Larimar : la pectolite bleue de République dominicaine, une pierre au nom récent

Le larimar est une pectolite bleue, un silicate de sodium et de calcium, que l’on n’a trouvée jusqu’ici qu’en République dominicaine, près de Barahona. Son nom commercial date de 1975 et sa couleur, bleu ciel veiné de blanc, serait due à des traces de cuivre.
Carte d'identité
Larimar
NaCa₂Si₃O₈(OH)
- Famille minérale
- Silicate de sodium et de calcium (pectolite, groupe de la wollastonite)
- Dureté (échelle de Mohs)
4,5 à 6 sur 10
- Autres noms
- Pectolite bleue, Larimar (nom commercial)
- Origines
- République dominicaine (sierra de Baoruco, province de Barahona)
- Traitements courants
- Aucun traitement courant signalé par nos sources.
- Imitations courantes
- Céramique (décrite par Gems & Gemology en 2013) ; Verres dévitrifiés (« Victoria stone », « Imori stone ») ; Calcédoine teintée de chrysocolle (ressemblance)
Qu’est-ce que le larimar ?
« Larimar » est un nom commercial. Le minéral, lui, s’appelle la pectolite : un silicate de sodium et de calcium, de formule NaCa₂Si₃O₈(OH), selon le Handbook of Mineralogy. Gems & Gemology, la revue du GIA, la range dans le groupe de la wollastonite.
La pectolite ordinaire est incolore, blanche ou grise. Le larimar en est une variété bleue, plus rarement verte. Selon l’étude publiée par Gems & Gemology en 1989, la pectolite n’intéressait guère les bijoutiers avant la découverte de cette variété colorée.
Au poli, le larimar montre de fins agrégats de fibres, rayonnant en petites sphères. On y voit souvent des veinules blanches de calcite et parfois des dessins rouges en forme de fougère, faits d'hématite, que le commerce appelle « red plume ».
D’où vient-il ?
D’un seul pays, d’après nos sources : la République dominicaine. Gems & Gemology indique en 2013 que la variété bleue n’a été signalée nulle part ailleurs.
L’étude de 1989 situe le gisement dans les montagnes au-dessus de Baoruco, un village au sud-sud-ouest de Barahona, à environ 170 km de Saint-Domingue. C’est un seul gisement volcanique, d’environ 0,15 km² en surface. Les premiers morceaux, roulés par l’eau, avaient été trouvés dans le lit du rio Baoruco, puis suivis jusqu’à leur source en amont.
Le larimar s’y forme dans les cavités et les veines d’un basalte altéré : c’est un minéral hydrothermal, déposé par des eaux chaudes chargées de minéraux. Le Handbook of Mineralogy décrit la même origine pour la pectolite d’autres régions du monde.
Ces chiffres datent de 1989. Nous n’avons pas trouvé de source plus récente sur l’état du gisement.
D’où vient sa couleur bleue ?
Probablement du cuivre. Selon l’étude de 1989, la couleur serait liée à de très petites quantités de cuivre : environ 46 à 47 millionièmes, mesurés dans un échantillon. Les auteurs relèvent aussi des cristaux de chalcocite, un sulfure de cuivre, dans la pierre.
Ils restent prudents : le cuivre est rare dans ce type de minéral, et le mécanisme exact de la couleur n’était pas connu au moment de l’étude.
Quelle est sa dureté ?
Ici, les sources divergent :
- le Handbook of Mineralogy donne 4,5 à 5 sur l’échelle de Mohs pour la pectolite ;
- l’étude de 1989 rapporte des essais qui suggèrent un peu plus de 5, jusqu’à 6, pour la variété bleue compacte et fibreuse.
Les auteurs l’expliquent par la structure en fibres serrées, qui freine les fissures. Pour la même raison, ils jugent sa ténacité excellente : les tailleurs le travaillent, selon eux, avec les mêmes méthodes que la jadéite. Ils notent toutefois que des pièces de moins de 2 mm d’épaisseur peuvent s’écailler.
Dans tous les cas, le larimar est plus tendre que le quartz, à 7, qui peut le rayer. Sa densité est d’environ 2,6 à 2,9.
Le larimar se décolore-t-il ?
On lit souvent que le larimar pâlit au soleil. Nous n’avons trouvé aucune source fiable qui le montre.
La seule étude que nous ayons lue sur ce point, celle de Gems & Gemology en 1989, a exposé une moitié de pierre à une lampe pendant plus de 50 heures : aucune différence de couleur n’a été observée avec l’autre moitié. C’est un essai limité, sur un seul échantillon ; il ne prouve pas que la couleur soit stable dans tous les cas, mais il ne confirme pas non plus la décoloration.
La même étude a en revanche montré que la chaleur vive abîme la pierre. Sous la flamme d’un chalumeau de bijoutier, le larimar blanchit et se couvre de petites fissures. Un séjour de 10 heures au four, vers 300 degrés, n’a rien changé. Si votre bijou doit être réparé, signalez la pierre au bijoutier.
Le larimar est-il traité ?
L’étude de 1989 ne connaissait aucun traitement commercial du larimar. Les auteurs ont entendu, en République dominicaine, des rumeurs de teinture au sulfate de cuivre, mais n’ont trouvé aucune preuve qu’elle ait été pratiquée.
Nous n’avons pas trouvé de source plus récente sur ce point. Si une pierre était teinte, la loi française imposerait la mention « traitée » (décret n° 2002-65, article 2).
Quelles sont ses imitations ?
Nos sources en décrivent trois sortes :
- une céramique, achetée en Inde comme imitation et décrite par Gems & Gemology en 2013 : au microscope, elle montrait des bulles de gaz blanches et des concentrations de bleu, avec une densité et un indice de réfraction plus bas que le larimar ;
- des verres dévitrifiés, vendus sous les noms de « Victoria stone » et « Imori stone », aux fibres plus régulières et à la couleur plus vive et plus uniforme, selon l’étude de 1989 ;
- la calcédoine teintée de chrysocolle, qui ressemble au plus beau larimar bleu, mais dont l’indice de réfraction et la densité sont plus bas.
Selon Gems & Gemology, des examens gemmologiques simples suffisent à les distinguer. À l’œil, le doute reste permis : seul un gemmologue peut trancher. En France, une imitation doit porter le mot « imitation » (décret n° 2002-65, article 4).
Une étude à lire avec son contexte
L’étude de 1989, notre principale source, a été écrite par un chercheur du GIA, Emmanuel Fritsch, et par Robert E. Woodruff, qui commercialisait lui-même de la pectolite depuis 1975, comme l’article le précise. Les mesures ont été faites en laboratoire, mais il nous a paru honnête de le signaler.
Comment l’entretenir ?
- Contre les rayures : rangez-le à part, loin des pierres plus dures comme le quartz.
- Contre la chaleur : pas de bijou posé près d’une source de chaleur vive, et prévenez le bijoutier avant une réparation.
- Contre les produits chimiques : l’étude de 1989 rappelle que l’acide chlorhydrique décompose la pectolite. Évitez les produits ménagers.
- Pour le nettoyer : une brosse douce et de l’eau savonneuse, comme le conseille la Gem-A pour les bijoux en général, puis un séchage avec un chiffon doux.
Notre guide pour entretenir ses pierres compare les pierres entre elles, et notre guide sur les bijoux en pierres et l’eau précise ce que craignent la douche, la mer et la piscine.

Vertus du larimar selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » du larimar sont des croyances. Elles ne peuvent d’ailleurs pas être anciennes : la pierre n’est connue en bijouterie que depuis les années 1970.
Un nom inventé en 1975
Selon l’étude publiée en 1989 dans Gems & Gemology, la revue du GIA, des pierres bleues trouvées vers 1974 près du village de Baoruco furent identifiées comme de la pectolite. Le nom « Larimar » fut forgé par Miguel Méndez, un habitant de la région : Lari, le surnom de sa fille, et mar, la mer en espagnol. Il est employé depuis 1975.
L’article précise que bien des histoires invérifiables circulent sur cette découverte. Nous n’en retenons que ce qu’il tient pour établi.
Un usage récent
Toujours selon cette étude, le larimar s’est fait connaître dans les années 1980. Des sculptures en larimar ont été exposées à la Smithsonian Institution et au musée Lizzadro, aux États-Unis. En République dominicaine, un style de collier typique associait des cabochons de larimar à l’argent. L’article note aussi qu’un marché s’est développé auprès des adeptes du « New Age ».
Aujourd’hui
Nous n’avons trouvé aucune source historique ou ethnologique sur un usage ancien de la pectolite bleue. Les vertus que la lithothérapie moderne prête au larimar relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
La dureté du larimar fait débat. Le Handbook of Mineralogy donne 4,5 à 5 pour la pectolite. Des essais rapportés dans Gems & Gemology suggèrent un peu plus de 5, jusqu’à 6, pour la variété bleue compacte et fibreuse, qui serait aussi très tenace. Dans tous les cas, il est plus tendre que le quartz.
La même étude a montré que la chaleur d’un chalumeau le blanchit et le fissure. Tenez-le loin des sources de chaleur vive. Elle note aussi que l’acide chlorhydrique décompose la pectolite.
En pratique : une brosse douce et de l’eau savonneuse, pas de produit ménager, et un rangement à part.
Questions fréquentes
Le larimar ne vient-il que de République dominicaine ?
Oui, selon les sources lues. Gems & Gemology indique en 2013 que la variété bleue de pectolite vendue sous le nom de Larimar n’a été signalée qu’en République dominicaine. L’étude de 1989 la situe dans un seul gisement volcanique, près du village de Baoruco, dans la province de Barahona.
D’où vient le nom « larimar » ?
Selon Gems & Gemology (1989), il a été forgé vers 1975 par Miguel Méndez, un habitant de la région, à partir de Lari, le surnom de sa fille, et de mar, la mer en espagnol.
Le larimar se décolore-t-il au soleil ?
On le lit souvent, mais nous n’avons pas trouvé de source fiable qui le montre. La seule étude lue, publiée par Gems & Gemology en 1989, n’a observé aucun changement de couleur après plus de 50 heures sous une lampe. La chaleur vive, elle, le blanchit.
Comment reconnaître un faux larimar ?
Les imitations décrites sont des verres dévitrifiés et une céramique. Selon Gems & Gemology, elles se distinguent au microscope, par leur indice de réfraction et leur densité ; la céramique montrait des bulles de gaz blanches. Seul un gemmologue peut trancher.
Le larimar est-il teint ?
L’étude de 1989 n’a connu aucun traitement commercial du larimar. Des rumeurs de teinture au sulfate de cuivre n’ont pas pu être confirmées. Si une pierre était teinte, la loi française imposerait la mention « traitée ».
Guides liés
Sources
- R. E. Woodruff et E. Fritsch, « Blue Pectolite from the Dominican Republic », Gems & Gemology, hiver 1989, vol. 25, n° 4, p. 216-225 (GIA, PDF)
- L. Kiefert et P. Groenenboom, « Imitation Larimar », Gems & Gemology, été 2013 (GIA)
- J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Pectolite (PDF)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2
- Légifrance, décret n° 2002-65, article 4 (reconstituée, composite, synthétique, artificiel, d’imitation)