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Tourmaline : la pierre aux couleurs presque infinies, de la rubellite au « melon d’eau »

Grand cristal de tourmaline rose vif, transparent, strié dans sa longueur, exposé dans une galerie de musée
Rubellite de Pala (Californie), galerie de minéralogie du Muséum national d’histoire naturelle, Paris. Photo : Marie-Lan Taÿ Pamart, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

La tourmaline est un groupe de silicates de bore dont les couleurs couvrent presque tout l’arc-en-ciel : rose, rouge, vert, bleu, jaune, et souvent plusieurs teintes dans un même cristal. Dure (7 à 7,5) mais cassante, elle se porte au quotidien ; la tourmaline noire, ou schorl, a sa propre fiche.

Publié le

Carte d'identité

Tourmaline

Na(Li,Al)₃Al₆(BO₃)₃Si₆O₁₈(OH)₄ (elbaïte)

Famille minérale
Groupe de silicates de bore (elbaïte, dravite, liddicoatite…)
Couleurs
  • Rose
  • Rouge
  • Vert
  • Bleu
  • Jaune
  • Orange
  • Incolore
Dureté (échelle de Mohs)

7 à 7,5 sur 10

Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.

Autres noms
Elbaïte (l’espèce la plus courante en bijouterie), Rubellite (rose à rouge), Indicolite (bleue), Tourmaline Paraíba (bleu à vert vif, au cuivre), Tourmaline « melon d’eau » (cœur rose, bord vert), Achroïte (incolore)
Origines
Brésil (Minas Gerais, Paraíba), États-Unis (Californie : Pala, San Diego ; Maine), Madagascar, Mozambique, Namibie, Afghanistan, Pakistan, Russie (Oural), Italie (île d’Elbe), Tanzanie
Traitements courants
Irradiation possible pour certaines tourmalines roses ou jaunes (GIA)
Imitations courantes
Longtemps confondue avec l’émeraude, le rubis ou le saphir (GIA)

Qu’est-ce que la tourmaline ?

La tourmaline n’est pas un seul minéral, mais un groupe de minéraux proches, qui partagent la même structure cristalline, explique le GIA, le laboratoire de gemmologie américain. Ce sont des silicates qui contiennent du bore. Leur composition varie, et c’est elle qui décide de leur couleur.

L’espèce la plus courante en bijouterie est l'elbaïte, nommée d’après l’île d’Elbe, en Italie, selon le Handbook of Mineralogy. Le GIA cite aussi la dravite et la liddicoatite, nommée en l’honneur de Richard T. Liddicoat, ancien président du GIA.

Elle se reconnaît à ses cristaux : de longs prismes striés dans leur longueur, à section presque triangulaire. Le GIA note qu’aucun autre minéral courant n’a des prismes à trois faces.

La tourmaline noire, le schorl, appartient au même groupe. Elle a sa propre fiche : tourmaline noire. Celle-ci parle des tourmalines colorées.

Pourquoi la tourmaline a-t-elle tant de couleurs ?

La tourmaline a l’une des palettes les plus larges de toutes les gemmes, selon le GIA : rose, rouge, vert, bleu, jaune, orange, brun, et parfois incolore.

Le GIA explique que ces couleurs ont plusieurs causes :

  • le fer, et peut-être le titane, donnent les verts et les bleus ;
  • le manganèse donne les rouges et les roses, et peut-être des jaunes ;
  • le cuivre donne les bleus et les verts vifs des tourmalines Paraíba ;
  • le vanadium, surtout, colore la tourmaline dite « chrome », malgré son nom.

Un même cristal montre souvent plusieurs couleurs : le Handbook note que les zones de couleur y sont fréquentes. Les tourmalines vertes sont aussi souvent fortement pléochroïques : leur teinte change selon l’angle de vue, d’après le GIA.

Rubellite, indicolite, Paraíba, melon d’eau : que veulent dire ces noms ?

Le commerce donne des noms à certaines couleurs. Selon le GIA :

  • rubellite : une tourmaline rose, rouge, rouge violacé, rouge orangé ou rouge brunâtre. Une partie du commerce estime que le nom ne devrait pas servir pour les roses : il n’y a pas d’accord ;
  • indicolite : une tourmaline bleue, du bleu violacé au bleu vert ;
  • Paraíba : une tourmaline bleue à verte très vive, colorée par le cuivre, venue de l’État de Paraíba, au Brésil. Elle est rare, et son prix au carat peut rivaliser avec celui d’un beau saphir ;
  • tourmaline chrome : un vert intense ;
  • tourmaline bicolore : plusieurs couleurs dans une même pierre, souvent vert et rose ;
  • melon d’eau : rose au centre, verte sur le pourtour. On la taille souvent en tranches pour montrer cette disposition.

La Britannica de 1911 appelle achroïte la tourmaline incolore, rare.

Certaines tourmalines montrent aussi un œil-de-chat, une ligne de lumière due à de fines inclusions en forme de tubes, selon le GIA.

La tourmaline est-elle traitée ?

Le GIA indique que certaines tourmalines roses et jaunes doivent leur couleur à des défauts du cristal créés par une irradiation, qui peut être naturelle ou faite en laboratoire.

En France, une pierre traitée doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2). Demandez au vendeur ce qu’il sait de votre pierre.

Historiquement, la tourmaline a surtout été confondue avec d’autres gemmes : le GIA rapporte qu’avant la minéralogie moderne, on l’appelait rubis, saphir ou émeraude selon sa couleur. Notre guide sur la vraie et la fausse pierre donne la méthode générale pour s’y retrouver.

Où trouve-t-on la tourmaline ?

Les plus beaux cristaux se trouvent dans des cavités de roches granitiques, selon la Britannica de 1911. Le Handbook of Mineralogy et le GIA citent de nombreux gisements :

  • le Brésil, au Minas Gerais et dans l’État de Paraíba. Le GIA note que des découvertes des années 1980 et 1990 y ont apporté des couleurs nouvelles et intenses ;
  • les États-Unis : la Californie, notamment Pala et le comté de San Diego, et le Maine ;
  • Madagascar, le Mozambique et la Namibie ;
  • l'Afghanistan et le Pakistan ;
  • la Russie, dans l’Oural ;
  • l'Italie, sur l’île d'Elbe, qui a donné son nom à l’elbaïte ;
  • la Tanzanie, pour la tourmaline chrome, selon le GIA.

Ses cristaux peuvent être grands : le Handbook cite des prismes jusqu’à 1,6 m.

Quelle est sa dureté ?

La tourmaline a une dureté de 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs, qui va de 1 à 10, selon le GIA. Le Handbook donne 7, et la Britannica de 1911 la situait un peu au-dessus du quartz.

Elle est donc assez dure pour un bijou porté souvent. Le Handbook la dit pourtant cassante, avec un clivage très médiocre : elle ne se fend pas facilement le long d’un plan, mais un choc peut l’ébrécher.

Elle a enfin une curieuse propriété électrique. Elle est pyroélectrique : chauffée, elle se charge d’électricité. Elle est aussi piézoélectrique : elle se charge quand on la presse, selon le GIA et le Handbook.

Tourmaline taillée en rectangle, verte à une extrémité, presque incolore au milieu et rose vif à l’autre
Elbaïte taillée de la mine Cruzeiro (Minas Gerais, Brésil), verte et rose. Photo : Didier Descouens, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Vertus de la tourmaline selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » de la tourmaline sont des croyances. Son histoire, elle, est celle d’une pierre longtemps prise pour une autre.

Des « gemmes mêlées » de Ceylan

Selon le GIA, le nom vient du cinghalais toramalli, « gemmes mêlées ». Les marchands hollandais l’employaient pour les galets de toutes couleurs que les mineurs trouvaient dans les graviers à gemmes de Ceylan, l’actuel Sri Lanka. La Britannica de 1911 ajoute que ce nom désignait sur place la tourmaline et le zircon, et que les Hollandais rapportèrent la tourmaline en Europe en 1703.

L'« émeraude du Brésil »

Au XVIe siècle, un conquistador espagnol qui lavait un cristal vert au Brésil le prit pour une émeraude, raconte le GIA. Il date de 1554 la découverte de cette « émeraude du Brésil », premier cristal de tourmaline verte signalé. La confusion dura jusqu’au XIXe siècle, quand les savants reconnurent la tourmaline comme une espèce à part. Jusque-là, on la confondait selon sa couleur avec le rubis, le saphir ou l’émeraude.

La pierre qui attire les cendres

La Britannica de 1911 rapporte que les Hollandais, au début du XVIIIe siècle, remarquèrent qu’une tourmaline chauffée dans des cendres de tourbe attirait les cendres. Ils l’appelèrent aschtrekker, le « tire-cendres ». C’est sa propriété électrique, que la science explique aujourd’hui.

L’impératrice et les tourmalines de Californie

Le GIA rapporte qu’à la fin du XIXe siècle, une grande partie des tourmalines roses et rouges de Californie partait pour la Chine, parce que l’impératrice douairière Cixi aimait particulièrement cette couleur. On en sculptait des tabatières et des pièces de bijouterie. Quand le gouvernement chinois s’effondra en 1912, le commerce américain de la tourmaline s’effondra avec lui.

Aujourd’hui

La tourmaline est l’une des pierres de naissance d’octobre, avec l’opale, et la pierre du huitième anniversaire de mariage, selon le GIA. Les vertus que lui prête la lithothérapie moderne relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.

Entretien et rangement

La tourmaline est assez dure pour être portée tous les jours : 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA.

Le Handbook of Mineralogy la dit pourtant cassante : un choc franc peut l’ébrécher.

Les conseils du GIA :

  • eau tiède savonneuse et brosse douce, c’est ce qui convient le mieux ;
  • ni ultrasons ni vapeur ;
  • elle supporte en général la lumière et la plupart des produits chimiques, mais la chaleur peut l’abîmer : tenez-la à l’écart des fortes chaleurs.

Rangez-la à part, comme la Gem-A le conseille pour tous les bijoux : elle raye les pierres plus tendres, et les pierres plus dures peuvent la rayer.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une tourmaline « melon d’eau » ?

Une tourmaline rose au centre et verte sur le pourtour, selon le GIA. On taille souvent ses cristaux en tranches pour montrer cette disposition, comme une tranche de pastèque.

Quelle différence entre la rubellite et la tourmaline rose ?

La rubellite est le nom commercial des tourmalines roses à rouges, rouge violacé, rouge orangé ou rouge brunâtre, selon le GIA. Une partie du commerce estime cependant que le mot ne devrait pas s’appliquer aux roses : il n’y a pas d’accord sur ce point.

Qu’est-ce que la tourmaline Paraíba ?

Une tourmaline d’un bleu violacé, bleu vert ou bleu intense, colorée par le cuivre, venue de l’État de Paraíba, au Brésil, selon le GIA. Elle est rare, et son prix au carat peut rivaliser avec celui d’un beau saphir.

Pourquoi la tourmaline attire-t-elle la poussière quand on la chauffe ?

Parce qu’elle est pyroélectrique : chauffée, elle se charge en électricité, selon le GIA et le Handbook of Mineralogy. Elle l’est aussi quand on la presse. Les Hollandais du XVIIIe siècle l’avaient surnommée « tire-cendres ».

La tourmaline noire est-elle une tourmaline ?

Oui. Le schorl, la tourmaline noire, appartient au même groupe de minéraux. Il a sa propre fiche, qui détaille ses particularités.

Guides liés

Sources

  1. GIA, Tourmaline (Gem Encyclopedia)
  2. GIA, Tourmaline Description
  3. GIA, Tourmaline Quality Factors
  4. GIA, October Birthstones: Opal and Tourmaline
  5. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Elbaite (PDF)
  6. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Tourmaline » (Wikisource)
  7. GIA, Tourmaline History and Lore (source culturelle, sur la tradition)
  8. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
  9. Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2