Citrine : le quartz jaune, souvent une améthyste chauffée

La citrine est la variété jaune à orangée du quartz, mais la citrine naturelle est rare. La plupart des citrines vendues sont des améthystes chauffées, ce que la loi française n’oblige pas à dire.
Carte d'identité
Citrine
SiO2
- Famille minérale
- Quartz (silicate), variété jaune à orangée
- Dureté (échelle de Mohs)
7 sur 10
- Autres noms
- Quartz citrine, Lemon quartz (quartz jaune-vert, souvent traité)
- Origines
- Bolivie (mine d’Anahí, citrine naturelle), Espagne, Madagascar, Mexique, Uruguay, Brésil (surtout améthyste destinée à être chauffée)
- Traitements courants
- Chauffage d’améthyste : la plus grande partie des « citrines » du commerce ; Chauffage de quartz fumé : citrine couleur citron vert ; Irradiation puis chauffage de quartz incolore : « lemon quartz »
- Imitations courantes
- Verre et autres matières (le GIA rappelle que toute pierre peut être imitée)
Qu’est-ce que la citrine ?
La citrine est la variété jaune à orangée du quartz, selon le GIA, le laboratoire de gemmologie américain. C’est le même minéral que l'améthyste : de la silice, de formule SiO₂. Sa couleur va du jaune pâle à l’orange brunâtre, et jusqu’à l’orange rougeâtre.
Ses principales mesures, selon le GIA :
- dureté : 7 sur l’échelle de Mohs ;
- densité : 2,66 ;
- indice de réfraction : 1,544 à 1,553.
C’est aujourd’hui la pierre jaune à orange la plus vendue, toujours selon le GIA, pour sa couleur, sa solidité et son prix modeste.
La plupart des citrines sont-elles des améthystes chauffées ?
Oui. C’est le point le plus important de cette fiche. Le GIA écrit que la citrine naturelle est rare, et que la plupart des citrines du marché résultent du chauffage d’améthystes. La Gem-A, l’association britannique de gemmologie, dit la même chose.
Le procédé est simple. Selon la Gem-A, les cristaux sont enfouis dans du sable et chauffés sur un feu, ou mis au four, à une température de 250 à 500 °C selon le type d’améthyste, pendant quelques heures au plus. Le GIA ajoute que les grandes géodes d’améthyste du Brésil sont souvent chauffées pour devenir d’immenses « cathédrales » de citrine.
Les températures ne concordent pas tout à fait. La Gem-A parle de 250 à 500 °C. L’étude de Cheng et Guo, citée dans notre fiche améthyste, observe une améthyste qui reste violette sous 420 °C et ne devient jaune qu’au-delà de 440 °C. La Gem-A précise d’ailleurs que la température dépend du type d’améthyste.
D’autres quartz deviennent jaunes par traitement. Le GIA indique qu’une citrine couleur citron vert peut provenir de quartz fumé chauffé. La Gem-A décrit aussi un quartz incolore irradié puis chauffé, vendu sous le nom de « lemon quartz ».
Ce que dit la loi française. Le décret n° 2002-65 classe le chauffage parmi les pratiques lapidaires traditionnelles, dispensées de la mention « traitée » (article 3). Une améthyste chauffée peut donc être vendue comme « citrine », sans autre précision, en toute légalité. Notre règle va plus loin : nous dirons toujours si une citrine a été chauffée.
D’où vient la couleur jaune ?
Les sources ne disent pas la même chose. Pour le GIA, une trace de fer dans la structure de la citrine est responsable de sa couleur.
La Gem-A est plus prudente : elle écrit que les causes de la couleur de la citrine naturelle sont encore débattues et complexes, et en avance trois :
- de l'aluminium associé à une irradiation naturelle dans le sol, qui crée un défaut dans le cristal, comme dans le quartz fumé ;
- des traces d'oxyde de fer ;
- et le chauffage d’une améthyste.
Elle rappelle aussi qu’au sens strict, une améthyste chauffée n’est pas une citrine, même si les deux sont vendues sous ce nom.
Où trouve-t-on la citrine ?
Selon le GIA, les principales sources sont la Bolivie, l'Espagne, Madagascar, le Mexique et l'Uruguay. L’améthyste destinée à être chauffée vient surtout du Brésil.
La mine d’Anahí, en Bolivie, est une source importante de citrine naturelle, non chauffée. On y trouve aussi l’amétrine, un cristal à la fois violet et jaune.
La Gem-A cite d’autres gisements de citrine naturelle, en quantité limitée : Brésil, Madagascar, Espagne, Norvège, Russie, Bolivie, Alpes autrichiennes, Zambie, Kazakhstan et Australie.
Comment reconnaître une améthyste chauffée vendue comme citrine ?
Sur un cristal brut, quelques indices aident. Sur une pierre taillée, c’est souvent un travail de laboratoire.
- La couleur est concentrée à la pointe. Selon la Gem-A, une améthyste chauffée garde la répartition de couleur de l’améthyste : plus intense vers le sommet du cristal, plus pâle à la base. Une citrine naturelle est colorée de façon beaucoup plus uniforme. La seconde photo de cette fiche en montre un exemple.
- Les inclusions en « rayures de tigre ». La Gem-A note que l’améthyste porte souvent une inclusion caractéristique, dite en rayures de tigre. La retrouver dans une citrine peut indiquer un chauffage.
- La frange de Brewster. En lumière polarisée, l’améthyste montre souvent des motifs triangulaires sombres, liés à sa façon de croître. Leur présence dans une citrine peut, là encore, signaler une améthyste chauffée. C’est un examen de gemmologue, avec un polariscope.
Le GIA rappelle enfin que toute pierre peut être imitée, par du verre ou une autre matière. Pour une pierre de valeur, demandez un rapport de laboratoire. Notre fiche sur l'améthyste explique ce que le chauffage change, et notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille ce que disent les étiquettes.

Vertus de la citrine selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de la citrine sont des croyances. Son histoire est d’abord celle d’une confusion de nom.
Un nom de fruit
Pour le GIA, le mot citrine viendrait du français « citron ». La Gemmological Association of Great Britain (Gem-A) en donne la première trace écrite : en 1546, le minéralogiste allemand Georg Bauer, dans son De Natura Fossilium, décrit une variété de quartz « aussi jaune qu’un citron » à la lumière, que les marchands appelaient citrina.
Longtemps prise pour une topaze
Selon le GIA, sa couleur fauve l’a fait confondre avec la topaze avant la gemmologie moderne. La Gem-A précise qu’on l’a parfois vendue, à tort, sous le nom de « topaze » ou de « topaze dorée ». Le GIA ajoute qu’à cause de cette confusion, on lui prêtait les mêmes pouvoirs qu’à la topaze, l’autre pierre de naissance de novembre.
Des Romains à l’époque victorienne
Selon la Gem-A, les lapidaires grecs et romains l’ont taillée en camées et en intailles. Le GIA signale de la citrine dans des bijoux romains, et la dit particulièrement appréciée dans les bijoux écossais colorés de l’époque victorienne. Il présente une broche victorienne des années 1860.
La Gem-A rappelle qu’elle s’est vraiment répandue au début du XIXe siècle, avec la découverte des gisements d’améthyste du Brésil : ces « citrines » étaient tout simplement des améthystes chauffées.
Aujourd’hui
La citrine est l’une des deux pierres de naissance de novembre, avec la topaze, et la pierre du treizième anniversaire de mariage, selon le GIA. Les vertus que lui prête la lithothérapie moderne relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
La citrine est un quartz, assez solide pour un port quotidien. Selon le GIA, sa dureté est de 7 et sa ténacité bonne.
Le GIA la juge nettoyable à l’eau tiède savonneuse. Le nettoyeur à ultrasons est en général sans danger, mais le nettoyage à la vapeur est risqué : une forte chaleur pourrait la fendre.
Rangez-la à part des pierres plus dures, comme le saphir ou le diamant, pour éviter les rayures.
Questions fréquentes
Ma citrine est-elle naturelle ?
Probablement pas, si rien n’est précisé. Le GIA et la Gem-A s’accordent : la plupart des citrines du commerce sont des améthystes chauffées. Seul un examen, parfois un laboratoire, permet de trancher.
Une citrine chauffée est-elle une fausse pierre ?
Non. C’est une vraie améthyste, donc un vrai quartz naturel, dont la couleur a été modifiée par la chaleur. Ce n’est ni une imitation ni une synthétique. Mais au sens strict, rappelle la Gem-A, une améthyste chauffée n’est pas une citrine.
Le vendeur doit-il dire qu’une citrine est chauffée ?
En France, non : le décret n° 2002-65 dispense le chauffage de la mention « traitée » (article 3). Notre règle est plus stricte : nous indiquerons toujours une citrine chauffée.
Comment reconnaître une améthyste chauffée vendue comme citrine ?
Sur un cristal, la Gem-A note que la couleur d’une améthyste chauffée reste concentrée vers la pointe, plus pâle à la base, alors qu’une citrine naturelle est plus uniforme. Sur une pierre taillée, c’est souvent un travail de laboratoire.
La citrine perd-elle sa couleur ?
La Gem-A rapporte qu’une citrine naturelle chauffée au-delà de 350 °C peut se décolorer. Évitez la chaleur forte et le nettoyage à la vapeur, que le GIA juge risqué.
Guides liés
Sources
- GIA, Citrine (Gem Encyclopedia)
- GIA, Citrine Description
- GIA, Citrine Quality Factors
- GIA, November Birthstones : Citrine
- Gem-A, Understanding And Testing For Rare Natural Citrine (2022)
- R. Cheng et Y. Guo, Study on the effect of heat treatment on amethyst color and the cause of coloration, Scientific Reports 10, 14927 (2020)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 3
- GIA, Citrine History and Lore (source culturelle, sur la tradition)