Cornaline : la calcédoine rouge orangé, souvent chauffée ou teinte

La cornaline est une calcédoine, une forme de quartz, translucide et d’un orange à rouge que lui donne l’oxyde de fer. Sa couleur est souvent avivée par la chaleur ou par un sel de fer, et dès 1911, selon la Britannica, une bonne part de la « cornaline » vendue était de l’agate colorée.
Carte d'identité
Cornaline
- Famille minérale
- Calcédoine (quartz microcristallin) colorée par l’oxyde de fer
- Dureté (échelle de Mohs)
- Non précisée par nos sources.
- Autres noms
- Carnelian, cornelian (en anglais), Sardoine (variété plus brune, sans limite nette)
- Origines
- Inde (graviers d’agate du Dekkan, près de Broach), Brésil (agates souvent colorées artificiellement)
- Traitements courants
- Chauffage, qui rougit l’oxyde de fer (connu depuis longtemps selon la Britannica de 1911) ; Teinture par un sel de fer, puis chauffage
- Imitations courantes
- Agate colorée vendue comme cornaline ; Jaspe rouge, opaque, à ne pas confondre
Qu’est-ce que la cornaline ?
La cornaline est une calcédoine, c’est-à-dire du quartz en cristaux si petits qu’on ne les voit pas à l’œil nu. C’est la même famille que l'onyx, l’agate et le jaspe. L'Encyclopædia Britannica de 1911 la définit comme une variété rouge de calcédoine.
Sa couleur va de l'orange au rouge. La Gem-A, l’association britannique de gemmologie, la décrit comme une pierre brune à orange, qui montre souvent une structure d’agate. La Britannica ajoute que certaines cornalines sont brunes, jaunes ou même blanches.
Elle est toujours translucide : la lumière la traverse sans qu’on voie à travers. C’est ce qui la distingue, selon la Britannica, du jaspe de même couleur, qui est toujours opaque.
D’où vient sa couleur ?
De l'oxyde de fer. Selon la Britannica de 1911, le rouge typique de la cornaline est dû à l’oxyde ferrique, c’est-à-dire à du fer présent dans la calcédoine.
La Gem-A le confirme pour toute la famille : les oxydes de fer et les minéraux argileux colorent la calcédoine. En grande quantité, ils la rendent opaque, et l’on obtient du jaspe. En petite quantité, elle reste translucide.
Cornaline ou sardoine ?
La sardoine est la cousine brune de la cornaline. Selon la Gem-A, c’est une variété plus sombre et plus brune, et il n’y a pas de limite nette entre les deux. La Britannica de 1911 va dans le même sens : minéralogiquement, les deux pierres passent de l’une à l’autre, et on les a souvent tenues pour identiques. Elle note toutefois que la sardoine est souvent un peu plus dure et plus tenace.
Quand des bandes de sardoine alternent avec des bandes blanches, on parle de sardonyx, selon la Gem-A. Notre fiche onyx en raconte l’histoire.
La cornaline est-elle chauffée ou teinte ?
Très souvent, et depuis longtemps. C’est le point essentiel de cette fiche.
Le chauffage. La Britannica de 1911 explique que le rouge de la cornaline est souvent développé artificiellement. On expose la pierre au soleil, ou on la chauffe : le fer qu’elle contient, sous une forme hydratée, perd son eau et devient de l’oxyde ferrique rouge.
La teinture. La même encyclopédie décrit une autre méthode : on fait tremper la pierre dans une solution d’un sel de fer, comme le sulfate de fer, puis on la chauffe. De l’oxyde de fer rouge se forme alors dans les pores. La Gem-A décrit le principe général : la pierre est trempée dans une solution colorée, après un chauffage ou un traitement chimique qui ouvre ses pores, puis la couleur est fixée par la chaleur ou par une réaction chimique.
De l’agate vendue comme cornaline. La Britannica de 1911 notait déjà qu’une bonne part de la cornaline vendue était de l'agate brésilienne colorée artificiellement. La Gem-A rappelle que les ateliers d’Idar-Oberstein, en Allemagne, produisent des agates de presque toutes les couleurs, très utilisées en bijouterie.
Combien de cornalines sont traitées aujourd’hui ? Nous n’avons trouvé aucune source fiable qui donne une proportion. Les chiffres que nous avons trouvés en ligne viennent de vendeurs, sans étude citée. Retenez seulement que le traitement est ancien et courant.
Ce que dit la loi française. Le chauffage fait partie des pratiques lapidaires traditionnelles : la loi le dispense de déclaration (décret n° 2002-65, article 3). Nous le déclarerons quand même. La teinture, elle, doit toujours être déclarée, par la mention « traitée » ou l’indication du traitement (article 2).
Où trouve-t-on la cornaline ?
Selon la Britannica de 1911, une grande partie de la cornaline venait d'Inde, des graviers d’agate issus de l’altération des roches volcaniques du Dekkan, près de Ratanpur, non loin de Broach. Elle ajoutait qu’une bonne part de la cornaline vendue était en réalité de l’agate du Brésil, colorée.
Nous n’avons pas trouvé de source fiable et récente qui dresse la liste des gisements actuels de cornaline.
Quelle est sa dureté ?
Les sources ne donnent pas un chiffre unique. Le GIA place le quartz à 7 sur l’échelle de Mohs. La Britannica de 1911 juge la calcédoine un peu plus tendre, vers 6,5. L’USGS, le service géologique des États-Unis, donne pour ces variétés de silice une dureté « variable ». Retenez qu’elle est proche de celle du quartz, et assez dure pour un port quotidien.
Comment reconnaître une cornaline, et son traitement ?
- La translucidité. Une cornaline laisse passer la lumière. Une pierre rouge opaque est plutôt un jaspe, selon la Britannica de 1911.
- La couleur dans les fissures. La Gem-A explique que la teinture se concentre dans les pores et les fractures. Mais elle prévient qu’une couleur brun rouge dans une fracture peut aussi venir, naturellement, de composés de fer : l’indice n’est pas une preuve.
- Le chauffage. Nous n’avons pas trouvé de source fiable qui donne un moyen simple de distinguer une cornaline chauffée d’une cornaline naturelle. En cas de doute, adressez-vous à un laboratoire de gemmologie.
- Le vocabulaire. « Teinte » ou « traitée » doivent figurer quand la pierre est teinte.
Pour aller plus loin, notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille les mentions que la loi impose.
Vertus de la cornaline selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de la cornaline sont des croyances. Son histoire, elle, est très ancienne et très concrète : c’est la pierre des sceaux et des perles.
Des perles depuis cinq mille ans
Le Metropolitan Museum of Art conserve une perle de cornaline de la civilisation de l’Indus, datée d’environ 2900 à 2350 av. J.-C., et un collier de perles de cornaline égyptien, daté d’environ 1981 à 1295 av. J.-C.
La pierre des sceaux
Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, la cornaline est très employée comme pierre ornementale, « surtout pour les sceaux ». On y gravait un motif en creux : une intaille. Le Met conserve une bague grecque en or à intaille de cornaline du IIIe siècle av. J.-C., et des intailles romaines du IIIe siècle de notre ère.
La Britannica cite aussi la « cornaline brûlée » d’Orient : des inscriptions et des figures blanches sur fond rouge, obtenues en chauffant la pierre recouverte d’un produit.
Une pierre biblique, peut-être
La première pierre du pectoral du grand prêtre, l'odem hébreu, était sans doute une pierre rouge. La Britannica de 1911 hésite entre la cornaline, la sardoine et le jaspe. Nous racontons cette histoire dans notre guide sur la pierre de naissance.
Aujourd’hui
Les vertus que la lithothérapie moderne prête à la cornaline relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
La cornaline est une calcédoine, une forme de quartz. Les sources ne donnent pas un chiffre unique : la Britannica de 1911 situe la calcédoine vers 6,5 sur l’échelle de Mohs, l’USGS lui donne une dureté « variable », et le GIA place le quartz à 7. Elle supporte en général un port quotidien.
Si elle est teinte, la Gem-A rappelle que certains solvants peuvent retirer une teinture. Évitez donc les solvants, comme le dissolvant à ongles.
Nous n’avons pas trouvé de consigne de nettoyage propre à la cornaline dans une source fiable. La règle générale de la Gem-A pour les bijoux s’applique : brosse douce et eau savonneuse. Rangez-la à part, loin des pierres plus dures.
Questions fréquentes
La cornaline est-elle naturelle ?
La pierre est une calcédoine naturelle, mais sa couleur est souvent avivée. La Britannica de 1911 expliquait déjà que le rouge est fréquemment obtenu par la chaleur, ou par un sel de fer suivi d’un chauffage, et qu’une bonne part de la cornaline vendue était de l’agate brésilienne colorée.
Quelle différence entre cornaline et sardoine ?
La couleur. Selon la Gem-A, la sardoine est une variété plus sombre et plus brune, et il n’y a pas de limite nette entre les deux. La Britannica de 1911 note que la sardoine est souvent un peu plus dure et plus tenace.
Quelle différence entre cornaline et jaspe rouge ?
La transparence. Selon la Britannica de 1911, la cornaline est toujours translucide, alors que le jaspe de même couleur est opaque. La Gem-A explique que les oxydes de fer et les argiles rendent le jaspe opaque.
Le vendeur doit-il dire que la cornaline est teinte ou chauffée ?
La teinture, oui : en France, une pierre teinte doit porter la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2). Le chauffage est dispensé de déclaration par la loi (article 3), mais nous le déclarons quand même.
D’où vient le nom de cornaline ?
Selon la Britannica de 1911, l’ancien nom anglais cornelian viendrait soit de l’aspect corné de la pierre (latin cornu, la corne), soit de sa couleur proche de la baie du cornouiller. La forme carnelian évoquerait la chair (carneus).
Sources
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Carnelian » (Wikisource)
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Sard » (Wikisource)
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Chalcedony » (Wikisource)
- Gem-A, Buying Guide: Get To Know The Different Types Of Chalcedony
- Gem-A, Gemmology Insights: How To Recognise Dyed Gemstones
- USGS, Gemstones : Mineral Gemstones (General Interest Publication)
- GIA, Amethyst (Gem Encyclopedia) : dureté du quartz
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2
- Légifrance, décret n° 2002-65, article 3 (pratiques lapidaires traditionnelles)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- The Metropolitan Museum of Art, Bead (Indus, vers 2900–2350 av. J.-C.), String of Carnelian Beads (Égypte), Gold ring with a carnelian intaglio (grec, IIIe s. av. J.-C.), Carnelian ring stone (romain, IIIe s.) (source culturelle, sur la tradition)