Hématite : l’oxyde de fer gris acier, et les « hématites magnétiques » du commerce

L’hématite est un oxyde de fer, gris acier à noir et brillant comme du métal, mais dont la poudre est rouge sang. Les perles vendues comme « hématite magnétique » posent question : nous n’avons trouvé aucune source fiable qui en établisse la composition, et une matière fabriquée doit être déclarée comme telle.
Carte d'identité
Hématite
α-Fe₂O₃
- Famille minérale
- Oxyde de fer
- Dureté (échelle de Mohs)
5 à 6 sur 10
- Autres noms
- Fer oligiste, Fer spéculaire (variété brillante en paillettes), Minerai de fer rouge
- Origines
- Suisse (Saint-Gothard, Binntal : « roses de fer »), Italie (île d’Elbe), Angleterre (Cumbria), Brésil (Minas Gerais), États-Unis (région du lac Supérieur)
- Traitements courants
- Aucun traitement courant signalé par nos sources.
- Imitations courantes
- Perles vendues comme « hématite magnétique » ou « hématine » : composition non établie par nos sources
Qu’est-ce que l’hématite ?
L’hématite est un oxyde de fer, de formule α-Fe₂O₃ selon le Handbook of Mineralogy. C’est l’un des principaux minerais de fer : la Britannica de 1911 l’appelle aussi « minerai de fer rouge ».
Son aspect surprend. Les cristaux sont gris acier à noirs, avec un éclat métallique, parfois irisé, décrit la Britannica. Pourtant, sa poudre est rouge. Le Handbook décrit un trait rouge cerise à brun rouge ; la Britannica le compare à du sang séché. C’est l’origine de son nom, du grec haima, « sang ».
Sous quelles formes la trouve-t-on ?
La Britannica de 1911 décrit plusieurs formes :
- le fer spéculaire, ou fer oligiste : des cristaux très brillants, comme un miroir ;
- les « roses de fer » de Suisse : des rosettes de lamelles, venues des fissures des Alpes ;
- le minerai en rognons : des masses arrondies, fibreuses à la cassure ;
- l’hématite terreuse, rouge, qui mêlée d’argile forme l'ocre rouge.
La Britannica précise que l’hématite dure est parfois taillée et polie comme pierre d’ornement, et qu’on en a fait des perles.
À quoi a servi l’hématite ?
Bien avant les bijoux, l’hématite a eu des usages très concrets. La Britannica de 1911 en cite plusieurs :
- le fer : c’est un minerai important, exploité notamment à l’île d’Elbe et en Espagne ;
- la couleur : l’hématite terreuse, mêlée d’argile, donne l’ocre rouge, et les fines paillettes d’hématite micacée servaient de pigment ;
- le polissage : l’hématite fibreuse et dure de Cumbria servait à faire des brunissoirs, ces outils de relieurs et d’artisans qui lissent et font briller une surface ;
- les outils : certains peuples du bassin du Congo en faisaient des haches.
Elle explique aussi que de très fines lamelles d’hématite, rouges par transparence, donnent leur couleur et leurs reflets à certains minéraux, comme la pierre de soleil.
Où la trouve-t-on ?
Partout : le Handbook of Mineralogy la dit « très répandue ». Il cite pour ses cristaux exceptionnels :
- la Suisse, au Saint-Gothard et dans le Binntal ;
- l'île d’Elbe, en Italie, à Rio Marina ;
- la Cumbria, en Angleterre.
La Britannica de 1911 ajoute le Brésil, où elle forme une roche appelée itabirite, et la région du lac Supérieur, aux États-Unis.
Quelle est sa dureté ?
5 à 6 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy. La Britannica de 1911 donnait « environ 6 » pour les cristaux, et précisait que l’hématite en masse est en général moins dure.
Le Handbook la décrit aussi comme cassante. Elle est donc plus tendre que le quartz, à 7, et peut se rayer à son contact.
Elle est surtout lourde : sa densité est d’environ 5,3 selon le Handbook, quand celle du quartz est d’environ 2,65. Une perle d’hématite pèse nettement plus qu’une perle de quartz de même taille.
Qu’est-ce que l'« hématite magnétique » ?
On trouve dans le commerce des perles gris métallique vendues comme « hématite magnétique » ou « hématine ».
Nous n’avons trouvé aucune source de laboratoire fiable, du GIA, de la Gem-A ou d’une revue de gemmologie, qui décrive leur composition. Nous ne vous dirons donc pas de quoi elles sont faites.
Nous n’avons pas non plus trouvé de source gemmologique qui dise précisément comment l’hématite naturelle réagit à un aimant. Ni le Handbook of Mineralogy ni la Britannica de 1911 ne la décrivent comme magnétique. Nous ne vous proposerons donc pas de « test à l’aimant ».
Ce que dit la loi française. Une matière fabriquée ne peut pas être vendue sous le seul nom d’une pierre. Elle doit porter le mot « synthétique », « artificiel » ou « imitation », selon le cas (décret n° 2002-65, article 4). Face à une perle d'« hématite magnétique », la bonne question au vendeur est donc : de quoi est-elle faite ?
Comment reconnaître l’hématite ?
- La couleur et l’éclat. Gris acier à noir, éclat métallique, selon le Handbook.
- Le poids. Avec une densité d’environ 5,3, elle est très lourde pour sa taille.
- Le trait. Frottée sur une porcelaine non émaillée, elle laisse une poudre rouge à brun rouge, selon le Handbook. C’est le test classique des minéralogistes. Ne le faites pas sur un bijou : il use la pierre.
- Le vocabulaire. Pour une matière fabriquée, « synthétique », « artificiel » ou « imitation » doivent figurer.
Un laboratoire de gemmologie peut établir la nature d’une perle. Notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille les mentions que la loi impose.

Vertus de l’hématite selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de l’hématite sont des croyances. Son histoire, elle, est celle d’un minerai, d’un pigment et d’une pierre de graveurs.
Une pierre couleur de sang
Son nom vient du grec haima, « sang », selon le Handbook of Mineralogy et l'Encyclopædia Britannica de 1911. Il ne décrit pas sa couleur apparente, souvent gris acier ou noire, mais celle de sa poudre : la Britannica la compare à du sang séché.
Un pigment et un minerai
Mélangée à de l’argile, l’hématite terreuse forme l’ocre rouge, explique la Britannica. C’est aussi, depuis longtemps, un minerai de fer.
La pierre des sceaux
Selon la Britannica de 1911, les Assyriens taillaient dans l’hématite leurs sceaux-cylindres gravés, que l’on roulait sur l’argile fraîche. Le Metropolitan Museum of Art en conserve de nombreux, comme un sceau babylonien du XVIIIe au XVIe siècle av. J.-C. La même encyclopédie rapporte qu’on en a fait des amulettes, et des perles imitant les perles noires.
Aujourd’hui
Les vertus que la lithothérapie moderne prête à l’hématite relèvent de la croyance. Aucune n’est établie. Nous ne parlons pas non plus des vertus prêtées aux aimants : aucune source ne les établit.
Entretien et rangement
L’hématite a une dureté de 5 à 6 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy. La Britannica de 1911 précise que l’hématite en masse est en général moins dure que les cristaux. Le Handbook la décrit aussi comme cassante : elle craint les chocs.
Elle est lourde : sa densité est d’environ 5,3 selon le Handbook, deux fois celle du quartz.
Nous n’avons pas trouvé de consigne de nettoyage propre à l’hématite dans une source fiable. La règle générale de la Gem-A pour les bijoux s’applique : brosse douce et eau savonneuse. Rangez-la à part : le quartz, plus dur, peut la rayer.
Questions fréquentes
L’hématite est-elle magnétique ?
Nous n’avons pas trouvé de source gemmologique fiable qui décrive précisément sa réaction à un aimant. Ni le Handbook of Mineralogy ni la Britannica de 1911 ne la disent magnétique. Pour une perle fortement attirée par un aimant, demandez au vendeur sa composition exacte.
Qu’est-ce que l'« hématite magnétique » ?
Un nom commercial. Nous n’avons trouvé aucune source de laboratoire fiable qui décrive ces perles. En France, si la matière est fabriquée, le vendeur doit employer les mots « synthétique », « artificiel » ou « imitation » (décret n° 2002-65, article 4), et non le seul mot « hématite ».
Pourquoi l’hématite laisse-t-elle une trace rouge ?
Parce que sa poudre est rouge. Le Handbook of Mineralogy décrit un trait rouge cerise à brun rouge : c’est la couleur de la poudre laissée quand on frotte la pierre sur une porcelaine non émaillée. C’est même l’origine de son nom, du grec haima, « sang ».
L’hématite est-elle fragile ?
Assez. Sa dureté est de 5 à 6 et le Handbook of Mineralogy la décrit comme cassante. Elle peut se rayer au contact du quartz et se briser en cas de choc.
Guides liés
Sources
- J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Hematite (Mineralogical Society of America, PDF)
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Haematite » (Wikisource)
- Légifrance, décret n° 2002-65, article 4 (reconstituée, composite, synthétique, artificiel, d’imitation)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- GIA, Amethyst (Gem Encyclopedia) : dureté du quartz
- The Metropolitan Museum of Art, Cylinder seal (babylonien, vers le XVIIIe–XVIe siècle av. J.-C.), hématite (source culturelle, sur la tradition)