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Lapis-lazuli : la roche bleue piquetée d’or

Lapis-lazuli poli d’un bleu intense, parsemé de paillettes dorées de pyrite et de quelques traces blanches de calcite
Lapis-lazuli poli d’Afghanistan, avec pyrite et calcite. Photo : Parent Géry, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le lapis-lazuli n’est pas un minéral mais une roche, un mélange surtout de lazurite bleue, de calcite blanche et de pyrite dorée. Il est extrait depuis des millénaires dans les montagnes du nord-est de l’Afghanistan, qui restent sa source la plus réputée.

Publié le

Carte d'identité

Lapis-lazuli

Famille minérale
Roche (agrégat de lazurite, calcite et pyrite)
Dureté (échelle de Mohs)

5 à 6 sur 10

Autres noms
Lapis, Pierre d’azur
Origines
Afghanistan (Badakhshan, mines de Sar-e-Sang), Chili (région de Coquimbo), Canada (île de Baffin)
Traitements courants
Teinture, pour foncer le bleu et masquer la calcite ; Imprégnation de cire ou d’huile, pour l’éclat
Imitations courantes
Sodalite (minéral bleu proche, plus pâle) ; « Lapis suisse » : jaspe teint en bleu ; Spinelle synthétique fritté coloré au cobalt ; Verre, plastique, céramique

Qu’est-ce que le lapis-lazuli ?

Le lapis-lazuli est une roche, pas un minéral. C’est la première chose à savoir, et elle explique presque tout le reste. Selon le GIA, il s’agit d’un agrégat de plusieurs minéraux, surtout trois :

  • la lazurite, qui donne le bleu ;
  • la calcite, qui forme des taches ou des veines blanches ;
  • la pyrite, un sulfure de fer, qui dessine des paillettes dorées.

La roche peut aussi contenir, en plus petite quantité, d’autres minéraux comme le diopside. Gems & Gemology le décrit comme une roche métamorphique complexe, c’est-à-dire transformée en profondeur par la chaleur et la pression.

Ce n’est pas une découverte récente. L'Encyclopædia Britannica de 1911 raconte que les analyses du lapis variaient tant que l’on doutait depuis longtemps de son homogénéité. Les minéralogistes norvégiens W. C. Brøgger et H. Bäckström ont fini par en séparer les constituants et ont démontré qu’il s’agissait d’une roche.

D’où vient son bleu ?

Le bleu vient d’un minéral de la famille de la sodalite. Pour l’encyclopédie du GIA, c’est la lazurite.

Les sources ne sont pas toutes d’accord. Une revue publiée dans Gems & Gemology en 2022 rappelle que la question reste ouverte. Plusieurs études ont trouvé que le minéral bleu dominant dans le lapis de Sar-e-Sang, en Afghanistan, et de l’île de Baffin, au Canada, est en fait l'haüyne, un proche cousin. Le lapis de la région de Coquimbo, au Chili, serait lui surtout à lazurite.

La teinte varie selon le mélange. Le GIA cite un bleu allant du violet profond au bleu turquoise, et même au bleu verdâtre. Un minéral appelé afghanite donne un bleu pâle. Trop de calcite éclaircit la pierre, trop de pyrite la rend terne et verdâtre.

Quelle est sa dureté, et pourquoi les chiffres varient-ils ?

Parce que c’est une roche, le lapis n’a pas de valeurs fixes. Les chiffres changent selon les sources et selon les pierres.

Mesure GIA Gem-A (1974) Britannica (1911)
Dureté (Mohs) 5 à 6, selon le mélange — environ 5,5
Densité 2,75 (± 0,25) 2,7 à 2,9 2,38 à 2,45

La Gemmological Association of Great Britain (Gem-A) explique pourquoi : « étant une roche et non un minéral », le lapis n’a pas de densité caractéristique, et une pierre riche en pyrite pèse plus lourd. Les chiffres de 1911 sont nettement plus bas que les mesures modernes ; nous les donnons pour l’histoire.

Où trouve-t-on le lapis-lazuli ?

La source la plus célèbre est l'Afghanistan. Selon le GIA, les mines de la province du Badakhshan produisaient déjà vers 700 avant notre ère, quand la région s’appelait la Bactrie, et produisent encore aujourd’hui. Ce sont les plus anciennes sources commerciales de pierres connues. Marco Polo les a décrites en 1271. Gems & Gemology précise que dans l’Antiquité, le lapis venait d’un seul endroit : les mines de Sar-e-Sang.

Gems & Gemology cite aussi le lapis du Chili, dans la région de Coquimbo, et celui de l'île de Baffin, au Canada.

Attention aux noms. Le GIA classe le lapis en qualités commerciales : « afghan » (bleu intense et uniforme, sans calcite), « sibérien », « chilien » (souvent taché de vert, avec beaucoup de calcite). Mais il précise qu’un lapis vendu comme « chilien » ne vient pas forcément du Chili : le nom décrit un aspect, pas une origine.

Lapis teint, ciré ou imité : comment s’y retrouver ?

La teinture est courante. Le GIA indique que le lapis peut être teint pour foncer sa couleur et masquer la calcite. Un lapis non teint peut être imprégné de cire ou d’huile pour améliorer sa couleur et son éclat. Ces traitements sont d’une stabilité moyenne, et un gemmologue sait les détecter. En France, une pierre teinte doit porter la mention « traitée » ou l’indication du traitement, selon l’article 2 du décret n° 2002-65. Contrairement au simple chauffage, la teinture n’est pas dispensée de cette mention.

Les imitations sont nombreuses. Le GIA cite le verre, le plastique et la céramique. La Gem-A en décrivait d’autres dès 1974 :

  • le « lapis suisse », un jaspe teint en bleu ;
  • le spinelle synthétique fritté, coloré au cobalt, que l’auteur jugeait l’imitation la plus proche ;
  • un verre bleu opaque à inclusions de cuivre.

La sodalite est un cas à part. Ce n’est pas une imitation fabriquée : c’est un minéral naturel, présent d’ailleurs en petite quantité dans le lapis. Mais vendue seule, ce n’est pas du lapis. Selon la Gem-A, son bleu est différent : le lapis est d’un bleu profond et saturé, la sodalite d’un bleu « plus bleu », plus froid.

Comment reconnaître un vrai lapis-lazuli ?

Aucun signe visible ne suffit à lui seul. Quelques indices aident.

  • La pyrite. De fines paillettes dorées sont typiques du lapis naturel, selon le GIA. Leur absence ne prouve rien, mais une pierre parfaitement uniforme, sans pyrite ni calcite, mérite une question au vendeur.
  • La calcite. Des taches ou veines blanches, plutôt irrégulières, sont normales dans un lapis naturel.
  • La couleur qui déteint. La Gem-A décrivait en 1974 un test de laboratoire : un coton imbibé d’acétone, frotté à un endroit discret, se teinte de bleu si la pierre a été colorée. Ne le faites pas sur un bijou auquel vous tenez : le GIA rappelle que les solvants peuvent abîmer un lapis traité.
  • Le vocabulaire du vendeur. « Teint », « traité », « reconstitué » ou « d’imitation » doivent figurer sur l’étiquette quand c’est le cas.

Pour une pierre de valeur, un laboratoire de gemmologie tranchera : densité, filtre coloré, spectroscopie.

Morceau de lapis-lazuli brut, bleu moucheté de blanc et de points sombres
Lapis-lazuli brut du gisement de Sar-e-Sang (Afghanistan) : bleu de lazurite, blanc de calcite, points de pyrite. Photo : James St. John, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Vertus du lapis-lazuli selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » du lapis-lazuli sont des croyances. Mais peu de pierres ont une histoire aussi longue et aussi bien documentée. Ce qui suit vient d’historiens, de musées et de gemmologues.

Un nom qui dit le bleu

Le Trésor de la langue française donne l’origine du mot. Lapis signifie « pierre » en latin. Lazuli vient, par le latin médiéval et l’arabe, du persan lāžward, qui désigne la pierre elle-même : c’est le même mot qui a donné « azur » en français. Le français l’emploie depuis le XIIIe siècle.

Plus de 6 500 ans d’histoire

Selon le GIA, les historiens font remonter le lien entre les hommes et le lapis-lazuli à plus de 6 500 ans. Une revue publiée dans Gems & Gemology en 2022 précise ce parcours. Des bijoux en lapis ont été trouvés dans des tombes de Mehrgarh, un site néolithique de l’actuel Pakistan, datées de 7000 avant notre ère. La pierre atteint la Mésopotamie vers 3000 avant notre ère, puis l’Égypte, où elle devient courante dès la première dynastie.

Les Égyptiens en faisaient des bijoux, des incrustations et des scarabées, rappellent le GIA et l'Encyclopædia Britannica de 1911. Sur le masque funéraire de Toutânkhamon, une partie de l’incrustation de lapis dessine le trait de khôl qui souligne les yeux du pharaon.

Le « saphir » des Anciens

L'Encyclopædia Britannica de 1911 avance que le « saphir » des auteurs antiques était sans doute notre lapis-lazuli. Le naturaliste grec Théophraste décrit en effet une pierre « tachetée de poudre d’or », ce qui ne convient pas au saphir actuel, mais très bien aux paillettes de pyrite du lapis. Pline l’Ancien décrit de même son sapphirus comme une pierre « semée de points d’or ». La même encyclopédie note qu’avec ses paillettes, le lapis invite à la comparaison avec les étoiles dans le ciel.

Le bleu le plus précieux des peintres

Broyé et purifié, le lapis donnait un pigment : le bleu outremer. Selon Gems & Gemology, ce bleu passait pour aussi cher que son poids en or. Il était réservé aux œuvres les plus importantes et aux figures les plus saintes : les manuscrits enluminés peignaient en outremer les robes de la Vierge et du Christ. Le peintre italien Cennino Cennini le disait « illustre, beau et parfait au-delà de toutes les couleurs ».

L’histoire a un épisode français. En 1824, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale a promis un prix à qui fabriquerait un outremer artificiel. Jean-Baptiste Guimet l’a remporté quatre ans plus tard. Ce « bleu français » coûtait environ dix fois moins cher et a vite remplacé le bleu naturel, toujours selon Gems & Gemology.

Et aujourd’hui ?

Le lapis-lazuli garde l’aura de cette histoire : une pierre de rois, de pharaons et de peintres. Les vertus que lui prête la lithothérapie moderne relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.

Entretien et rangement

Le lapis-lazuli est assez tendre. Le GIA donne une dureté de 5 à 6, selon le mélange de minéraux, et une ténacité moyenne. L'Encyclopædia Britannica de 1911 notait déjà qu’étant tendre, il perd assez vite son poli. Rangez-le à part, loin des pierres plus dures comme le quartz.

Le GIA le juge assez solide pour un port quotidien. Pour le nettoyer, il recommande l’eau tiède savonneuse, jamais la vapeur ni les ultrasons.

Attention aux pierres traitées. Selon le GIA, la chaleur et les solvants peuvent abîmer la surface d’un lapis teint ou ciré. Évitez donc l’acétone, le dissolvant à ongles et les autres solvants.

Questions fréquentes

Les points dorés du lapis-lazuli sont-ils de l’or ?

Non. Ce sont des paillettes de pyrite, un sulfure de fer, selon le GIA. Un peu de pyrite bien répartie n’enlève rien à la valeur ; trop de pyrite donne un aspect terne et verdâtre.

Quelle différence entre le lapis-lazuli et la sodalite ?

La sodalite est un minéral bleu, que l’on trouve d’ailleurs en petite quantité dans le lapis. Selon la Gemmological Association of Great Britain, son bleu est différent : moins profond que celui du lapis. Vendue seule, ce n’est pas du lapis-lazuli.

Mon lapis-lazuli est-il teint ?

C’est fréquent. Le GIA indique que le lapis peut être teint pour foncer sa couleur et masquer la calcite. Un gemmologue peut le détecter. En France, une pierre teinte doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2).

Peut-on porter un bracelet en lapis-lazuli tous les jours ?

Oui, selon le GIA, il est assez solide pour un port quotidien. Il reste tendre : évitez les chocs, la vapeur, les ultrasons et les solvants.

D’où vient le meilleur lapis-lazuli ?

La qualité dite « afghane » est la plus recherchée : un bleu intense et uniforme, sans calcite. Mais le GIA rappelle qu’un nom commercial comme « afghan » ou « chilien » décrit un aspect, pas forcément une origine.

Guides liés

Sources

  1. GIA, Lapis Lazuli (Gem Encyclopedia)
  2. GIA, Lapis Lazuli Description
  3. GIA, Lapis Lazuli Quality Factors
  4. GIA, Lapis Lazuli Buyer’s Guide
  5. B. LeCroy, Gems on Canvas: Pigments Historically Sourced from Gem Materials, Gems & Gemology (automne 2022)
  6. Journal of Gemmology, vol. XIV n° 2 (avril 1974), Gemmological Association of Great Britain (PDF)
  7. Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2 (pierres traitées)
  8. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Lapis Lazuli » (Wikisource) (source culturelle, sur la tradition)
  9. GIA, Lapis Lazuli History and Lore (source culturelle, sur la tradition)
  10. CNRTL, Trésor de la langue française informatisé : lapis-lazuli (étymologie) (source culturelle, sur la tradition)