Chrysoprase : la calcédoine vert pomme, colorée par le nickel, souvent imitée par teinture

La chrysoprase est une calcédoine d’un vert pomme, dont la couleur vient du nickel ; c’est l’une des variétés de calcédoine les plus recherchées. Une bonne partie de la « chrysoprase » du commerce est en fait de la calcédoine ou de l’agate teinte en vert, ce qui doit être déclaré.
Carte d'identité
Chrysoprase
SiO₂
- Famille minérale
- Calcédoine (quartz microcristallin) colorée par le nickel
- Couleurs
- Vert
- Dureté (échelle de Mohs)
6,5 sur 10
Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.
- Autres noms
- Calcédoine verte au nickel, Chrysoprase de Silésie (gisement historique)
- Origines
- Silésie (Kosemütz, près de Frankenstein, gisement historique), Australie (Marlborough, Queensland), Russie (Oural, près d’Iekaterinbourg), Inde, États-Unis (Oregon)
- Traitements courants
- Teinture : calcédoine ou agate teinte en vert, vendue pour de la chrysoprase (à déclarer « traitée »)
- Imitations courantes
- Agate teinte en vert ; Calcédoine au chrome, une autre calcédoine verte
Qu’est-ce que la chrysoprase ?
La chrysoprase est une variété de calcédoine. La calcédoine est une forme de quartz faite de cristaux minuscules, invisibles à l’œil nu : on parle de quartz microcristallin. Sa formule est donc celle du quartz, SiO₂.
Ce qui la distingue des autres calcédoines, c’est sa couleur : un vert pomme vif. La Britannica de 1911 la définit comme une calcédoine vert pomme, employée comme pierre d’ornement. La Gem-A, l’association de gemmologie britannique, la compte parmi les variétés de calcédoine les plus précieuses.
Comme la plupart des calcédoines, elle est translucide, selon la Gem-A : la lumière la traverse sans qu’on voie au travers.
D’où vient sa couleur verte ?
Du nickel. La Gem-A décrit la chrysoprase comme une calcédoine d’un vert vif colorée par le nickel. La Britannica de 1911 le disait déjà, en précisant que le nickel s’y trouve probablement sous forme de silicate hydraté.
C’est ce qui la distingue d’autres pierres vertes qui lui ressemblent :
- la calcédoine au chrome, parfois appelée mtorolite. La Gem-A précise qu’elle est colorée par le chrome, et non par le nickel ;
- la « prase », un vert poireau terne. Selon la Gem-A, ce terme a été employé si largement, pour des roches comme pour des cristaux, qu’on ne peut plus s’y fier.
Cette couleur a un point faible. La Britannica de 1911 indique qu’une chaleur modérée, ou une forte lumière, peut la faire pâlir, et même la rendre presque incolore. La pierre peut ensuite reprendre sa couleur en absorbant de l’humidité.
Où trouve-t-on la chrysoprase ?
C’est une pierre de répartition limitée, selon la Britannica de 1911. Nos sources citent :
- la Silésie : en 1911, c’était la principale source, autour de Frankenstein et de Kosemütz. La chrysoprase y accompagne une roche altérée, la serpentine ;
- l'Australie : une gemmologue de la Gem-A cite la chrysoprase de Marlborough, dans le Queensland ;
- la Russie, dans l’Oural, près d’Iekaterinbourg, en petite quantité ;
- l'Inde ;
- les États-Unis, notamment à Nickel Mount, dans l’Oregon, dans une serpentine riche en nickel.
Nous n’avons pas trouvé de source fiable qui classe aujourd’hui ces gisements par importance. Nous ne le faisons donc pas.
Quelle est sa dureté ?
La calcédoine a une dureté vers 6,5 sur l’échelle de Mohs, qui va de 1 à 10, selon la Britannica de 1911.
Elle est donc assez résistante pour un bijou porté souvent. En revanche, elle raye les pierres plus tendres si on les range ensemble.
La chrysoprase est-elle souvent teinte ?
Oui, et c’est le piège principal. Dès 1911, la Britannica écrivait qu’une bonne partie de la chrysoprase du commerce était de la calcédoine teinte artificiellement, en l’imprégnant d’un sel vert de nickel.
Le problème existe toujours. La Gem-A indique que l'agate teinte en vert est courante dans le commerce des bijoux. C’est une vraie calcédoine, mais pas une chrysoprase : sa couleur est ajoutée.
Ce qu’il faut savoir en France :
- une pierre teinte doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2) ;
- une agate teinte n’est pas une chrysoprase : demandez au vendeur le nom exact de la pierre. La mention « d’imitation » vise, elle, les produits artificiels qui imitent une pierre, comme le verre (article 4). Notre fiche sur l'agate explique comment on la teint.
La chrysoprase n’est pas non plus du jade. Le jade est de la néphrite ou de la jadéite, deux minéraux bien différents, comme l’explique notre fiche sur le jade.
Comment distinguer une chrysoprase d’une agate teinte ?
La Gem-A donne deux indices.
La structure. L’agate teinte en vert montre souvent les bandes de l’agate, des couches fines et parallèles, parfois courbes. La chrysoprase en montre rarement : sa couleur est plus uniforme.
La répartition de la couleur. Dans une pierre teinte, la Gem-A explique que la teinture se concentre dans les pores et les fissures. Une couleur plus sombre le long des fissures est un signal d’alerte.
Un gemmologue dispose aussi d’outils simples. Au filtre Chelsea, un petit filtre coloré, la chrysoprase reste verte, tandis que la plupart des agates teintes en vert paraissent grisâtres à rosées, selon la Gem-A. Le spectroscope permet aussi de les séparer.
Aucun de ces indices ne suffit seul pour un achat important. Seul un laboratoire peut trancher. Notre guide pour distinguer une vraie pierre d’une imitation donne la méthode générale.

Vertus de la chrysoprase selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de la chrysoprase sont des croyances. Son histoire, elle, est celle d’une pierre d’ornement aimée des princes.
Un nom antique, une autre pierre
Son nom vient du grec : chrysos, l’or, et prason, le poireau. Mais la Britannica de 1911 prévient : la « chrysoprase » des auteurs grecs et de Pline n’est certainement pas la nôtre. La pierre antique était peut-être un chrysobéryl. Il est même douteux, selon elle, qu’on ait connu la chrysoprase moderne avant une époque assez tardive. Les textes anciens qui parlent de « chrysoprase » ne décrivent donc pas forcément cette pierre.
La pierre des palais
Toujours selon la Britannica de 1911, la chrysoprase de Silésie a orné très tôt les murs de la chapelle Saint-Venceslas, à Prague. Le gisement de Kosemütz, découvert en 1740, a fourni la pierre dont Frédéric le Grand décora son palais de Sans-Souci, à Potsdam.
Au début du XIXe siècle, c’était une pierre à la mode en Angleterre. On la montait en broches et en bagues, entourée de petits diamants.
Une pierre porte-bonheur ?
La Britannica de 1911 ajoute qu’à son époque, certains la tenaient pour une « pierre porte-bonheur ». C’est une croyance, rapportée comme telle.
Aujourd’hui
Les vertus que la lithothérapie moderne prête à la chrysoprase relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
La chrysoprase est assez dure : la calcédoine est vers 6,5 sur l’échelle de Mohs, selon la Britannica de 1911. Elle résiste aux petits chocs du quotidien mieux que beaucoup de pierres tendres.
Sa faiblesse, c’est sa couleur. La Britannica de 1911 indique qu’une chaleur modérée, ou une forte lumière, peut la faire pâlir, et même la rendre presque incolore. Elle peut ensuite reprendre sa couleur en absorbant de l’humidité. Gardez-la donc à l’abri du soleil prolongé et des sources de chaleur.
Si votre pierre est en fait une calcédoine teinte, la prudence est plus grande encore. La Gem-A explique que certaines teintures pâlissent à la lumière ou partent à l’eau, et que certaines se dissolvent dans l’acétone, le solvant du dissolvant à ongles.
En pratique :
- essuyez-la avec un chiffon doux, légèrement humide si besoin, puis séchez-la ;
- évitez le soleil prolongé, la chaleur et les solvants ;
- rangez-la à part, comme la Gem-A le conseille pour tous les bijoux, pour qu’elle ne raye pas les pierres plus tendres.
Nous n’avons pas trouvé de source propre au nettoyage de la chrysoprase aux ultrasons ou à la vapeur. Par prudence, évitez-les.
Questions fréquentes
D’où vient la couleur verte de la chrysoprase ?
Du nickel. La Gem-A la décrit comme une variété de calcédoine d’un vert vif colorée par le nickel, et la Britannica de 1911 l’attribuait déjà au nickel, probablement sous forme de silicate hydraté.
La chrysoprase est-elle du jade ?
Non. Le jade est de la néphrite ou de la jadéite, deux minéraux différents. La chrysoprase est une calcédoine, c’est-à-dire un quartz microcristallin. Notre fiche sur le jade explique ce que ce nom recouvre.
Comment savoir si ma chrysoprase est teinte ?
Regardez sa structure. Selon la Gem-A, l’agate teinte en vert montre souvent des bandes d’agate, rares dans la chrysoprase. Un gemmologue peut aussi utiliser le filtre Chelsea : la chrysoprase y paraît verte, l’agate teinte grisâtre à rosée.
Pourquoi ma chrysoprase a-t-elle pâli ?
La Britannica de 1911 indique qu’une chaleur modérée ou une forte lumière peut faire pâlir la chrysoprase, et qu’elle peut reprendre sa couleur en absorbant de l’humidité. Une pierre teinte peut aussi perdre sa teinture à la lumière ou à l’eau, selon la Gem-A.
Une chrysoprase teinte est-elle une fausse pierre ?
C’est une vraie calcédoine, mais pas une chrysoprase : sa couleur verte est ajoutée. En France, une pierre teinte doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2). Demandez au vendeur le nom exact.
Sources
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Chrysoprase » (Wikisource)
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Chalcedony » (Wikisource)
- Gem-A, Buying Guide: Get to Know the Different Types of Chalcedony (2023)
- Gem-A, Gemmology Insights: How To Recognise Dyed Gemstones and What to Look Out For
- Gem-A, Fossicking in the Outback (C. Garcia-Carballido)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2