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Labradorite : la pierre grise aux reflets bleus

Bloc de labradorite brute dont une face polie montre de larges reflets bleus et verts sur un fond gris sombre
Labradorite polie, collections de géologie de l’University College London. Photo : UCL Mathematical and Physical Sciences (Mary Hinkley), CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La labradorite est un feldspath, souvent gris sombre, dont la surface s’illumine de reflets bleus, verts ou dorés selon l’angle. Ces reflets, appelés labradorescence, naissent de la lumière qui se réfléchit dans de très fines couches superposées à l’intérieur du cristal.

Publié le

Carte d'identité

Labradorite

Famille minérale
Feldspath plagioclase (silicate)
Dureté (échelle de Mohs)

6 à 6,5 sur 10

Autres noms
Spectrolite (labradorite sombre de Finlande), Pierre de lune arc-en-ciel (nom commercial d’une labradorite claire)
Origines
Canada (Labrador, île Paul), Finlande, Madagascar, Zambie (labradorite claire), États-Unis (Oregon, variété pierre de soleil)
Traitements courants
Diffusion de cuivre : signalée sur des labradorites incolores, pour imiter la pierre de soleil rouge (pas sur la labradorite grise à reflets)
Imitations courantes
Larvikite (laurvigite) de Norvège, parfois vendue comme labradorite : faite d’un autre feldspath

Qu’est-ce que la labradorite ?

La labradorite est un feldspath. Selon le GIA, les minéraux de cette famille forment plus de la moitié de la croûte terrestre. Plus précisément, c’est un plagioclase : un feldspath qui mêle du calcium et du sodium. La série des plagioclases va de l’albite, riche en sodium, à l’anorthite, riche en calcium. Selon le GIA, la labradorite occupe le milieu de cette série : elle contient de 50 à 70 % d’anorthite.

Telle quelle, la labradorite n’a rien de spectaculaire. L'Encyclopædia Britannica de 1911 la décrit d’un gris terne, avec un éclat un peu gras. Mais, dans certaines directions, elle montre un « magnifique jeu de couleurs » : bleu, vert, orange, violet ou rouge. Ce jeu change quand on tourne la pierre.

Les labradorites à reflets se forment dans des roches profondes, refroidies très lentement, selon le GIA. Leurs cristaux peuvent atteindre plusieurs décimètres. Certaines de ces roches, polies, servent même de plans de travail.

D’où viennent ses reflets bleus ?

Ce jeu de couleurs s’appelle la labradorescence. Le GIA l’explique dans une revue publiée en 2025 dans Gems & Gemology. En refroidissant lentement, le cristal s’est séparé en couches alternées, extrêmement fines, de deux compositions un peu différentes. Les minéralogistes appellent cette structure l'« intercroissance de Bøggild ». La lumière qui entre dans la pierre se réfléchit sur ces couches, et les ondes réfléchies s’additionnent ou s’annulent selon leur épaisseur : c’est une interférence, comme sur une bulle de savon.

La couleur dépend de l’épaisseur des couches. Selon le GIA, une paire de couches d’environ 150 nanomètres donne du bleu, et plus de 250 nanomètres donne du rouge, avec toutes les couleurs du spectre entre les deux. Comme ces couches sont très régulières, les reflets sont presque toujours intenses.

La couleur de fond compte aussi. Le GIA indique qu’elle dépend surtout de la densité de minuscules inclusions d’oxyde de fer. Une labradorite très chargée, comme la spectrolite de Finlande, paraît presque noire : ses reflets semblent posés en surface. Une labradorite presque sans inclusions, claire, montre des reflets diffus, qui viennent du fond de la pierre.

L’explication a changé avec le temps. En 1911, l'Encyclopædia Britannica hésitait encore : les reflets venaient, selon elle, soit de minuscules lamelles d’autres minéraux comme la goethite ou l’hématite, soit d’une « délicate structure lamellaire » du feldspath. La recherche a depuis tranché pour la seconde idée, même si le GIA note que la forme exacte de ces couches n’est pas encore entièrement résolue.

Où trouve-t-on la labradorite ?

Son nom vient du Labrador, au Canada. Le GIA cite l’île Paul, au Labrador, comme sa localité de référence, celle qui a donné la variété à reflets la plus célèbre.

Toujours selon le GIA, les plus belles labradorites à reflets viennent :

  • du Canada ;
  • de Finlande, d’où vient la spectrolite, au fond presque noir ;
  • de Madagascar.

On trouve aussi en Zambie une labradorite claire et transparente, vendue sous le nom de « pierre de lune arc-en-ciel ». Enfin, le GIA rappelle que la plupart des pierres de soleil de l’Oregon, aux États-Unis, sont des labradorites, avec un tout autre aspect : de minuscules inclusions de cuivre natif qui scintillent, selon une étude de Gems & Gemology de 1991, au lieu de reflets bleus.

Labradorite ou pierre de lune arc-en-ciel ?

C’est la confusion la plus fréquente. La pierre de lune au sens strict est un autre feldspath, riche en potassium, selon le GIA. Son éclat bleuté et laiteux, l’adularescence, flotte à la surface de la pierre.

La « pierre de lune arc-en-ciel » du commerce est, elle, une labradorite claire. Le GIA le dit sans détour : elle est vendue sous ce nom bien qu’elle soit en réalité une variété de labradorite, à Madagascar comme en Zambie. Le nom n’est donc pas faux sur la beauté de la pierre, mais il l’est sur sa nature. Pour la vraie pierre de lune, lisez notre fiche sur la pierre de lune.

Traitements et imitations : que faut-il savoir ?

Nos sources ne signalent pas de traitement courant pour la labradorite grise à reflets, celle des bracelets et des pendentifs. Ce n’est pas une garantie : c’est l’état de ce que nous avons pu vérifier.

Un traitement existe sur d’autres labradorites. Une étude publiée dans Gems & Gemology en 2022 décrit des labradorites incolores colorées en rouge par diffusion de cuivre, pour imiter la pierre de soleil. Elle note aussi qu’il n’existe pas encore de méthode simple et fiable pour reconnaître certains feldspaths rouges traités. Si l’on vous propose une « labradorite rouge », demandez si elle a été traitée.

Méfiez-vous enfin du nom. L'Encyclopædia Britannica de 1911 signale déjà une pierre ornementale du sud de la Norvège, aux reflets bleus, souvent appelée labradorite, alors qu’elle est faite d’un autre feldspath. Le minéralogiste W. C. Brøgger a nommé cette roche laurvigite, d’après la ville de Laurvik (aujourd’hui Larvik) ; on l’écrit aujourd’hui larvikite.

Comment reconnaître une vraie labradorite ?

À l’œil, quelques indices aident, sans jamais remplacer un laboratoire.

  • Le reflet bouge. Sur une vraie labradorite, la couleur apparaît dans une direction et disparaît quand on tourne la pierre. Selon le GIA, elle se voit sur une face précise du cristal. Un reflet visible sous tous les angles doit vous rendre prudent.
  • Le reflet vient de l’intérieur. Le GIA montre, au microscope, que les inclusions sombres flottent au-dessus du reflet bleu : la couleur naît dans la pierre, pas sur un vernis.
  • Le fond n’est pas uniforme. La labradorite naturelle montre souvent des zones éteintes, des fissures de clivage et des inclusions sombres, comme sur la photo de cette fiche.
  • Le nom du vendeur. Larvikite, « pierre de lune arc-en-ciel », spectrolite : ces noms désignent des pierres réelles, mais différentes. Un vendeur sérieux dit laquelle il vend.

Nous n’avons trouvé aucune source fiable décrivant des imitations courantes de la labradorite en verre ou en plastique. Si vous en voyez, vous saurez désormais quoi regarder.

Vertus de la labradorite selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » de la labradorite sont des croyances. Disons-le d’emblée : cette pierre a très peu d’histoire écrite, ce qui la distingue de l’améthyste ou du lapis-lazuli.

Une pierre entrée tard dans l’histoire européenne

Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, la labradorite a été découverte en blocs sur la côte du Labrador, vers 1770, par la mission morave installée dans la région. Des échantillons ont été envoyés peu après à Londres. Son nom vient de ce lieu. Le GIA précise que l’île Paul, au Labrador, est sa localité de référence.

La même encyclopédie note que, mouillées, les pierres sont d’un éclat remarquable, et que les habitants de la région les appelaient des « fire rocks », des « pierres de feu ». C’est la seule trace d’un nom local que nous ayons trouvée dans une source fiable.

Une légende souvent racontée, jamais sourcée

Beaucoup de sites racontent une légende inuite : la labradorite garderait prisonnières les aurores boréales. Nous n’avons trouvé cette légende dans aucune source ethnologique ni muséale. Nous la mentionnons parce que vous la lirez ailleurs, sans pouvoir la confirmer.

Des croyances récentes

Les vertus prêtées aujourd’hui à la labradorite viennent de la lithothérapie moderne. Nous n’en avons trouvé aucune trace dans un texte ancien. Ce sont des croyances récentes, que chacun est libre de partager ou non. Ce que la pierre a de remarquable, ses reflets, a une explication physique, détaillée plus haut.

Entretien et rangement

La labradorite est un peu plus tendre que le quartz. Selon le Handbook of Mineralogy, l’albite et l’anorthite, les deux minéraux entre lesquels elle se situe, ont une dureté de 6 à 6,5. L’améthyste, elle, est à 7 selon le GIA. Rangez votre labradorite à part, pour qu’une pierre plus dure ne la raye pas.

Elle craint surtout les chocs. Le même ouvrage décrit ces feldspaths comme cassants, avec un clivage parfait dans une direction et bon dans une autre : la pierre peut se fendre net le long de ces plans. Retirez une bague en labradorite pour bricoler ou faire du sport.

Nous n’avons pas trouvé de consigne de nettoyage propre à la labradorite dans une source fiable. Par prudence, nettoyez-la à l’eau tiède savonneuse avec une brosse douce, rincez et séchez avec un chiffon doux. Évitez les chocs thermiques et les produits agressifs.

Questions fréquentes

Pourquoi ma labradorite ne montre-t-elle pas de reflets ?

Parce que les reflets n’apparaissent que dans certaines directions. Selon le GIA, ils se voient sur une face précise du cristal. Tournez la pierre sous une lumière franche : le reflet apparaît puis disparaît selon l’angle.

La pierre de lune arc-en-ciel est-elle une labradorite ?

Oui. Le GIA explique que la « pierre de lune arc-en-ciel » du commerce est une labradorite claire, et non une vraie pierre de lune, qui est un autre feldspath. Le nom est commercial.

La labradorite est-elle fragile ?

Assez. Elle est un peu moins dure que le quartz et surtout cassante, avec des plans de clivage le long desquels elle peut se fendre, selon le Handbook of Mineralogy. Évitez les chocs.

Qu’est-ce que la spectrolite ?

Une labradorite de Finlande au fond presque noir, dont les reflets semblent posés à la surface, selon le GIA. C’est la même espèce minérale, avec un aspect particulier.

D’où vient le nom labradorite ?

Du Labrador, au Canada, où la pierre a été découverte vers 1770, selon l’Encyclopædia Britannica de 1911. Le GIA cite l’île Paul, au Labrador, comme localité de référence.

Guides liés

Sources

  1. GIA, Gems & Gemology, Structures Behind the Spectacle: A Review of Optical Effects in Phenomenal Gemstones (été 2025)
  2. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Albite (Mineralogical Society of America)
  3. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Anorthite (Mineralogical Society of America)
  4. GIA, Moonstone Description
  5. GIA, Moonstone (Gem Encyclopedia)
  6. Q. Zhou, C. Wang et A. H. Shen, Fluorescence Characteristics of Two Copper-Diffused Plagioclase Feldspars, Gems & Gemology (hiver 2022)
  7. GIA, Amethyst (Gem Encyclopedia) : dureté du quartz
  8. C. L. Johnston, M. E. Gunter et C. R. Knowles, Sunstone Labradorite from the Ponderosa Mine, Oregon, Gems & Gemology (hiver 1991)
  9. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Labradorite », F. W. Rudler (Wikisource) (source culturelle, sur la tradition)