Opale : la silice qui joue des couleurs, fragile, souvent assemblée ou traitée

L’opale est une silice hydratée, sans cristaux, dont les plus belles variétés montrent un jeu de couleurs arc-en-ciel qui change avec l’angle. Tendre et chargée d’eau, elle craint les chocs et la chaleur, et beaucoup de bijoux en « opale » sont en fait des doublets ou des triplets, à déclarer « composite ».
Carte d'identité
Opale
SiO₂·nH₂O
- Famille minérale
- Silice hydratée amorphe
- Couleurs
- Blanc
- Noir
- Orange
- Jaune
- Rouge
- Brun
- Incolore
- Dureté (échelle de Mohs)
5 à 6,5 sur 10
Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.
- Autres noms
- Opale noble ou précieuse (avec jeu de couleurs), Opale commune (sans jeu de couleurs), Opale de feu ou « opale mexicaine », Opale noire, Opale cristal
- Origines
- Australie (Lightning Ridge, Coober Pedy, Mintabie, Andamooka, White Cliffs), Éthiopie (Wollo, Shewa), Mexique (Querétaro, Hidalgo), Brésil, Honduras, Hongrie (gisement historique)
- Traitements courants
- Imprégnation à l’huile, à la cire ou au plastique (GIA) ; Teinture, fumée ou traitement au sucre pour assombrir la couleur de fond (GIA) ; Résines ou huiles qui masquent fissures et cavités (GIA)
- Imitations courantes
- Doublets et triplets : fine couche d’opale collée sur un support, à déclarer « composite » ; Opale synthétique (fabriquée par Pierre Gilson depuis 1972) ; Imitations en verre ou en plastique
Qu’est-ce que l’opale ?
L’opale est de la silice hydratée : du dioxyde de silicium qui contient de l’eau, de formule SiO₂·nH₂O. Contrairement au quartz, elle n’a pas de structure cristalline : la Britannica de 1911 la décrit comme un minéral « amorphe ».
Elle contient beaucoup d’eau. Le GIA, le laboratoire de gemmologie américain, parle de jusqu’à 20 % d’eau piégée dans sa structure. La Britannica de 1911 donnait de 3 à 12 % en général. Les deux sources ne s’accordent pas sur ce chiffre.
Comment se forme-t-elle ? Selon le GIA, des pluies saisonnières ont imprégné des terrains secs, comme l'« outback » australien, et entraîné de la silice dissoute vers les profondeurs. En saison sèche, l’eau s’évaporait et laissait de la silice dans les fissures des roches. Cette silice a formé l’opale.
D’où vient le jeu de couleurs ?
C’est ce qui fait la célébrité de l’opale : un jeu de couleurs arc-en-ciel qui change quand on bouge la pierre.
Le GIA l’explique ainsi. L’opale précieuse est faite de sphères de silice minuscules, empilées en réseau régulier, « comme des balles de ping-pong dans une boîte ». La lumière se diffracte entre ces sphères et se sépare en couleurs. Leur taille décide de la couleur : environ 0,1 micron pour le violet, environ 0,2 micron pour le rouge, et entre les deux pour les autres teintes.
On distingue donc deux grandes familles, selon le GIA :
- l'opale précieuse, ou noble, qui montre ce jeu de couleurs ;
- l'opale commune, qui ne le montre pas.
Quels sont les types d’opale ?
Le GIA retient cinq types principaux, selon la couleur de fond :
- l'opale blanche ou claire : jeu de couleurs sur un fond blanc ou gris clair ;
- l'opale noire : jeu de couleurs sur un fond noir ou sombre. C’est la plus rare, et beaucoup d’acheteurs la préfèrent, car les couleurs y ressortent mieux ;
- l'opale de feu, dite aussi « opale mexicaine » : transparente à translucide, d’une couleur de fond brune, jaune, orange ou rouge. Elle montre souvent peu ou pas de jeu de couleurs ;
- l'opale boulder : l’opale reste prise dans sa roche, qui fait partie de la pierre taillée ;
- l'opale cristal : presque incolore et transparente, avec un jeu de couleurs marqué.
Opale assemblée : doublets et triplets
C’est le premier point à vérifier sur un bijou. Beaucoup d'« opales » vendues en bijouterie sont des pierres assemblées.
Le GIA les décrit ainsi :
- le doublet : une fine couche d’opale collée sur un support ;
- le triplet : la même fine couche, prise entre un support sombre (obsidienne, calcédoine ou verre noir) et un dôme de quartz incolore ou de verre.
Ces pierres contiennent bien une tranche d’opale. Mais ce ne sont pas des opales massives.
Ce que dit la loi française. Une pierre faite de plusieurs morceaux collés ou fixés est une pierre composite. Elle doit porter la mention « composite » (décret n° 2002-65, article 4). Pour une pierre composite, les mots « vrai », « véritable », « naturel », « précieux » et « fin » sont interdits par le même article. Un doublet vendu comme « opale naturelle » est donc mal nommé.
Une monture fermée peut cacher l’assemblage : demandez au vendeur s’il s’agit d’une opale massive, d’un doublet ou d’un triplet. Notre guide sur la vraie et la fausse pierre détaille les mentions obligatoires.
L’opale est-elle traitée ? Existe-t-il des opales synthétiques ?
Oui aux deux questions.
Les traitements. Le GIA cite plusieurs pratiques :
- l'imprégnation à l’huile, à la cire ou au plastique ;
- la teinture, la fumée ou le traitement au sucre, qui modifient ou assombrissent la couleur de fond. L’opale d’Éthiopie, qui absorbe facilement les liquides, a été teinte en violet et traitée à la fumée ;
- des résines ou huiles qui masquent les fissures.
En France, une pierre traitée doit porter la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2).
Les synthèses et les imitations. Selon le GIA, Pierre Gilson a commencé à fabriquer une vraie opale synthétique en 1972. Le GIA précise que l’opale synthétique classique montre au grossissement un motif en « grillage » ou « peau de serpent », caractéristique de son origine. Il existe aussi des imitations : en verre à feuilles métalliques, dès le début des années 1970, et plus récemment en plastique mêlé de silice. Une pierre synthétique doit porter la mention « synthétique », et une imitation la mention « d’imitation » (article 4).
Où trouve-t-on l’opale ?
L'Australie domine. Le GIA estime qu’environ 90 % des opales du monde en viennent, et qu’elle est la première source depuis que ses mines ont commencé à produire, dans les années 1890. Lightning Ridge, en Nouvelle-Galles du Sud, est connue pour l’opale noire ; Coober Pedy, Mintabie et Andamooka, en Australie-Méridionale, et White Cliffs, pour l’opale blanche.
Autres sources citées par le GIA et la Britannica de 1911 :
- l'Éthiopie, dans les provinces de Wollo et de Shewa ;
- le Mexique, pour l’opale de feu, dans les États de Querétaro et d’Hidalgo ;
- le Brésil et le Honduras ;
- la Hongrie : selon la Britannica de 1911, les plus belles opales anciennes venaient de la mine de Dubnyik.
Quelle est sa dureté ?
Faible pour une pierre de bijou. Le GIA donne 5 à 6,5 sur l’échelle de Mohs, qui va de 1 à 10. La Britannica de 1911 donnait 5,5 à 6,5.
L’opale est aussi légère : sa densité est d’environ 2,15, selon le GIA. Une grosse pierre reste donc confortable à porter.

Vertus de l’opale selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de l’opale sont des croyances. Son histoire, elle, est faite d’admiration, puis d’une mauvaise réputation venue d’un roman.
La plus précieuse des Romains
Le GIA rapporte que dans la Rome antique, l’opale symbolisait l’amour et l’espoir. Son nom latin, opalus, était presque synonyme de « pierre précieuse ». Pline l’Ancien, au Ier siècle, s’émerveillait qu’une seule pierre réunisse le rouge du rubis, le vert de l’émeraude et le violet de l’améthyste.
La Britannica de 1911 ajoute que, selon Pline, l’opale venait juste après l’émeraude en valeur. Elle raconte aussi l’histoire du sénateur romain Nonius, exilé par Marc Antoine à cause de son opale, « grosse comme une noisette ».
Tombée du ciel ?
Selon le GIA, des légendes arabes disent que l’opale tombe du ciel dans les éclairs. Les Européens l’ont longtemps tenue pour un symbole d’espoir, de pureté et de vérité.
Pierre de malheur, pierre de chance
L’opale a eu, au XIXe siècle, la réputation de porter malheur. Le GIA explique d’où elle vient : d’un roman, Anne de Geierstein, de Walter Scott, paru en 1829, et non d’une croyance ancienne. La Britannica de 1911 note qu’elle avait souvent été regardée comme une pierre malchanceuse, mais qu’elle était de nouveau très recherchée à son époque.
Pendant la plus grande partie de l’histoire, au contraire, on la tenait pour la pierre la plus porte-bonheur de toutes, parce qu’elle montre toutes les couleurs, rapporte le GIA.
Aujourd’hui
L’opale est l’une des pierres de naissance d’octobre, selon le GIA. Les vertus que lui prête la lithothérapie moderne relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
L’opale est une pierre tendre et sensible, à manier avec soin.
Sa dureté va de 5 à 6,5 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA. La Britannica de 1911 conseillait déjà de la protéger des frottements, qui la rayent.
Les conseils du GIA pour la nettoyer :
- eau tiède savonneuse : c’est la méthode la plus sûre ;
- les autres méthodes peuvent abîmer l’opale ou la matière qui la comble : évitez donc les ultrasons et la vapeur ;
- pas de forte chaleur ni de changement brusque de température : même une opale naturelle peut se fendre. La Britannica de 1911 donnait déjà ce conseil.
Elle contient de l’eau. Le GIA explique qu’une opale qui perd son humidité peut se craqueler : un fin réseau de fissures apparaît, comme une toile d’araignée. La Britannica de 1911 notait que la perte d’eau, parfois causée par la chaleur, ternit beaucoup ses couleurs.
Pour un doublet ou un triplet, le GIA ajoute un point important : une exposition prolongée à l’eau peut affaiblir la colle. Ne le trempez pas : essuyez-le avec un chiffon doux à peine humide.
Rangez-la à part, comme la Gem-A le conseille pour tous les bijoux : beaucoup de pierres sont plus dures qu’elle et la rayeraient.
Questions fréquentes
D’où vient le jeu de couleurs de l’opale ?
De sa structure. Selon le GIA, l’opale précieuse est faite de minuscules sphères de silice rangées comme des balles de ping-pong dans une boîte. La lumière se diffracte entre elles et se sépare en couleurs. Des sphères d’environ 0,1 micron donnent du violet, d’environ 0,2 micron du rouge.
Qu’est-ce qu’un doublet ou un triplet d’opale ?
Une pierre assemblée. Selon le GIA, le doublet est une fine couche d’opale collée sur un support ; le triplet ajoute un dôme de quartz incolore ou de verre par-dessus. En France, une pierre faite de plusieurs morceaux collés doit être vendue avec la mention « composite » (décret n° 2002-65, article 4).
Peut-on mouiller une opale ?
Une opale massive supporte un nettoyage à l’eau tiède savonneuse, selon le GIA. Un doublet ou un triplet ne doit pas tremper : l’eau peut affaiblir sa colle. Évitez dans tous les cas la vapeur, les ultrasons et la chaleur.
L’opale porte-t-elle malheur ?
C’est une superstition récente. Le GIA explique qu’elle vient d’un roman de Walter Scott, Anne de Geierstein, paru en 1829, et non d’une croyance ancienne. Pendant la plus grande partie de l’histoire, on l’a au contraire tenue pour une pierre de chance.
Existe-t-il des opales synthétiques ?
Oui. Le GIA rapporte que Pierre Gilson a commencé à fabriquer une vraie opale synthétique en 1972. D’autres fabricants ont suivi, et il existe aussi des imitations en verre ou en plastique. En France, une pierre synthétique doit porter la mention « synthétique ».
Guides liés
Sources
- GIA, Opal (Gem Encyclopedia)
- GIA, Opal Description
- GIA, Opal Quality Factors
- GIA, October Birthstones: Opal and Tourmaline
- N. D. Renfro et al., Inclusions in Natural, Treated, Synthetic, and Imitation Opal, Gems & Gemology (GIA), été 2019
- N. Renfro et al., New Plastic Imitation Opal from Kyocera, Gems & Gemology (GIA), printemps 2018
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Opal » (Wikisource)
- GIA, Opal History and Lore (source culturelle, sur la tradition)
- Légifrance, décret n° 2002-65, article 4 (reconstituée, composite, synthétique, artificiel, d’imitation)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2