Turquoise : une pierre poreuse, presque toujours stabilisée, et très imitée

La turquoise est un phosphate de cuivre et d’aluminium, bleu ciel à vert, poreux et assez tendre. Parce qu’elle est poreuse, la plupart des turquoises vendues sont stabilisées à la résine, et elle est imitée par de nombreuses matières, dont la magnésite et la howlite teintes.
Carte d'identité
Turquoise
CuAl₆(PO₄)₄(OH)₈·4H₂O
- Famille minérale
- Phosphate hydraté de cuivre et d’aluminium
- Dureté (échelle de Mohs)
5 à 6 sur 10
- Autres noms
- Callaïte (nom ancien de minéralogiste, selon la Britannica de 1911), « Bleu persan » (nom commercial d’une couleur)
- Origines
- Iran (district de Nichapour), Égypte (Sinaï, gisements antiques), États-Unis (Arizona, Nouveau-Mexique, Nevada), Chine (province du Hubei), Mexique (Zacatecas)
- Traitements courants
- Stabilisation : imprégnation de résine (époxy, acrylique) pour durcir la pierre ; Teinture, souvent ajoutée à la résine ; Turquoise « reconstituée » : petits morceaux comprimés avec de la résine
- Imitations courantes
- Magnésite teinte ; Howlite teinte ; Chrysocolle ; Verre et matières frittées ; Os fossile coloré (« odontolite »)
Qu’est-ce que la turquoise ?
La turquoise est un phosphate hydraté de cuivre et d’aluminium. Sa formule, selon le Handbook of Mineralogy, est CuAl₆(PO₄)₄(OH)₈·4H₂O. C’est le cuivre qui lui donne sa couleur, du bleu ciel au vert.
Elle se forme dans des conditions particulières. Le GIA explique qu’on ne la trouve qu’en quelques endroits : des régions arides, où une eau souterraine acide et riche en cuivre s’infiltre et réagit avec des minéraux contenant du phosphore et de l’aluminium. Le résultat est une matière poreuse, semi-translucide à opaque.
Elle est formée de cristaux minuscules. Le GIA précise que plus ils sont serrés, moins la pierre est poreuse et plus sa texture est fine. Une turquoise fine prend au polissage un éclat cireux.
Quelle est sa dureté ?
5 à 6 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA et le Handbook of Mineralogy. La Britannica de 1911 disait « près de 6 ». C’est nettement plus tendre que le quartz, qui est à 7.
Le GIA rappelle que la porosité et la texture ne jouent pas seulement sur l’aspect : elles jouent aussi sur la résistance. Une turquoise poreuse est plus fragile et plus sensible aux produits.
D’où vient-elle ?
- L’Iran. Selon le GIA, on exploite la turquoise dans le district de Nichapour depuis plus de mille ans. La Britannica de 1911 parlait d'« au moins huit siècles » : les deux sources ne donnent pas le même chiffre. Le bleu uni et intense de cette région a donné le nom commercial de « bleu persan », employé même pour des pierres qui ne viennent pas d’Iran.
- L’Égypte. La Britannica décrit les gisements du Sinaï, redécouverts en 1849 dans l’oued Maghara, et leurs vastes exploitations antiques.
- Les États-Unis. Le GIA cite l’Arizona, avec les mines de Kingman et de Sleeping Beauty, aujourd’hui fermée à la turquoise, et le Nouveau-Mexique. La Britannica ajoutait le Nevada.
- La Chine. Selon le GIA, la province du Hubei fournit l’essentiel de la turquoise de qualité gemme extraite aujourd’hui dans le pays.
Le nom viendrait de la Turquie, explique la Britannica de 1911 : les plus belles pierres arrivaient de Perse par la Turquie, et les Vénitiens qui les importaient les appelaient turchesa.
Qu’est-ce que la matrice ?
Ce sont les veines brunes, noires ou dorées qui traversent certaines turquoises. Selon le GIA, c’est un reste de la roche qui entourait la turquoise. Quand elle forme un fin réseau régulier, on parle de turquoise « en toile d’araignée ».
Le GIA explique que, sur le marché, les turquoises sans aucune matrice sont les plus chères, et que les belles matrices en toile d’araignée viennent juste après. La matrice n’est donc pas un défaut en soi. Mais attention : elle ne prouve rien à elle seule. Le GIA a décrit une turquoise dont la « matrice » était un mélange artificiel de pyrite broyée et de polymère.
Pourquoi la turquoise est-elle presque toujours traitée ?
Parce qu’elle est poreuse. Le GIA indique que les pierres grossières et poreuses sont en général traitées, pour les rendre plus lisses, plus brillantes et plus faciles à vendre.
- La stabilisation. La pierre est imprégnée de résine, époxy ou acrylique selon le GIA, pour la durcir et améliorer sa couleur. Un article publié par la Gem-A estime que la grande majorité des turquoises du marché sont stabilisées ainsi, et que la turquoise entièrement naturelle et dure représente probablement moins de 3 % des ventes. C’est une estimation de l’auteure, pas une statistique.
- La teinture. Le GIA signale que la turquoise peut être teinte. Selon le même article de la Gem-A, quand la résine contient un colorant, on ne parle plus de turquoise « stabilisée » mais « traitée ».
- La turquoise « reconstituée ». De petits morceaux de turquoise sont comprimés avec de la résine en blocs, que l’on taille ensuite, décrit la Gem-A. La Britannica de 1911 signalait déjà une contrefaçon obtenue en comprimant un phosphate d’aluminium cuivreux.
Ce que dit la loi française. L’imprégnation et la teinture sont des traitements : la pierre doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2). Une turquoise reconstituée doit porter le mot « reconstituée » (article 4).
Quelles sont les imitations de la turquoise ?
Elles sont nombreuses. Un article de Gems & Gemology, la revue du GIA, les résume en 2011 :
- des minéraux teints, surtout la magnésite et la howlite ;
- la chrysocolle, un minéral des gisements de cuivre ;
- le verre et des matières frittées.
La Gem-A cite elle aussi la magnésite teinte parmi les matières teintes pour imiter d’autres pierres.
La Britannica de 1911 décrit une imitation plus ancienne, l'odontolite ou « turquoise d’os » : de l’os ou de l’ivoire fossile, coloré par un phosphate de fer. Elle ajoutait qu’au microscope, sa structure organique la trahit.
Comment reconnaître une turquoise, et ses imitations ?
À l’œil nu, c’est très difficile. Quelques indices seulement :
- La couleur dans les fissures. Selon la Gem-A, la teinture se concentre dans les pores et les fissures. Une couleur plus foncée au fond des fissures peut trahir une teinture.
- Le test à l’acétone. La Gem-A décrit un coton imbibé d’acétone qui peut se colorer au contact d’une teinture. Ne le faites pas sur un bijou auquel vous tenez : le GIA prévient que les solvants peuvent abîmer la surface d’une turquoise traitée.
- Le laboratoire. Un article de Gems & Gemology propose d’identifier la turquoise naturelle, traitée, synthétique ou imitée par spectroscopie infrarouge et diffraction des rayons X, sur une infime quantité de poudre prélevée. Pour une pièce de valeur, adressez-vous à un laboratoire de gemmologie.
Notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille les mots que la loi impose : traitée, reconstituée, imitation.

Vertus de la turquoise selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de la turquoise sont des croyances. Son histoire, elle, est l’une des plus longues de toutes les pierres.
Une pierre des pharaons
Selon le GIA, des turquoises enterrées dans des tombes égyptiennes vers 4000 av. J.-C. comptent parmi les plus anciens bijoux du monde. Le masque funéraire de Toutânkhamon, qui régna il y a plus de 3 000 ans, en porte. Le GIA rapporte que les Égyptiens l’appelaient mefkat, un mot qui signifiait aussi « joie ». Le Metropolitan Museum of Art conserve une bague égyptienne à scarabée de turquoise, datée d’environ 1850 à 1640 av. J.-C.
Dans le Sinaï, la Britannica de 1911 signale de vastes exploitations anciennes, creusées avec des outils de silex.
De la Perse à l’Amérique
Selon la Britannica, on la portait en Orient en amulette, souvent gravée de versets du Coran incrustés d’or. Le GIA rapporte que des artisans chinois la sculptaient il y a plus de 3 000 ans. Au Mexique ancien, elle servait aux mosaïques, avec l’obsidienne, la malachite et le coquillage. Pour plusieurs peuples du sud-ouest des États-Unis, ajoute le GIA, c’était une pierre de cérémonie et une monnaie d’échange.
Une pierre porte-bonheur
Selon la Britannica de 1911, la turquoise était souvent tenue pour une pierre « porte-bonheur ». La même encyclopédie note que la couleur de certaines turquoises s’altère en séchant, au soleil, ou verdit avec le temps.
Aujourd’hui
Le GIA cite la turquoise parmi les pierres de naissance de décembre : notre guide sur la pierre de naissance raconte d’où vient cette liste. Les vertus que lui prête la lithothérapie moderne relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
La turquoise est assez tendre : 5 à 6 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA et le Handbook of Mineralogy. Elle est surtout poreuse, ce qui la rend sensible.
Le GIA prévient qu’elle peut être abîmée par les acides, et décolorée par certains produits chimiques, les cosmétiques, et même le sébum de la peau ou la transpiration. Une forte chaleur peut la décolorer et la fendre. Elle est en général stable à la lumière, selon le GIA, même si la Britannica de 1911 notait que certaines turquoises pâlissent au soleil.
Pour la nettoyer, le GIA recommande l’eau tiède savonneuse, et jamais de nettoyeur à vapeur ni à ultrasons. La chaleur et les solvants peuvent abîmer la surface d’une turquoise traitée. Mettez-la après vos crèmes et votre parfum, et rangez-la à part.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une turquoise stabilisée ?
Une turquoise imprégnée de résine pour la durcir et la rendre plus brillante. Selon un article publié par la Gem-A, la grande majorité des turquoises du marché sont stabilisées ainsi. En France, c’est un traitement : la pierre doit être vendue comme « traitée » ou avec l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2).
Comment reconnaître une fausse turquoise ?
À l’œil, c’est difficile. Parmi les imitations, Gems & Gemology cite la magnésite et la howlite teintes, la chrysocolle, le verre et des matières frittées. La Gem-A note que la teinture se concentre dans les pores et les fissures. Seul un laboratoire peut trancher avec certitude.
La turquoise craint-elle l’eau ?
L’eau tiède savonneuse ne pose pas de problème selon le GIA. Ce sont surtout les acides, les cosmétiques, la transpiration et la chaleur qui l’abîment ou la décolorent. Ni vapeur ni ultrasons.
Qu’est-ce que la turquoise reconstituée ?
De petits morceaux ou de la poudre de turquoise comprimés avec de la résine, pour former un bloc que l’on taille. En France, elle doit porter la mention « reconstituée » (décret n° 2002-65, article 4).
Les veines noires ou brunes sont-elles un défaut ?
Ce sont des restes de la roche qui entourait la turquoise, appelés matrice. Selon le GIA, une turquoise sans matrice est la plus recherchée, mais une matrice fine et régulière, en toile d’araignée, est aussi appréciée. Attention : le GIA a aussi décrit une turquoise à matrice artificielle, faite de pyrite broyée et de polymère.
Guides liés
Sources
- GIA, Turquoise (Gem Encyclopedia)
- GIA, Turquoise Description
- GIA, Turquoise History and Lore (source culturelle, sur la tradition)
- GIA, December Birthstones : Turquoise
- J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Turquoise (PDF)
- H. Serras-Herman, Natural Vs Enhanced: Navigating Lapidary Materials, Gem-A Gem Hub
- Gems & Gemology, hiver 2011 : Historic Turquoise Jewelry Set Containing Fossilized Dentine (Odontolite) and Glass (GIA, PDF)
- T. Lind, K. Schmetzer et H. Bank, The Identification of Turquoise by Infrared Spectroscopy and X-Ray Powder Diffraction, Gems & Gemology (GIA, PDF)
- GIA, Gems & Gemology Lab Notes, hiver 2016 : Turquoise with Simulated Matrix
- Gem-A, Gemmology Insights: How To Recognise Dyed Gemstones
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Turquoise » (Wikisource) (source culturelle, sur la tradition)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2
- Légifrance, décret n° 2002-65, article 4 (reconstituée, composite, synthétique, artificiel, d’imitation)
- The Metropolitan Museum of Art, Ring with Uninscribed Scarab (Égypte, vers 1850–1640 av. J.-C.) (source culturelle, sur la tradition)