Ambre : une résine fossile, ses imitations, et ce que disent les autorités des colliers pour tout-petits

L’ambre n’est pas un minéral mais une résine d’arbre fossilisée, très légère et très tendre, dont la source la plus connue est la côte de la Baltique ; il est souvent imité par le copal, une résine plus jeune, par de l’ambre pressé, du verre ou du plastique. Les autorités françaises mettent en garde contre les colliers d’ambre portés par les tout-petits, pour des risques d’étranglement et d’inhalation des perles, et aucune efficacité n’en a été prouvée.
Carte d'identité
Ambre
Environ C₁₀H₁₆O (formule indicative donnée par le GIA)
- Nature
- Résine d’arbre fossilisée : matière organique, pas un minéral
- Couleurs
- Jaune
- Orange
- Brun
- Dureté (échelle de Mohs)
2 à 2,5 sur 10
Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.
- Autres noms
- Ambre jaune, Succin (ancien nom), Or du Nord
- Origines
- Côtes de la Baltique (Allemagne, Pologne, Russie), République dominicaine, Birmanie (ambre rougeâtre)
- Traitements courants
- Chauffage pour éclaircir l’ambre trouble (parfois avec des « paillettes de soleil ») ; Chauffage ou teinture pour modifier la couleur ; Chaleur et pression pour l’ambre vert
- Imitations courantes
- Copal, une résine plus jeune ; Ambre pressé, parfois mêlé de calcite ; Verre ; Plastiques
Qu’est-ce que l’ambre ?
L’ambre n’est pas un minéral. Le GIA, le laboratoire américain de gemmologie, le range parmi les gemmes organiques, c’est-à-dire produites par des êtres vivants. C’est une résine d’arbre fossilisée : une sève qui a durci il y a des dizaines de millions d’années, puis s’est transformée lentement dans le sol.
Le GIA en donne les caractères principaux :
- une couleur le plus souvent jaune à orangée, parfois brune, blanche, et plus rarement rouge, bleutée ou verdâtre ;
- une matière très légère : sa densité, d’environ 1,08, est si faible qu’il flotte dans une eau saturée de sel ;
- une matière très tendre, de 2 à 2,5 sur l’échelle de Mohs ;
- un indice de réfraction d’environ 1,54.
Le GIA ajoute que l’ambre doit avoir plus d’un million d’années. Les plus anciens remontent, selon lui, à environ 320 millions d’années.
D’où vient-il ?
La source la plus connue est la côte de la Baltique, entre l’Allemagne, la Pologne et la Russie, que le GIA cite comme une source toujours importante. Une partie de l’ambre est extraite du sol ; une autre, libérée par la mer, est rejetée par les marées sur les plages.
Le GIA cite aussi l’ambre de République dominicaine, généralement moins cher que l’ambre balte, et un ambre rougeâtre de Birmanie.
Pourquoi trouve-t-on des insectes dans l’ambre ?
Parce que la résine était collante quand elle coulait de l’arbre. Selon le GIA, elle piégeait des fourmis, des abeilles, des termites, mais aussi des fleurs, des feuilles et des aiguilles de pin.
Les bulles de gaz sont, elles aussi, des inclusions très courantes. Nombreuses, elles rendent l’ambre trouble, selon le GIA.
Ambre ou copal ?
Le copal est l’imitation la plus difficile à déjouer, parce que c’est lui aussi une résine d’arbre, simplement plus jeune. Nos sources ne le décrivent pas tout à fait de la même façon :
- le GIA le présente comme une résine fossilisée, mais de moins d’un million d’années, souvent autour de 100 000 ans ;
- l'Association de gemmologie d’Australie, dans sa revue The Australian Gemmologist en 2024, le décrit comme une résine semi-fossile, à mi-chemin entre la résine fraîche et l’ambre, sur un chemin continu qui demande beaucoup de temps.
La même revue rappelle que le copal est employé comme imitation de l’ambre depuis le début du XXe siècle, et que son identification sûre demande une analyse par spectroscopie infrarouge en laboratoire.
L’ambre est-il traité ?
Souvent. Le GIA décrit plusieurs traitements :
- un chauffage qui éclaircit l’ambre trouble, en chassant ses bulles de gaz ; s’il refroidit trop vite, il se forme des fissures circulaires appelées « paillettes de soleil », souvent créées volontairement, selon une note de Gems & Gemology de 2023 ;
- un chauffage ou une teinture qui modifient la couleur ;
- la chaleur et la pression, qui peuvent produire un ambre vert.
En France, une teinture doit être déclarée par la mention « traitée » (décret n° 2002-65, article 2). Chez nous, le chauffage le serait aussi.
Quelles sont les imitations de l’ambre ?
Nos sources en décrivent plusieurs :
- le copal, décrit plus haut ;
- l’ambre pressé : Gems & Gemology note en 2022 qu’il existe depuis longtemps dans le commerce, et décrit des perles faites de particules d’ambre et de calcite pressées, difficiles à reconnaître par les tests courants ;
- le verre : en 2019, Gems & Gemology décrit un verre vendu comme ambre bleu, trahi par son poids, plus de deux fois celui de l’ambre, et par ses bulles de gaz ;
- les plastiques, que des chercheurs ont étudiés, avec l’ambre pressé et le copal, par spectroscopie Raman, selon The Australian Gemmologist.
En France, l’article 4 du décret n° 2002-65 impose la mention « d’imitation » pour un produit artificiel qui imite une pierre ou une matière organique, comme l’ambre. Il prévoit aussi la mention « reconstituée » pour les pierres obtenues par agglomération de matières naturelles ; nous n’avons pas trouvé de texte qui dise expressément s’il vise l’ambre pressé. Demandez au vendeur.
Comment reconnaître l’ambre ? Les tests à ne pas faire
On lit souvent trois « tests maison ». Voici ce qu’en disent nos sources.
L’eau salée. L’ambre flotte dans une eau saturée de sel, selon le GIA. Mais le copal flotte aussi : l’Association de gemmologie d’Australie l’a constaté sur l’échantillon qu’elle a étudié. Ce test peut écarter le verre, très lourd, mais ne distingue pas l’ambre du copal.
L’acétone et l’aiguille chaude. Une goutte d’acétone rend la surface du copal collante ; une aiguille chauffée y fait monter une fumée et tire un fil de résine. L’Association de gemmologie d’Australie qualifie ces deux tests de destructifs, et précise ne les avoir faits qu’avec l’accord du propriétaire.
Nous vous déconseillons donc de les faire sur un bijou : ils laissent une marque, et ne remplacent pas un examen en laboratoire. Pour un achat, demandez au vendeur la nature exacte de la matière : ambre, copal, ambre pressé ou imitation.
Colliers d’ambre et tout-petits : ce que disent les autorités
Ce chapitre ne parle pas des pierres, mais de la sécurité des tout-petits. Nous le citons parce que l’ambre y est directement concerné, et parce que notre règle est de ne vendre aucun bijou destiné aux tout-petits.
En 2013, répondant à une question écrite à l’Assemblée nationale, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a décrit les colliers dits « de dentition », souvent faits de perles d’ambre. Il a rappelé deux risques : l'étranglement par le collier et l'inhalation des perles. Il a précisé que la DGCCRF avait mené en 2011 une enquête nationale sur ces colliers, qui ne répondaient généralement pas à l’obligation générale de sécurité des produits et ont fait l’objet de retraits, et qu’ils ne peuvent pas être vendus en pharmacie.
En 2023, Santé.fr, le service public d’information en santé, a fait le point sur les colliers dits « de dentition ». Selon ce site, aucune preuve d’efficacité n’existe, et le risque d’accident par étranglement ou étouffement est réel. Il rapporte que l’ANSM a interdit en 2011 huit publicités pour ces colliers, et que la DGCCRF a jugé dangereux, lors d’une enquête de 2015, 28 bracelets et colliers, tous en perles d’ambre sauf un. Il conclut que faire porter un collier ou une chaînette, quel qu’il soit, à un nourrisson est dangereux.
Nous n’en dirons pas plus : ce sont des questions de sécurité, qui relèvent de ces autorités et des professionnels de santé de l’enfance.

Vertus de l’ambre selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de l’ambre sont des croyances. Son histoire, elle, est longue et bien documentée.
Une matière venue du Nord
Au Ier siècle, Pline l’Ancien consacre plusieurs pages à l’ambre dans son Histoire naturelle. Il écrit qu’il vient des îles de l’océan du Nord, que les Germains l’appellent glaesum, et que les Romains lui ont donné le nom de succinum, parce qu’ils y voyaient la sève d’un arbre. Il le dit produit par des arbres de la famille du pin : il avait raison sur le fond, puisque le GIA définit aujourd’hui l’ambre comme une résine d’arbre fossilisée.
Pline décrit aussi une route de l’ambre : les Germains l’apportaient en Pannonie, et les Vénètes, sur l’Adriatique, l’ont fait connaître en Italie. Un chevalier romain, envoyé sous Néron pour en acheter sur les côtes de Germanie, à environ 600 milles de Carnuntum, en rapporta tant que l’on en garnit, pendant les jeux, les filets qui protégeaient les gradins des fauves.
Mythes et noms
Les Grecs l’appelaient elektron, rappelle le GIA. Pline rapporte, pour s’en moquer, le mythe grec des sœurs de Phaéton changées en peupliers, dont les larmes seraient devenues de l’ambre. Le GIA cite aussi le surnom d'« or du Nord » et la Chambre d’ambre offerte en 1716 à Pierre le Grand, faite de six tonnes d’ambre.
Des croyances très anciennes
Pline rapportait déjà que l’on prêtait à l’ambre des pouvoirs, et qu’on en attachait en amulette sur le corps des tout-petits. Le site public Santé.fr rattache les colliers d’ambre d’aujourd’hui à ces anciennes croyances de protection, et rappelle qu’ils font courir un risque réel aux nourrissons. Nous ne reprenons aucun de ces pouvoirs : la section sur les autorités, plus haut, dit ce qu’il en est.
Aujourd’hui
Les vertus que la lithothérapie moderne prête à l’ambre relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
L’ambre est très tendre : 2 à 2,5 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA. Presque tout le raye. Rangez-le à part, dans une pochette douce.
Selon le GIA, l’ambre jaune ou orangé peut foncer avec le temps, jusqu’au brun rougeâtre, puis au noir, en s’oxydant ; un polissage trop appuyé, qui retire sa surface plus dure, l’y expose davantage. La Gem-A note aussi que l’ambre peut se craqueler avec l’âge, et conseille de ne pas le laisser au chaud ni au sec.
Pour le nettoyer : un chiffon doux, à peine humide. Pas de produit ménager, pas de solvant, et mettez vos cosmétiques et votre parfum avant vos bijoux.
Notre guide pour entretenir ses pierres compare l’ambre aux autres pierres.
Questions fréquentes
L’ambre est-il une pierre ?
Pas au sens minéralogique. Le GIA le classe parmi les gemmes organiques : c’est une résine d’arbre fossilisée, vieille de plus d’un million d’années, et non un minéral.
Quelle différence entre l’ambre et le copal ?
L’âge. Le copal est aussi une résine d’arbre, mais bien plus jeune. Le GIA place la limite à environ un million d’années ; l’Association de gemmologie d’Australie le décrit comme une résine semi-fossile, sur le chemin qui mène de la résine à l’ambre. Le copal sert d’imitation de l’ambre depuis le début du XXe siècle.
Comment savoir si un ambre est naturel ?
Par un examen en laboratoire. Le copal flotte comme l’ambre dans l’eau salée, et l’Association de gemmologie d’Australie rappelle que son identification demande une analyse par spectroscopie infrarouge. Les tests à l’acétone et à l’aiguille chaude abîment la pièce : ne les faites pas sur un bijou.
Peut-on faire porter un collier d’ambre à un tout-petit ?
Non. Santé.fr, le service public d’information en santé, rappelle que faire porter un collier ou une chaînette, quel qu’il soit, à un nourrisson est dangereux, en raison du risque d’étranglement ou d’étouffement, et qu’aucune preuve d’efficacité des colliers d’ambre n’existe. Pierre Nomade ne vend aucun bijou destiné aux tout-petits.
L’ambre est-il traité ?
Souvent. Selon le GIA, il peut être chauffé pour l’éclaircir, chauffé ou teint pour changer sa couleur, et l’ambre vert peut être obtenu par la chaleur et la pression. Une teinture doit être déclarée par la mention « traitée » (décret n° 2002-65).
Sources
- GIA, Gem Encyclopedia : Amber, Amber Description, Amber Quality Factors, Amber History and Lore
- L. T.-A. Lai, « Artificial Glass Imitating Blue Amber », Gems & Gemology, automne 2019 (GIA)
- S.-H. Lin et al., « Pressed Amber Imitation for “Root Amber” », Gems & Gemology, automne 2022 (GIA)
- A. Sayed, « “Sun Spangle” in Amber », Gems & Gemology, hiver 2023 (GIA)
- E. Sanders et S. Stocklmayer, « Is it Copal or Amber? », The Australian Gemmologist, vol. 28, n° 6, 2024 (Gemmological Association of Australia)
- Assemblée nationale, question écrite n° 9007 de M. Alain Rodet et réponse du ministère des Affaires sociales et de la Santé (JO du 26 mars 2013, p. 3279)
- Santé.fr (Service public d’information en santé), décryptage sur les colliers d’ambre et les poussées dentaires (20 mars 2023)
- Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre XXXVII, chapitres 11 et 12 (trad. Bostock et Riley, Perseus) (source culturelle, sur la tradition)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2
- Légifrance, décret n° 2002-65, article 4 (reconstituée, composite, synthétique, artificiel, d’imitation)