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Amazonite : le feldspath vert-bleu, sa couleur et ses imprégnations

Cristaux d’amazonite vert-bleu opaque, du Colorado
Amazonite de Crystal Peak, Colorado (États-Unis). Photo : James St. John, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

L’amazonite est un feldspath, le microcline, dans sa variété vert-bleu. Sa couleur naît d’une rencontre précise, selon une étude de 1985 : du plomb, de l’eau prise dans le cristal et un rayonnement naturel.

Publié le

Carte d'identité

Amazonite

KAlSi₃O₈

Famille minérale
Feldspath potassique : microcline (variété vert-bleu)
Dureté (échelle de Mohs)

6 à 6,5 sur 10

Autres noms
Pierre des Amazones (amazon-stone, nom ancien), Microcline vert
Origines
Russie (monts Ilmen, près de Miass, dans l’Oural), États-Unis (Colorado : Pikes Peak, Crystal Peak), Madagascar
Traitements courants
Imprégnation de résine, qui rend certaines amazonites plus translucides et plus bleues (GIA, 2017)
Imitations courantes
Aucune imitation courante signalée par nos sources.

Qu’est-ce que l’amazonite ?

L’amazonite est un feldspath, la famille de la labradorite et de la pierre de lune. Plus précisément, c’est la variété vert-bleu du microcline, un feldspath potassique de formule KAlSi₃O₈, selon le Handbook of Mineralogy et l'Encyclopædia Britannica de 1911.

Le microcline lui-même est un minéral très courant des granites et des pegmatites. Sa variété verte, elle, est beaucoup plus rare : la Britannica de 1911 la disait « d’occurrence restreinte ».

Son nom de famille vient du grec : mikros, « petit », et klinein, « incliner ». Le Handbook explique qu’il évoque le faible écart entre ses deux clivages et l’angle droit.

D’où vient sa couleur ?

C’est la question la plus intéressante de cette pierre, et les explications ont changé.

Les hypothèses anciennes. En 1911, la Britannica rapportait qu’on avait attribué la couleur au cuivre. Elle jugeait plus probable un pigment d’origine organique, peut-être un sel de fer organique, parce que la chaleur efface la couleur.

L’explication de 1985. Deux minéralogistes du California Institute of Technology, Anne Hofmeister et George Rossman, ont publié une étude dans American Mineralogist. Ils montrent que la couleur de l’amazonite :

  • n’apparaît que dans un feldspath potassique qui contient à la fois du plomb et de l'eau liée à sa structure cristalline ;
  • est induite par un rayonnement, naturel dans la roche ;
  • dépend de la quantité de plomb et d’eau, qui semblent s’associer un pour un dans les centres colorés.

Selon la même étude, l’eau n’est pas consommée : elle jouerait le rôle de catalyseur dans la transformation du plomb. Les auteurs distinguent trois types de couleur, bleu, vert et bleu-vert, liés à des absorptions différentes de la lumière.

Le GIA reprend cette explication en 2017 : pour obtenir la couleur bleu-vert, le feldspath doit contenir de l’eau et du plomb, puis être irradié.

Où la trouve-t-on ?

Selon la Britannica de 1911, l’amazonite venait autrefois presque uniquement des environs de Miass, dans les monts Ilmen, dans l’Oural, en Russie, où elle se trouve dans des roches granitiques. Elle citait aussi :

  • le Colorado, aux États-Unis, à Pikes Peak, où de magnifiques cristaux accompagnent le quartz fumé dans des pegmatites ;
  • Madagascar, également dans des pegmatites.

Nous n’avons pas trouvé de source fiable et récente qui classe les gisements actuels d’amazonite par importance.

Quelle est sa dureté ?

6 à 6,5 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy ; la Britannica de 1911 donnait 6. Sa densité est d’environ 2,56.

Le point faible de l’amazonite n’est pas sa dureté mais son clivage. Le Handbook décrit deux clivages parfaits, presque à angle droit, et un minéral cassant. Un choc peut la fendre le long de ces plans.

L’amazonite est-elle traitée ?

Parfois, et le traitement peut changer son aspect.

En 2017, le GIA a étudié, pour Gems & Gemology, un bracelet de perles d’amazonite d’un bleu vif et d’une translucidité inhabituels. Le laboratoire note que cette couleur et cette translucidité se voient rarement dans la matière non traitée. Les analyses ont montré que les perles étaient imprégnées de résine, jusqu’au cœur.

Le même laboratoire a plongé des perles dans l’acétone : en une heure, puis en vingt-quatre heures, des fissures blanchâtres sont apparues, révélant la qualité réelle de la matière de départ. Le GIA conseille donc d’éviter les solvants riches en acétone, comme le dissolvant à ongles.

Ce que dit la loi française. Une imprégnation est un traitement : la pierre doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2).

Nous n’avons pas trouvé de source fiable sur des imitations courantes de l’amazonite. Nous n’en citerons donc pas.

Comment reconnaître une amazonite ?

  • La couleur et le dessin. Vert-bleu, parfois traversé de bandes ou d’un quadrillage : le Handbook signale dans le microcline des intercroissances rubanées d’albite et des macles en grille.
  • Les reflets de clivage. Le Handbook décrit un éclat vitreux, nacré sur les plans de clivage.
  • Un bleu très vif et très translucide, sur des perles bon marché, mérite la question de l’imprégnation, d’après l’étude du GIA. Ce n’est pas une preuve.
  • Le vocabulaire. « Traitée » ou « imprégnée » doit figurer quand c’est le cas.

Seul un laboratoire peut confirmer une imprégnation, par spectroscopie infrarouge comme l’a fait le GIA. Notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille les mentions que la loi impose.

Cristaux d’amazonite vert-bleu associés à des cristaux sombres de quartz fumé
Amazonite et quartz fumé (États-Unis), une association classique du Colorado. Photo : Parent Géry, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Vertus de l’amazonite selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » de l’amazonite sont des croyances. Son histoire, elle, est surtout celle d’un nom trompeur et d’une couleur longtemps mal comprise.

Un nom de fleuve, sans doute à tort

Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, le nom vient du fleuve Amazone, d’où l’on rapportait autrefois certaines pierres vertes. Mais la même encyclopédie juge douteux qu’on trouve du feldspath vert dans la région de l’Amazone. Le nom ne dit donc probablement rien de son origine réelle.

Une pierre d’ornement discrète

La Britannica de 1911 précise que l’amazonite, pour sa couleur vive, n’était taillée et polie comme pierre d’ornement que dans une mesure limitée. Elle venait alors presque uniquement des environs de Miass, dans l’Oural.

Aujourd’hui

Les vertus que la lithothérapie moderne prête à l’amazonite relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.

Entretien et rangement

L’amazonite est un feldspath : 6 à 6,5 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy. Elle est un peu plus tendre que le quartz.

Elle craint surtout les chocs. Le Handbook la décrit comme cassante, avec deux clivages parfaits presque à angle droit : un coup sec peut la fendre le long de ces plans.

La chaleur peut effacer sa couleur, notait déjà la Britannica de 1911. Tenez-la loin des sources de chaleur.

Si elle est imprégnée, le GIA conseille d’éviter, au quotidien, les solvants riches en acétone, comme le dissolvant à ongles : dans ses essais, un bain d’acétone a fait apparaître des fissures blanchâtres dans des perles imprégnées.

Nous n’avons pas trouvé de consigne de nettoyage propre à l’amazonite dans une source fiable. La règle générale de la Gem-A pour les bijoux s’applique : brosse douce et eau savonneuse. Rangez-la à part.

Questions fréquentes

D’où vient la couleur de l’amazonite ?

Selon une étude publiée en 1985 dans American Mineralogist, la couleur n’apparaît que dans un feldspath potassique qui contient à la fois du plomb et de l’eau liée à sa structure, après une irradiation naturelle. La Britannica de 1911 avançait d’autres hypothèses, aujourd’hui abandonnées : le cuivre ou un pigment organique.

L’amazonite vient-elle de l’Amazonie ?

Probablement pas. Selon la Britannica de 1911, le nom vient du fleuve Amazone, d’où l’on rapportait certaines pierres vertes, mais il est douteux qu’on y trouve ce feldspath. Ses gisements classiques sont dans l’Oural et au Colorado.

L’amazonite bleu vif et très translucide est-elle naturelle ?

Pas toujours. Le GIA a décrit en 2017 des perles d’amazonite d’un bleu vif et d’une translucidité rarement vus dans la matière non traitée : elles étaient imprégnées de résine. En France, c’est un traitement à déclarer (décret n° 2002-65, article 2).

L’amazonite est-elle fragile ?

Elle est assez dure, 6 à 6,5, mais cassante, avec deux clivages parfaits selon le Handbook of Mineralogy : elle peut se fendre en cas de choc.

Sources

  1. A. M. Hofmeister et G. R. Rossman, A spectroscopic study of irradiation coloring of amazonite: structurally hydrous, Pb-bearing feldspar, American Mineralogist, vol. 70, p. 794–804 (1985, PDF)
  2. Z. Sun et al., Impregnated Amazonite, Gems & Gemology, Gem News International, automne 2017 (GIA)
  3. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Microcline (PDF)
  4. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Amazon-stone » et « Microcline » (Wikisource)
  5. Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2
  6. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)