L’aigue-marine est-elle chauffée ?

Le plus souvent, oui. Selon le GIA, la plupart des aigues-marines du marché ont été chauffées pour obtenir un bleu plus pur. Chez nous, ce chauffage serait déclaré, même si la loi ne l’impose pas.

Quelle différence entre l’aigue-marine et l’émeraude ?

La couleur seulement. Selon le GIA, toutes deux sont des variétés du même minéral, le béryl : l’aigue-marine est bleue à bleu-vert, l’émeraude verte à vert bleuté.

Comment reconnaître une imitation d’aigue-marine ?

À l’œil, c’est difficile. Le GIA indique que les bijoux de naissance bon marché sont souvent sertis de spinelle synthétique bleu clair à la place de l’aigue-marine. Seul un gemmologue peut trancher. En France, une pierre synthétique doit porter la mention « synthétique ».

Aigue-marine ou topaze bleue ?

Ce sont deux minéraux différents. Le GIA note que, dans le commerce, l’aigue-marine est en concurrence avec la topaze bleue traitée, bien moins chère. Demandez au vendeur le nom exact de la pierre.

Pourquoi certaines aigues-marines sont-elles si pâles ?

Parce que sa couleur est naturellement claire. Selon le GIA, il faut souvent une pierre facettée assez grande, plus de 5 carats, pour voir un bleu intense ; certaines mines d’Afrique donnent toutefois une couleur vive en petites tailles.

Guides liés

Sources

  1. GIA, Gem Encyclopedia : Aquamarine, Aquamarine Description, Aquamarine Quality Factors, Aquamarine History and Lore
  2. GIA, March Birthstones : Aquamarine and Bloodstone
  3. GIA, Gem Identification (cours en ligne, page d’exemple 6 : Natural and Synthetic Gems and Imitations, 2018)
  4. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Beryl (PDF)
  5. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Beryl » (Wikisource) (source culturelle, sur la tradition)
  6. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
  7. Légifrance, décret n° 2002-65, article 3 (chauffage)
  8. Légifrance, décret n° 2002-65, article 4 (reconstituée, composite, synthétique, artificiel, d’imitation)