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Sélénite : le gypse transparent, si tendre qu’il se raye à l’ongle

Grand cristal de sélénite transparent, en forme de prisme allongé, posé sur des cristaux rosés
Gypse, variété sélénite, du district de Santa Eulalia (Chihuahua, Mexique). Photo : Parent Géry, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La sélénite est la forme transparente et cristallisée du gypse, un sulfate de calcium hydraté si tendre qu’il se raye à l’ongle. Légèrement soluble et sensible à la chaleur, c’est l’une des pierres les plus fragiles du commerce : ni eau, ni frottement contre des pierres plus dures.

Publié le

Carte d'identité

Sélénite

CaSO₄·2H₂O

Famille minérale
Sulfate de calcium hydraté (gypse)
Couleurs
  • Incolore
  • Blanc
Dureté (échelle de Mohs)

1,5 à 2 sur 10

Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.

Autres noms
Gypse (nom du minéral), Satin-spar (gypse fibreux, à l’éclat soyeux), Pierre spéculaire (nom antique), Marienglas (nom allemand)
Origines
Mexique (Naica et Santa Eulalia, Chihuahua), Italie (Sicile), France (Montmartre, Paris), Suisse (Bex), Allemagne (Thuringe, Marienglashöhle), États-Unis (Utah)
Traitements courants
Aucun traitement courant signalé par nos sources.
Imitations courantes
Calcite fibreuse, aussi appelée « satin-spar » : plus dure, elle ne se raye pas à l’ongle

Qu’est-ce que la sélénite ?

La sélénite est la forme cristallisée et transparente du gypse. Le gypse est un minéral très courant : c’est même le sulfate le plus commun, selon le Handbook of Mineralogy, l’ouvrage de référence des minéralogistes. Sa formule est CaSO₄·2H₂O. C’est un sulfate de calcium hydraté : son cristal contient de l’eau, environ 21 % de son poids, précise la Britannica de 1911.

Le mot « sélénite » n’est donc pas le nom d’un minéral à part. La Britannica de 1911 l’explique ainsi : quand le gypse est cristallisé, on l’appelle souvent sélénite.

Pur, le gypse est incolore ou blanc. Des impuretés peuvent le teinter de jaune, de beige, de bleu, de rose, de brun ou de gris, selon le Handbook. Ses cristaux sont transparents à translucides. Sur les faces de clivage, ils ont un éclat nacré, doux et un peu laiteux.

Sélénite, satin-spar, albâtre : quelles différences ?

Le même minéral, le gypse, prend trois aspects bien différents. La Britannica de 1911 les distingue clairement.

  • La sélénite : le gypse en cristaux transparents. Il se fend en feuilles minces et souples.
  • Le satin-spar : le gypse fibreux. Ses fibres sont parallèles et serrées. Poli, il prend un éclat soyeux et un peu nacré, d’où son nom anglais, « spath satiné ». La Britannica de 1911 note que ce gypse blanc finement fibreux sert à faire des perles.
  • L’albâtre : le gypse à grain fin, blanc comme du marbre, qu’on sculpte depuis longtemps.

Attention, le mot « albâtre » a une histoire compliquée. Selon la Britannica de 1911, l’albâtre des Anciens, celui des vases égyptiens, n’était pas du gypse mais de la calcite, un carbonate de calcium. Il est plus dur : il ne se raye pas à l’ongle, mais cède au couteau. L’albâtre d’aujourd’hui, lui, est du gypse.

Le même piège existe pour le satin-spar. La Britannica précise que certains satin-spar ne sont pas du gypse, mais de la calcite ou de l’aragonite, deux carbonates plus durs. Notre fiche sur la calcite présente ce minéral.

D’où vient la sélénite ?

Le gypse se forme souvent par évaporation. Quand une eau de mer ou de lac salé s’évapore, le sulfate de calcium qu’elle contient se dépose. Le Handbook of Mineralogy le décrit comme un constituant courant des roches sédimentaires, en particulier des dépôts de sel marins. Il se forme aussi dans les grottes et dans les mines, par réaction entre de l’acide sulfurique et des roches calcaires.

Les plus beaux cristaux viennent de quelques gisements célèbres, cités par le Handbook et la Britannica de 1911 :

  • le Mexique, avec la mine de Naica et sa grotte aux cristaux géants, et le district de Santa Eulalia, dans l’État de Chihuahua ;
  • l'Italie, en Sicile ;
  • la France, avec les anciennes carrières de gypse de Montmartre, à Paris ;
  • la Suisse, à Bex ;
  • l'Allemagne, avec la Marienglashöhle, une grotte de Thuringe tapissée de cristaux ;
  • les États-Unis, dans l’Utah, où la Britannica signale de très grands cristaux dans d’énormes géodes.

Quelle taille peuvent-ils atteindre ? Le Handbook of Mineralogy mentionne des cristaux de gypse jusqu’à 17 mètres de long, et cite justement les cristaux « énormes » de la mine de Naica.

Quelle est sa dureté ?

Très faible. La sélénite a une dureté de 1,5 à 2 sur l’échelle de Mohs, qui va de 1 à 10, selon le Handbook of Mineralogy.

En pratique, cela veut dire qu’on la raye avec l’ongle, comme le précise la Britannica de 1911. Une simple clé, ou une autre pierre de bijou, la marque tout de suite.

Elle a une autre particularité. Son clivage est parfait dans une direction : elle se sépare en lames fines. Ces lames sont souples, sans être élastiques : on peut les plier un peu, mais elles ne reprennent pas leur forme, d’après le Handbook.

Elle est aussi assez légère : sa densité est d’environ 2,3, selon le Handbook.

La sélénite est-elle traitée ou imitée ?

Nos sources ne signalent aucun traitement courant de la sélénite.

Le vrai piège est ailleurs : le nom. Ce que l’on vend sous le nom de « sélénite » couvre en fait plusieurs aspects du gypse. Un bâton blanc, opaque, à l’éclat soyeux et aux fibres parallèles correspond à la description que la Britannica de 1911 donne du satin-spar, le gypse fibreux. Une lame transparente, qui se fend en feuilles, est de la sélénite au sens strict. Les deux sont du gypse et ont la même fragilité.

Une confusion plus gênante existe avec la calcite fibreuse, elle aussi appelée satin-spar selon la Britannica. Elle a un aspect proche, mais ce n’est pas le même minéral. Elle est plus dure et ne se raye pas à l’ongle.

Comment reconnaître une sélénite ?

Quelques indices, tous tirés du Handbook of Mineralogy et de la Britannica de 1911 :

  • la transparence : une vraie sélénite laisse passer la lumière, comme du verre un peu laiteux ;
  • les feuilles : sur le bord, on voit souvent qu’elle se sépare en lames fines et nacrées ;
  • la tendreté : l’ongle y laisse une trace. Faites l’essai sur un endroit caché, car la rayure ne s’efface pas ;

Une pierre blanche et soyeuse, mais que l’ongle ne raye pas, n’est probablement pas du gypse : ce peut être de la calcite fibreuse.

Pour les autres pierres claires qu’on peut confondre, notre guide sur la vraie et la fausse pierre donne la méthode générale.

Paroi de grotte tapissée de cristaux de gypse blancs et translucides, en lames enchevêtrées
Cristaux de gypse dans la Marienglashöhle, en Thuringe, la grotte que cite la Britannica de 1911. Photo : Rainer Lippert, CC0, via Wikimedia Commons

Vertus de la sélénite selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » de la sélénite sont des croyances. Son histoire, elle, est surtout celle d’une pierre transparente qu’on débitait en feuilles.

Une pierre de lune

Son nom vient du grec selênê, la lune. La Britannica de 1911 rapporte que l’auteur grec Dioscoride l’appelait déjà selênitês. Elle donne deux explications : le reflet doux, « comme la lune », de certaines de ses faces, ou une légende selon laquelle on la trouvait la nuit, quand la lune croît. La Britannica présente la première comme la plus probable.

La pierre des fenêtres romaines

Pline l’Ancien, naturaliste romain, décrit au livre XXXVI de son Histoire naturelle une « pierre spéculaire » qu’on peut fendre en feuilles aussi minces que l’on veut. Elle venait d’abord d’Hispanie, autour de Segobriga, puis de Chypre, de Cappadoce, de Sicile et d’Afrique. Pline ajoute qu’on en répandait les copeaux dans le Circus Maximus, pendant les jeux, pour le faire paraître plus blanc.

Ses traducteurs anglais identifient cette pierre à la sélénite transparente. Ils signalent pourtant qu’un autre savant y voyait du mica ou du talc pour l’un des gisements cités : les sources ne s’accordent pas sur tous les cas.

La Britannica de 1911 confirme l’usage. Des plaques minces de gypse ont servi à vitrer les fenêtres, et il semble qu’on l’ait appelé, avec le mica, lapis specularis. En Allemagne, on l’appelait encore Marienglas, le « verre de Marie », et Fraueneis, la « glace de Notre-Dame ».

Aujourd’hui

Des pratiques actuelles de « purification » font appel à la sélénite : on y pose d’autres pierres pour les « recharger ». Elles relèvent de la croyance, et aucun effet n’est établi. Ce qu’elles font réellement aux pierres, l’eau, le soleil ou le contact avec une pierre plus dure, est expliqué dans notre guide recharger et purifier une pierre.

Pour la sélénite elle-même, retenez une chose : elle est si tendre que presque toutes les pierres qu’on pose dessus peuvent la rayer.

Entretien et rangement

La sélénite est l’une des pierres les plus fragiles que l’on rencontre. Trois raisons à cela, toutes tirées de sa nature de gypse.

Elle se raye à l’ongle. Sa dureté est de 1,5 à 2 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy. La Britannica de 1911 précise qu’on la raye même avec l’ongle. Toute pierre de bijou plus dure, quartz, agate ou améthyste, la marque au moindre frottement.

Elle craint l’eau. Le gypse est légèrement soluble : la Britannica de 1911 cite une partie de gypse dissoute dans 372 parties d’eau pure, à 26 °C. Un bain prolongé peut donc en dissoudre la surface, peu à peu. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’albâtre, son cousin à grain fin, ne s’emploie pas en extérieur, selon la même encyclopédie.

Elle craint la chaleur. Chauffé, le gypse perd son eau. C’est ainsi qu’on fabrique le plâtre de Paris, rappelle la Britannica de 1911. Une forte chaleur peut donc la transformer en une poudre blanche, comme le décrit la Britannica pour la calcination.

En pratique :

  • essuyez-la avec un chiffon doux et sec, sans eau ni produit ;
  • ne la trempez pas, et séchez-la aussitôt si elle a été mouillée ;
  • gardez-la loin des flammes et des sources de forte chaleur ;
  • rangez-la à part, comme la Gem-A le conseille pour toutes les pierres, afin que les plus dures ne la rayent pas.

Nous n’avons pas trouvé de source sur le nettoyage aux ultrasons ou à la vapeur de la sélénite. Par prudence, évitez les deux.

Questions fréquentes

La sélénite et le gypse, est-ce la même chose ?

Oui. La sélénite est le nom que l’on donne au gypse cristallisé, transparent, selon la Britannica de 1911. Le gypse fibreux s’appelle satin-spar, et le gypse à grain fin l’albâtre : c’est toujours le même minéral, de formule CaSO₄·2H₂O.

Les bâtons blancs et soyeux vendus comme « sélénite » sont-ils de la sélénite ?

C’est le même minéral, le gypse, mais pas la même variété au sens strict. Un bâton blanc, opaque, à l’éclat soyeux et aux fibres parallèles répond à la description du gypse fibreux que la Britannica de 1911 appelle satin-spar. La sélénite proprement dite est transparente et se fend en feuilles.

Peut-on mouiller une sélénite ?

Mieux vaut l’éviter. Le gypse est légèrement soluble dans l’eau, selon la Britannica de 1911 : un bain prolongé peut en dissoudre la surface. Essuyez-la avec un chiffon sec.

Pourquoi s’appelle-t-elle sélénite ?

Son nom vient du grec selênê, la lune. Selon la Britannica de 1911, il évoque probablement le reflet doux, comme la lune, de certaines de ses faces ; une légende disait aussi qu’on la trouvait la nuit, quand la lune croît.

Comment distinguer la sélénite d’une calcite fibreuse ?

Par la dureté. Le gypse se raye à l’ongle ; la calcite, plus dure, ne se raye pas ainsi mais cède au couteau, selon la Britannica de 1911. Faites l’essai sur un endroit caché, car la rayure est définitive.

Guides liés

Sources

  1. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Gypsum (PDF)
  2. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Gypsum » (Wikisource)
  3. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Satin-spar » (Wikisource)
  4. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Alabaster » (Wikisource)
  5. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
  6. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre XXXVI, chapitre 45, « Specular stones » (trad. Bostock et Riley, Perseus) (source culturelle, sur la tradition)