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Tourmaline noire : le schorl, un cristal qui se charge en chauffant

Cristal de tourmaline noire (schorl), noir brillant et profondément strié dans sa longueur
Cristal de schorl de Galiléia, Minas Gerais (Brésil) : les stries longitudinales sont typiques. Photo : Ivar Leidus, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La tourmaline noire est le schorl, une espèce du groupe des tourmalines, noire parce qu’elle est riche en fer. Comme toutes les tourmalines, elle a une vraie particularité physique : elle se charge électriquement quand on la chauffe ou qu’on la presse.

Publié le

Carte d'identité

Tourmaline noire

Famille minérale
Tourmaline (borosilicate), espèce schorl, riche en fer
Dureté (échelle de Mohs)

7 à 7,5 sur 10

Autres noms
Schorl
Origines
Brésil (Minas Gerais), Namibie, Afghanistan, Allemagne (Harz), Angleterre (Devon), Italie (île d’Elbe), Russie (Oural), États-Unis, Mexique
Traitements courants
Aucun traitement courant signalé par nos sources.
Imitations courantes
Aucune imitation courante signalée par nos sources.

Qu’est-ce que la tourmaline noire ?

La tourmaline noire porte un nom de minéralogiste : le schorl. Ce n’est pas un minéral isolé mais une espèce d’un groupe. Le GIA explique que les tourmalines forment un groupe d’espèces minérales proches, qui partagent la même structure cristalline et contiennent toutes du silicium, de l’aluminium et du bore, avec un mélange complexe d’autres éléments. Les principales espèces sont l’elbaïte, la liddicoatite, la dravite, l’uvite et le schorl.

Le schorl, selon le GIA, est généralement noir et riche en fer. Les tourmalines de couleur employées en bijouterie sont, elles, le plus souvent des elbaïtes.

Ses principales mesures :

  • dureté : 7 selon le Handbook of Mineralogy ; le GIA donne 7 à 7,5 pour l’ensemble du groupe ;
  • densité : 3,18 à 3,22 selon le Handbook ; la Britannica de 1911 écrivait qu’elle peut atteindre 3,2 dans le schorl.

Comment reconnaître un cristal de tourmaline ?

La Britannica de 1911 décrit des cristaux en prismes, striés ou même cannelés dans leur longueur. Leur section est souvent triangulaire, ou à neuf côtés quand plusieurs prismes se combinent. La tourmaline peut aussi former des aiguilles ou des fibres qui rayonnent depuis un centre, en gerbes, comme sur la seconde photo de cette fiche.

Elle n’a pas de bon plan de clivage : elle casse en surfaces irrégulières, avec un éclat un peu poisseux sur la cassure, selon la même encyclopédie. Le Handbook la dit cassante.

Se charge-t-elle vraiment d’électricité ?

Oui, et c’est un phénomène physique réel. Le Handbook of Mineralogy et le GIA décrivent la tourmaline comme pyroélectrique et piézoélectrique.

  • La pyroélectricité. Quand on chauffe un cristal de tourmaline, il se charge électriquement, explique le GIA. C’est même dans la tourmaline que ce phénomène a été observé pour la première fois, selon la Britannica de 1911 : chauffée, elle attirait les cendres.
  • La piézoélectricité. Quand on presse le cristal, il se charge aussi électriquement, indique le GIA. La Britannica précise qu’une pression le long de l’axe du cristal produit le même effet qu’un refroidissement.

La Britannica ajoute qu’on peut aussi la charger par frottement, et qu’elle garde alors sa charge longtemps.

Ce que ces phénomènes ne sont pas. Ce sont des charges qui apparaissent sur le cristal quand on le chauffe, le refroidit ou le presse. Aucune de nos sources ne leur attribue d’effet sur les ondes, sur les rayonnements, sur l’électromagnétisme d’une maison ou sur le corps humain. Les promesses de « protection contre les ondes » ne s’appuient sur rien que nous ayons trouvé : elles relèvent de la croyance, et nous ne les reprenons pas.

À quoi a servi la tourmaline ?

Ses propriétés optiques ont eu un usage réel. Selon la Britannica de 1911, deux lames de tourmaline bien montées formaient les « pinces à tourmaline », un instrument d’opticien qui servait à examiner les verres de lunettes.

En bijouterie, le schorl reste rare. Le GIA note qu’on l’a utilisé dans des bijoux de deuil.

Où trouve-t-on la tourmaline noire ?

Le Handbook of Mineralogy décrit le schorl comme présent dans les granites et leurs pegmatites, dans des filons hydrothermaux de haute température et dans certaines roches métamorphiques. Le GIA précise qu’il se forme dans une grande variété de roches.

Il existe de nombreux gisements, mais peu donnent de beaux cristaux. Le Handbook cite notamment le Harz, en Allemagne ; le Devon, en Angleterre ; l'île d’Elbe, en Italie ; l'Oural, en Russie ; plusieurs États des États-Unis ; le Mexique ; le Minas Gerais, au Brésil ; la Namibie ; et l'Afghanistan.

Traitements et imitations : que faut-il savoir ?

Nos sources ne décrivent ni traitement courant, ni imitation courante de la tourmaline noire. Ce n’est pas une garantie : c’est l’état de ce que nous avons pu vérifier.

Une pierre noire peut toutefois être autre chose : un onyx teint, une obsidienne, un verre. Les stries le long du cristal et la section triangulaire sont les meilleurs indices de la tourmaline à l’état brut. Pour une pierre taillée ou une perle, seul un examen permet de trancher. Notre guide pour reconnaître une vraie pierre et nos fiches onyx et obsidienne vous aideront à comparer.

Granite clair traversé de gerbes rayonnantes de tourmaline noire
Gerbes de schorl dans un granite du Maine (États-Unis) : noir, le schorl ; gris, le quartz ; blanc crème, le feldspath. Photo : James St. John, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Vertus de la tourmaline noire selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » de la tourmaline noire sont des croyances. Son histoire, elle, est surtout celle d’une curiosité de physiciens et de mineurs.

Un nom venu du Sri Lanka

Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, le mot tourmaline vient sans doute de turmali ou toramalli, le nom que l’on donnait au Sri Lanka, alors Ceylan, à la tourmaline et au zircon. Les Hollandais en ont rapporté des échantillons en Europe en 1703. Le GIA traduit ce mot cinghalais par « pierre aux couleurs mêlées ».

Le « schorl » des mineurs

La tourmaline noire, elle, portait depuis des siècles le nom allemand de Schörl. Le Handbook of Mineralogy lui donne une origine incertaine, qui voudrait peut-être dire « impuretés ». La Britannica de 1911 avance qu’il pourrait venir de Schor, « rebut », parce que le minéral se trouvait avec les déchets des mines d’étain, et cite aussi le mot suédois skör, « cassant ». Les sources hésitent : nous gardons les trois pistes.

Le « tire-cendres » des Hollandais

La plus jolie histoire de la tourmaline est physique. Selon la Britannica de 1911, c’est dans la tourmaline qu’on a observé pour la première fois la pyroélectricité. Au début du XVIIIe siècle, les Hollandais avaient remarqué qu’une tourmaline chauffée dans des cendres de tourbe attirait ces cendres. Ils l’appelaient aschtrekker, le « tire-cendres ».

Une pierre de deuil

Le GIA note que le schorl est rarement employé comme gemme, mais qu’on en a fait des bijoux de deuil.

Aujourd’hui

Les vertus que la lithothérapie moderne prête à la tourmaline noire sont des croyances. Aucune n’est établie. En particulier, aucune de nos sources ne décrit d’effet de la tourmaline sur les ondes, les rayonnements ou le corps.

Entretien et rangement

La tourmaline est assez dure : 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs selon le GIA, 7 pour le schorl selon le Handbook of Mineralogy. Le GIA la juge en général adaptée à un port quotidien, et stable à la lumière et à la plupart des produits chimiques.

La chaleur peut l’abîmer, prévient le GIA. Le Handbook la décrit aussi comme cassante, sans bon plan de clivage : elle craint les chocs.

Pour la nettoyer, le GIA recommande l’eau tiède savonneuse et une brosse douce, et déconseille les nettoyeurs à ultrasons et à vapeur.

Questions fréquentes

La tourmaline noire est-elle une vraie tourmaline ?

Oui. C’est le schorl, l’une des espèces du groupe des tourmalines, selon le GIA. Elle est noire parce qu’elle est riche en fer.

La tourmaline noire produit-elle de l’électricité ?

Elle se charge électriquement quand sa température change ou quand on la presse : c’est la pyroélectricité et la piézoélectricité, décrites par le Handbook of Mineralogy et le GIA. Ce sont des charges sur le cristal, pas une source d’énergie.

Que penser des promesses sur les « ondes » ?

Aucune de nos sources ne le dit. La pyroélectricité et la piézoélectricité sont des phénomènes réels, mais elles ne décrivent aucun effet sur les ondes, les rayonnements ou le corps. Les promesses de ce genre relèvent de la croyance.

La tourmaline noire est-elle fragile ?

Elle est dure (7 à 7,5 selon le GIA) mais cassante, selon le Handbook of Mineralogy. Le GIA déconseille la chaleur, les ultrasons et la vapeur.

Pourquoi les cristaux de tourmaline sont-ils striés ?

Selon la Britannica de 1911, les prismes de tourmaline sont striés dans leur longueur, et leur section est souvent triangulaire ou à neuf côtés. C’est un bon moyen de la reconnaître à l’état brut.

Guides liés

Sources

  1. GIA, Tourmaline (Gem Encyclopedia)
  2. GIA, Tourmaline Description
  3. GIA, October Birthstones : Tourmaline
  4. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Schorl (Mineralogical Society of America, PDF)
  5. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Tourmaline » (Wikisource) (source culturelle, sur la tradition)