Pierre de soleil : le feldspath pailleté, et l’andésine rouge traitée au cuivre

La pierre de soleil est un feldspath qui scintille de minuscules paillettes, d’hématite ou de cuivre natif, un effet appelé aventurescence. Une partie des pierres de soleil rouges du commerce, surtout l’andésine rouge apparue dans les années 2000, pose question : on sait colorer des feldspaths pâles en rouge par diffusion de cuivre.
Carte d'identité
Pierre de soleil
- Famille minérale
- Feldspath (oligoclase, labradorite ou orthose) à inclusions brillantes
- Dureté (échelle de Mohs)
6 à 7,2 sur 10
- Autres noms
- Feldspath aventurine, Pierre de soleil de l’Oregon (labradorite à cuivre natif)
- Origines
- États-Unis (Oregon, pierre de soleil à cuivre natif), Inde (Tamil Nadu), Norvège (Tvedestrand, gisement historique), Russie (lac Baïkal), Éthiopie (Afar)
- Traitements courants
- Diffusion de cuivre sur des feldspaths pâles (labradorite, andésine) pour imiter la pierre de soleil rouge (Gems & Gemology, 2022)
- Imitations courantes
- Feldspaths rouges traités par diffusion de cuivre
Qu’est-ce que la pierre de soleil ?
La pierre de soleil est un feldspath, de la même famille que la labradorite, la pierre de lune et l'amazonite. Selon le GIA, il en existe des variétés dans deux branches de cette famille : l'orthose, un feldspath potassique, et les plagioclases, comme l’oligoclase et la labradorite.
Ce qui la définit, c’est son éclat. Le GIA explique que ses variétés montrent un scintillement vif, appelé aventurescence : un éclat pailleté, presque métallique, dû à de minuscules inclusions plates et réfléchissantes. Quand cet effet est présent, les gemmologues parlent de « feldspath aventurine ».
Le GIA oppose ainsi les deux pierres : la pierre de lune offre une lueur douce et flottante, l’adularescence ; la pierre de soleil, des paillettes vives.
D’où viennent ses paillettes ?
Cela dépend de la pierre.
- L’hématite. La Britannica de 1911 attribuait l’effet à de minuscules écailles d'hématite rouge, alignées parallèlement à un plan de clivage. Le GIA montre, de son côté, une pierre de soleil d’Inde, brun rouge, dont l’aventurescence vient de minuscules plaquettes.
- Le cuivre natif. La pierre de soleil de l'Oregon, aux États-Unis, est différente. Selon Gems & Gemology, c’est une labradorite transparente qui contient de minuscules inclusions de cuivre natif. Le GIA cite pour la pierre de soleil des couleurs jaune, verte, rouge, rouge brun ou incolore.
Où la trouve-t-on ?
- L’Oregon, aux États-Unis : le GIA présente sa pierre de soleil comme un produit naturel et non traité, disponible depuis plus d’un siècle selon Gems & Gemology.
- L’Inde, dans l’État du Tamil Nadu, pour une pierre de soleil brun rouge, selon le GIA.
- La Norvège : en 1911, la Britannica citait comme gisement le plus connu Tvedestrand, près d’Arendal.
- L’Éthiopie : Gems & Gemology a étudié en 2022 de la pierre de soleil naturelle de la région de l’Afar.
La Britannica ajoutait le lac Baïkal, en Sibérie, et plusieurs gisements américains.
Quelle est sa dureté ?
6 à 7,2 sur l’échelle de Mohs, selon le GIA, qui donne une plage pour l’ensemble des pierres de soleil, orthose et plagioclases confondus. Comme la pierre de lune et la labradorite, elle a des plans de clivage : un choc peut la fendre.
L’andésine rouge : une pierre de soleil traitée ?
C’est le point essentiel de cette fiche, et l’un des grands sujets de la gemmologie récente.
Selon un article de Gems & Gemology publié en 2022, une « andésine rouge », un autre feldspath, est apparue sur le marché au salon de Tucson, aux États-Unis, dans la première décennie des années 2000. Son origine, écrivent les auteurs, reste une question ouverte. Et il n’existe toujours pas de méthode simple et fiable pour savoir rapidement si une andésine rouge a été traitée.
Les chercheurs ont montré qu’on peut colorer en rouge, par diffusion de cuivre, de la labradorite incolore et de l’andésine jaune pâle, pour imiter la pierre de soleil naturelle. Ils ont trouvé une différence de fluorescence entre ces pierres traitées et les pierres de soleil naturelles de l’Oregon et d’Éthiopie, mesurée en laboratoire.
Ce que dit la loi française. Une diffusion est un traitement : la pierre doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2). Comme le traitement est difficile à déceler, demandez au vendeur l’origine de la pierre et s’il garantit qu’elle n’est pas traitée.
Nous n’avons pas trouvé de source fiable qui décrive une pierre de soleil vendue en verre pailleté. Le verre aventurine, ou goldstone, imite surtout l'aventurine, comme l’explique notre fiche.
Comment reconnaître une pierre de soleil ?
- Les paillettes. Elles scintillent quand on tourne la pierre, dans certaines directions, selon la Britannica.
- La transparence. La pierre de l’Oregon est transparente, selon le GIA.
- Le laboratoire. Pour un feldspath rouge vif, seul un laboratoire peut chercher les signes d’une diffusion de cuivre, et pas toujours avec certitude.
- Le vocabulaire. « Traitée » doit figurer quand la pierre l’est.
Notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille les mentions que la loi impose.

Vertus de la pierre de soleil selon la tradition
Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.
Les « vertus » de la pierre de soleil sont des croyances. Son histoire, elle, est surtout celle d’un nom et de quelques gisements.
Un nom tiré de son éclat
Son nom décrit simplement son apparence : des paillettes qui scintillent comme des éclats de soleil. La Britannica de 1911 la décrit comme un feldspath qui montre, dans certaines directions, un aspect brillant et pailleté. On l’appelait aussi « feldspath aventurine », parce qu’elle rappelle l’aventurine.
Un gisement norvégien
En 1911, le gisement le plus connu était, selon la Britannica, celui de Tvedestrand, près d’Arendal, dans le sud de la Norvège, où la pierre de soleil se trouvait dans un filon de quartz traversant du gneiss.
L’Oregon
Le GIA rappelle que la pierre de soleil de l’Oregon, aux États-Unis, est disponible depuis plus d’un siècle, et qu’elle attire aujourd’hui l’attention comme produit naturel et non traité.
Aujourd’hui
Les vertus que la lithothérapie moderne prête à la pierre de soleil relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.
Entretien et rangement
La pierre de soleil est un feldspath, comme la labradorite et la pierre de lune : 6 à 7,2 sur l’échelle de Mohs selon le GIA. Ses plans de clivage la rendent sensible aux chocs, comme les autres feldspaths.
Nous n’avons pas trouvé de consigne de nettoyage propre à la pierre de soleil dans les sources lues. Le GIA range les feldspaths, comme la pierre de lune, parmi les pierres sensibles à la chaleur et aux écarts de température, qui ne doivent pas passer aux ultrasons. La règle générale de la Gem-A s’applique : brosse douce et eau savonneuse. Rangez-la à part.
Questions fréquentes
D’où viennent les paillettes de la pierre de soleil ?
De minuscules inclusions plates et réfléchissantes, selon le GIA. La Britannica de 1911 les attribuait à de fines écailles d’hématite rouge. Dans la pierre de soleil de l’Oregon, ce sont des inclusions de cuivre natif, selon Gems & Gemology.
L’andésine rouge est-elle naturelle ?
On ne le sait pas toujours. Selon Gems & Gemology, une « andésine rouge » est apparue au salon de Tucson dans les années 2000, son origine reste une question ouverte, et il n’existe pas de méthode simple pour savoir si elle a été traitée. Des chercheurs ont montré qu’on peut colorer en rouge de l’andésine pâle par diffusion de cuivre.
Quelle différence entre pierre de soleil et pierre de lune ?
Toutes deux sont des feldspaths. La pierre de soleil scintille de paillettes (aventurescence), selon le GIA, alors que la pierre de lune montre une lueur douce et flottante (adularescence).
La pierre de soleil est-elle de l’aventurine ?
Non. L’aventurine est un quartz à paillettes de mica ; la pierre de soleil est un feldspath. La Britannica de 1911 rappelle qu’on l’appelait « feldspath aventurine » parce qu’elle lui ressemble.
Guides liés
Sources
- GIA, Sunstone (Gem Encyclopedia)
- GIA, Sunstone Description
- C. L. Johnston, M. E. Gunter et C. R. Knowles, Sunstone Labradorite from the Ponderosa Mine, Oregon, Gems & Gemology (hiver 1991)
- Q. Zhou, C. Wang et A. H. Shen, Fluorescence Characteristics of Two Copper-Diffused Plagioclase Feldspars: Labradorite and Andesine, Gems & Gemology (hiver 2022)
- Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Sunstone » (Wikisource)
- GIA, Gems and Ultrasonic Cleaners (2015)
- Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
- Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2