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Quartz fumé : le quartz brun, du cairngorm écossais au morion presque noir

Très grand cristal de quartz brun translucide, à plusieurs pointes, exposé debout dans une galerie sombre
Quartz fumé de Rio Doce (Brésil), galerie de Minéralogie du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris. Photo : Marie-Lan Taÿ Pamart, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Le quartz fumé est un quartz brun, du brun clair au presque noir, que l’on appelle alors morion. Sa couleur naturelle vient de traces d’aluminium dans le cristal et d’une irradiation naturelle, et il est souvent confondu avec la topaze.

Publié le

Carte d'identité

Quartz fumé

SiO₂

Famille minérale
Quartz (dioxyde de silicium), variété brune
Couleurs
  • Brun
  • Noir
Dureté (échelle de Mohs)

7 sur 10

Échelle ordinale : elle classe les minéraux du plus tendre au plus dur, sans mesurer l'écart entre deux degrés.

Autres noms
Morion (variété presque noire), Cairngorm (nom écossais), Smoky quartz (en anglais)
Origines
Écosse (massif des Cairngorms), Brésil, Russie, Espagne
Traitements courants
Irradiation d’un quartz incolore, qui le rend fumé (Gem-A) : possible, fréquence dans le commerce non documentée ; Chauffage : un quartz fumé chauffé peut devenir une citrine couleur citron vert (GIA)
Imitations courantes
Topaze brune parfois appelée à tort « quartz fumé » (GIA) ; À l’inverse, quartz fumé vendu sous le nom de « topaze » ou « fausse topaze » (Britannica 1911, GIA)

Qu’est-ce que le quartz fumé ?

Le quartz fumé est du quartz brun. C’est le même minéral que le cristal de roche, l'améthyste ou la citrine : du dioxyde de silicium, SiO₂, selon le Handbook of Mineralogy, l’ouvrage de référence des minéralogistes. Seule la couleur change.

La Britannica de 1911 range les quartz transparents en quatre couleurs : incolore (le cristal de roche), violet (l’améthyste), jaune (la citrine) et brun (le quartz fumé). La Gem-A, l’association britannique de gemmologie, le définit de la même façon : le quartz fumé est le quartz brun.

Sa teinte va du brun clair, presque gris, au brun très foncé. Il est transparent à translucide, avec l’éclat vitreux de tout quartz.

Pourquoi est-il brun ?

Les sources ne disent pas toutes la même chose, et l’explication a changé avec le temps.

  • L’explication actuelle. Pour la Gem-A, la couleur fumée vient de traces d'aluminium dans le cristal, associées à une irradiation naturelle subie dans la roche. Ce rayonnement crée un défaut dans la structure du cristal, un « centre coloré », qui absorbe une partie de la lumière. Une note de Gems & Gemology, la revue du GIA, l’observe dans des amétrines de Bolivie : des couches de quartz fumé y apparaissent dans les zones riches en aluminium, et l’auteur les attribue à l’irradiation naturelle de ces zones.
  • D’où vient ce rayonnement ? Selon la Gem-A, les gisements de quartz fumé et de citrine contiennent probablement des traces d’éléments radioactifs. Le quartz fumé et la citrine ont d’ailleurs une cause de couleur très proche : la Gem-A décrit une gradation de l’un à l’autre, avec des citrines d’un jaune fumé.
  • Les explications anciennes. La Britannica de 1911 attribuait la couleur brune au titane. La fiche d’un musée d’Aberdeen l’attribue à un peu d'oxyde de fer. Ces explications ne sont pas celles que retiennent aujourd’hui la Gem-A et le GIA.

Morion, cairngorm : que veulent dire ces noms ?

Ce sont deux noms du même quartz, selon sa teinte ou son origine.

  • Le morion est le quartz fumé le plus foncé. Selon la Britannica de 1911, on l’appelle ainsi quand le brun est si profond que la pierre paraît presque noire.
  • Le cairngorm est le nom écossais du quartz fumé. Il vient du Cairngorm, un sommet des monts Grampians, en Écosse, selon la Britannica de 1911. La même encyclopédie le décrit comme un quartz jaune ou brun. Les musées d’Aberdeen parlent d’un brun jaunâtre, parfois brun gris.

Le nom « topaze » est trompeur et à éviter : nous y revenons plus bas.

Où trouve-t-on le quartz fumé ?

Comme tout quartz, il se forme dans les filons, les granites et les pegmatites, selon le Handbook of Mineralogy. La Gem-A précise qu’on le trouve surtout dans les pegmatites et les géodes, souvent aux mêmes endroits que la citrine et l’améthyste.

En Écosse, la Britannica de 1911 décrit des cristaux tapissant des cavités dans des filons de granite. On creusait autrefois de petits puits pour les extraire, et on en ramassait aussi sous forme de galets dans la rivière Avon.

La même encyclopédie cite le Brésil, la Russie et l'Espagne pour le quartz jaune et brun. Ces mentions datent de 1911. Nous n’avons pas trouvé de source fiable récente qui classe les principaux pays producteurs actuels.

Quelle est sa dureté ?

7 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy, avec une densité de 2,65. C’est la dureté de tout quartz. Il raye le verre.

Le même ouvrage le dit pourtant cassant. Sa cassure est conchoïdale, en forme de coquille. Un choc franc peut ébrécher une arête.

Le quartz fumé est-il traité ?

Il peut l’être, dans les deux sens.

  • Le rendre fumé. La Gem-A décrit l’irradiation d’un quartz incolore au cobalt 60, qui le rend fumé. Elle en parle comme d’une première étape : chauffé ensuite, ce quartz devient un quartz jaune-vert, vendu comme « lemon quartz ». Un quartz fumé peut donc être naturel ou obtenu en laboratoire. Nous n’avons pas trouvé de source fiable qui dise quelle part du quartz fumé vendu en bijouterie a été irradiée.
  • Le transformer. Le GIA indique qu’un quartz fumé chauffé peut devenir une citrine couleur citron vert. Une citrine d’un jaune-vert peut donc être un quartz fumé chauffé, comme l’explique notre fiche citrine.

À l’œil, on ne distingue pas un quartz fumé naturel d’un quartz irradié. Chez Pierre Nomade, tout traitement connu d’une pierre est déclaré. Posez la question au vendeur.

Quartz fumé ou topaze : comment ne pas se tromper ?

C’est la confusion la plus ancienne autour de cette pierre.

Le quartz fumé vendu comme « topaze ». Selon la Britannica de 1911, le quartz jaune et brun était souvent vendu sous le nom de « fausse topaze », ou simplement de « topaze ». Le GIA le confirme aujourd’hui : la citrine et le quartz fumé ressemblent à la topaze, coûtent moins cher et sont souvent présentés à tort comme de la topaze.

La topaze vendue comme « quartz fumé ». L’erreur existe aussi dans l’autre sens : le GIA note que la topaze brune, une couleur courante, est parfois appelée à tort « quartz fumé ».

Ce sont deux minéraux différents. La topaze est un autre minéral, un silicate d’aluminium, comme l’explique sa fiche. Un gemmologue les distingue par des mesures, par exemple au réfractomètre. Une étiquette honnête nomme la pierre par son vrai nom.

Comment reconnaître un quartz fumé ?

  • La couleur. Brun, du clair au presque noir. Elle ne suffit pas : la topaze, par exemple, peut avoir la même teinte.
  • La forme brute. Une pointe à six faces avec des stries horizontales sur le prisme est typique du quartz, selon la Britannica de 1911.
  • Le verre. Selon le GIA, le verre se fabrique dans presque toutes les couleurs et imite de nombreuses gemmes. Des bulles rondes le trahissent souvent, comme l’explique notre guide pour reconnaître une vraie pierre.
  • Le laboratoire. L’indice de réfraction du quartz, de 1,544 à 1,553 selon le Handbook, se mesure au réfractomètre. C’est ainsi qu’un gemmologue sépare le quartz fumé de la topaze ou du verre.
Groupe de cristaux de quartz presque noirs, à pointes nettes et faces brillantes
Morion d’Akchatau (Kazakhstan), musée Terra mineralia de Freiberg. Photo : Dguendel, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Broche en or dont la pierre centrale ovale, taillée, est d’un brun orangé, entourée de petits diamants
Broche en or sertie d’un cairngorm entouré de petits diamants, Auckland War Memorial Museum. Photo : Auckland War Memorial Museum, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Vertus du quartz fumé selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » du quartz fumé sont des croyances. Son histoire la mieux documentée est écossaise : c’est celle d’une pierre de costume.

La pierre des Highlands

En Écosse, le quartz fumé porte le nom d’une montagne : le cairngorm. Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, c’était une pierre d’ornement très appréciée dans le pays. On la sertissait sur le couvercle des tabatières, sur le manche des dagues et sur les broches du costume des Highlands. Une couleur jaune profond, « couleur de xérès », était particulièrement recherchée.

Les musées d’Aberdeen, dans le nord-est de l’Écosse, décrivent le même usage : le cairngorm orne les épingles de kilt et le manche du sgian dubh, le petit couteau du costume traditionnel.

La broche de Robert Burns

Le National Trust for Scotland conserve une broche en or sertie de cairngorms, datée de 1790 à 1796. Selon sa fiche, elle aurait appartenu au poète Robert Burns. Elle lui aurait été offerte pour ses services dans les Dumfries Volunteers, une compagnie de volontaires de la ville où il a vécu ses dernières années. Le musée emploie lui-même le conditionnel.

Aujourd’hui

Les vertus que la lithothérapie moderne prête au quartz fumé relèvent de la croyance. Aucune n’est établie, et nos sources historiques n’en mentionnent pas.

Entretien et rangement

Le quartz fumé est du quartz : 7 sur l’échelle de Mohs, selon le Handbook of Mineralogy. Il supporte bien le port quotidien. Le même ouvrage le décrit pourtant comme cassant, avec une cassure en forme de coquille : un choc franc peut l’ébrécher.

Évitez la forte chaleur. Elle peut changer sa couleur : le GIA indique qu’un quartz fumé chauffé peut devenir une citrine couleur citron vert.

Pour le nettoyage, nous n’avons pas trouvé de consigne propre au quartz fumé dans une source fiable. La règle générale de la Gem-A pour les bijoux s’applique : brosse douce et eau savonneuse, puis rinçage et séchage. Par prudence, évitez la vapeur, qui chauffe la pierre.

Rangez-le à part, comme la Gem-A le conseille pour tous les bijoux : il raye les pierres plus tendres, et les pierres plus dures peuvent le rayer.

Questions fréquentes

Le quartz fumé est-il naturel ?

Il existe à l’état naturel : selon le GIA et la Gem-A, sa couleur vient d’une irradiation naturelle de cristaux contenant de l’aluminium. Mais la Gem-A décrit aussi l’irradiation en laboratoire d’un quartz incolore, qui le rend fumé. Nous n’avons pas trouvé de source qui dise quelle part du quartz fumé vendu est ainsi traitée : demandez au vendeur.

Quelle différence entre le quartz fumé et le morion ?

La teinte. Selon la Britannica de 1911, on parle de quartz fumé pour un brun clair, et de morion quand le brun est si foncé que la pierre paraît presque noire. C’est le même minéral.

Le quartz fumé est-il radioactif ?

Nos sources n’en disent rien. Elles expliquent seulement que sa couleur vient d’une irradiation naturelle subie dans la roche, au fil du temps, par des cristaux contenant de l’aluminium. Elles ne disent pas que la pierre elle-même émet un rayonnement.

Comment distinguer le quartz fumé de la topaze ?

À l’œil, c’est difficile : le GIA note que la topaze brune est parfois appelée à tort « quartz fumé », et que le quartz fumé, moins cher, est souvent présenté à tort comme de la topaze. Un gemmologue les sépare par des mesures, par exemple au réfractomètre.

Quelle est la dureté du quartz fumé ?

7 sur l’échelle de Mohs, comme tout quartz, selon le Handbook of Mineralogy. Il est assez dur pour un port quotidien, mais cassant.

Sources

  1. J. W. Anthony et al., Handbook of Mineralogy : Quartz (Mineralogical Society of America, PDF)
  2. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Cairngorm » (Wikisource)
  3. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Quartz » (Wikisource)
  4. M. S. Krzemnicki, Ametrine with Layers of Smoky Quartz, Gems & Gemology (Gem News)
  5. Gem-A, Understanding And Testing For Rare Natural Citrine (2022)
  6. GIA, Topaz Quality Factors
  7. GIA, Topaz Description
  8. GIA, Citrine Quality Factors
  9. Aberdeen Archives, Gallery & Museums, « cairngorm, or smoky quartz » (fiche de collection) (source culturelle, sur la tradition)
  10. National Trust for Scotland, Cairngorm Quartz brooch, with a plain golden setting (objet 3.5509) (source culturelle, sur la tradition)
  11. GIA, Gem Imitation
  12. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)