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Jaspe : la roche siliceuse opaque, et les faux « jaspes » du commerce

Galets de jaspe rouge mouillés, d’un rouge brique opaque
Jaspe rouge, mouillé pour faire ressortir sa couleur (Japon). Photo : あおもりくま, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le jaspe est une roche siliceuse opaque, faite de quartz ou de calcédoine chargés d’impuretés, souvent rouge, brune, jaune ou verte à cause du fer. Le mot est très employé, et parfois mal : Gems & Gemology le dit « commercialisé et galvaudé », et certains « jaspes » du commerce n’en sont pas.

Publié le

Carte d'identité

Jaspe

Famille minérale
Roche siliceuse opaque : quartz ou calcédoine chargés d’impuretés (oxydes de fer, argiles)
Dureté (échelle de Mohs)
Non précisée par nos sources.
Autres noms
Jaspe rubané, Jaspe d’Égypte, Pierre de touche (jaspe noir, ou basanite)
Origines
Russie (Sibérie : jaspe rubané rouge et vert), Égypte (désert Libyque et vallée du Nil : jaspe d’Égypte)
Traitements courants
Teinture (le jaspe teint en bleu est vendu sous le nom trompeur de « lapis suisse »)
Imitations courantes
« Jaspe dalmatien » : une roche à feldspath, quartz et amphibole, qui n’est pas un jaspe selon Gems & Gemology ; Noms commerciaux en « jaspe » donnés à d’autres matières

Qu’est-ce que le jaspe ?

Le jaspe est une roche siliceuse opaque. L'Encyclopædia Britannica de 1911 le définit comme une variété opaque et compacte de quartz, de couleurs variées, contenant souvent de l’argile. Une définition plus récente, citée en 2017 par Gems & Gemology, la revue du GIA, en fait une variété impure de calcédoine ou de chert, dense, translucide à opaque.

Sa couleur vient surtout du fer. Selon la Britannica, le jaspe est en général rouge, brun, jaune ou vert, à cause de composés du fer, oxydes ou silicates. La Gem-A, l’association britannique de gemmologie, le confirme : ce sont les oxydes de fer et les argiles qui ajoutent de la couleur et rendent le jaspe opaque, alors que la plupart des autres calcédoines sont translucides.

Pourquoi la définition du jaspe est-elle floue ?

Parce que le mot couvre des roches très différentes. Gems & Gemology le reconnaît franchement en 2017 :

  • la classification des jaspes n’est pas harmonisée entre la gemmologie et la pétrographie ;
  • le groupe des jaspes réunit des roches sédimentaires, métamorphiques ou volcaniques ;
  • et le terme « jaspe » est devenu commercial et galvaudé par beaucoup de vendeurs.

Le sens du mot a aussi changé avec le temps. Selon la Britannica de 1911, le iaspis de l’Antiquité désignait une pierre assez translucide, souvent verte, qui comprenait sans doute des calcédoines. Le nom vient du grec ; Gems & Gemology le traduit par « pierre tachetée ».

Jaspe, cornaline, agate, onyx : quelle différence ?

Toutes sont des formes de silice, cousines du quartz. Ce qui les distingue :

  • la cornaline est une calcédoine translucide, orange à rouge. Selon la Britannica, c’est sa translucidité qui la distingue du jaspe rouge, toujours opaque ;
  • l'agate est une calcédoine à bandes courbes, en général translucide ;
  • l'onyx est une agate à bandes droites, selon la Gem-A ;
  • le jaspe est opaque, coloré par le fer et l’argile.

La Britannica cite même l'« agate-jaspe », une variété intermédiaire entre le jaspe et la calcédoine. La frontière n’est pas toujours nette.

Quelles sont les variétés de jaspe ?

La Britannica de 1911 en décrit plusieurs :

  • le jaspe rubané, aux couleurs disposées en bandes, comme la pierre de Sibérie à rayures rouge sombre et vertes ;
  • le jaspe d’Égypte, brun, en nodules du désert Libyque et de la vallée du Nil, aux zones claires et foncées ;
  • la basanite, ou pierre de Lydie, un jaspe noir employé comme pierre de touche pour juger la pureté des métaux précieux ;
  • le jaspe porcelaine, une argile durcie par une cuisson naturelle.

Quels « jaspes » n’en sont pas ?

C’est le point essentiel de cette fiche. Beaucoup de pierres vendues sous un nom en « jaspe » n’en sont pas.

Le « jaspe dalmatien ». En 2017, deux chercheurs ont étudié cette pierre blanche tachetée de noir, pour Gems & Gemology. Elle est surtout faite de feldspaths et de quartz, avec des taches noires d'amphibole (arfvedsonite), un peu d’hématite et d’épidote. Les auteurs concluent qu’elle ne répond pas à la définition gemmologique du jaspe, et recommandent de l’appeler « pierre dalmatienne ».

Le « lapis suisse ». Selon le Journal of Gemmology, c’est un jaspe teint en bleu pour imiter le lapis-lazuli. Ici, c’est bien un jaspe, mais teint, et vendu sous le nom d’une autre pierre.

Les autres noms commerciaux. D’autres « jaspes » portent des noms de fantaisie. Pour la plupart, nous n’avons pas trouvé de source fiable qui en établisse la nature. Nous n’en dresserons donc pas la liste, mais retenez la leçon de Gems & Gemology : un nom en « jaspe » ne prouve rien.

Ce que dit la loi française. Une pierre teinte doit être vendue avec la mention « traitée » ou l’indication du traitement (décret n° 2002-65, article 2).

Où trouve-t-on le jaspe ?

La Britannica de 1911 cite le jaspe rubané de Sibérie et le jaspe d'Égypte. Nous n’avons pas trouvé de source fiable et récente qui classe les gisements actuels.

Quelle est sa dureté ?

Les sources ne donnent pas un chiffre unique. Le GIA place le quartz à 7 sur l’échelle de Mohs. La Britannica de 1911 situe la calcédoine vers 6,5. L’USGS, le service géologique des États-Unis, donne pour ces variétés de silice une dureté « variable ».

Comment reconnaître un jaspe, et sa teinture ?

  • L’opacité. Un jaspe ne laisse pas passer la lumière. Une pierre rouge translucide est plutôt une cornaline, selon la Britannica de 1911.
  • La teinture. Selon la Gem-A, la teinture se concentre dans les pores et les fissures. Mais elle prévient qu’une couleur brun rouge dans une fissure peut aussi venir, naturellement, du fer : l’indice n’est pas une preuve.
  • Le nom. Un nom de fantaisie en « jaspe » ne garantit rien. Demandez la nature exacte de la pierre.
  • Le vocabulaire. « Teinte » ou « traitée » doit figurer quand c’est le cas.

Notre guide pour reconnaître une vraie pierre détaille ces mentions.

Amulette égyptienne en jaspe rouge en forme de nœud d’Isis
Amulette égyptienne en jaspe rouge (tyet), 664–334 av. J.-C., Metropolitan Museum of Art. Photo : The Metropolitan Museum of Art, CC0, via Wikimedia Commons

Vertus du jaspe selon la tradition

Ce que dit la tradition : des croyances, pas des faits établis.

Les « vertus » du jaspe sont des croyances. Son histoire, elle, est celle d’un mot qui a changé de sens.

Le jaspe des Anciens n’était pas le nôtre

Selon l'Encyclopædia Britannica de 1911, le iaspis de l’Antiquité était une pierre assez translucide, souvent verte, que l’on comparait à l’émeraude. Il comprenait sans doute des pierres que l’on classerait aujourd’hui parmi les calcédoines. Le mot n’a été réservé que plus tard au quartz opaque.

Une pierre biblique, peut-être

La Britannica rapporte que l’égyptologue Flinders Petrie voyait dans l'odem, la première pierre du pectoral du grand prêtre, un jaspe rouge. D’autres y voient une cornaline ou une sardoine. Notre guide sur la pierre de naissance raconte l’histoire de ce pectoral.

Des amulettes égyptiennes

Le Metropolitan Museum of Art conserve des amulettes égyptiennes en jaspe rouge, datées de 664 à 334 av. J.-C., dont un nœud d’Isis (tyet), et un scaraboïde grec en jaspe rouge.

La pierre de touche

La Britannica de 1911 décrit un jaspe noir, la basanite ou pierre de Lydie, utilisée comme pierre de touche : on y frottait un métal précieux, et la couleur de la trace permettait d’en juger la pureté.

Aujourd’hui

Les vertus que la lithothérapie moderne prête au jaspe relèvent de la croyance. Aucune n’est établie.

Entretien et rangement

Le jaspe est une roche siliceuse, proche du quartz. Les sources ne donnent pas un chiffre unique : le GIA place le quartz à 7 sur l’échelle de Mohs, la Britannica de 1911 situe la calcédoine vers 6,5, et l’USGS donne pour ces variétés de silice une dureté « variable ». Il supporte en général un port quotidien.

S’il est teint, la Gem-A rappelle que certains solvants peuvent retirer une teinture. Évitez donc les solvants, comme le dissolvant à ongles.

Nous n’avons pas trouvé de consigne de nettoyage propre au jaspe dans une source fiable. La règle générale de la Gem-A pour les bijoux s’applique : brosse douce et eau savonneuse. Rangez-le à part.

Questions fréquentes

Le jaspe dalmatien est-il un jaspe ?

Non, selon une étude publiée en 2017 dans Gems & Gemology. Cette pierre tachetée est surtout faite de feldspath et de quartz, avec des taches noires d’amphibole. Les auteurs recommandent de l’appeler « pierre dalmatienne » plutôt que « jaspe dalmatien ».

Quelle différence entre jaspe et cornaline ?

La transparence. Selon la Britannica de 1911, la cornaline est toujours translucide, alors que le jaspe de même couleur est opaque. La Gem-A explique que ce sont les oxydes de fer et les argiles qui rendent le jaspe opaque.

Qu’est-ce que le « lapis suisse » ?

Du jaspe teint en bleu, pour imiter le lapis-lazuli, selon le Journal of Gemmology. Le nom est trompeur : ce n’est ni du lapis-lazuli, ni une pierre suisse. Une pierre teinte doit être vendue comme « traitée » (décret n° 2002-65, article 2).

Pourquoi le jaspe a-t-il tant de noms ?

Parce que le mot est employé très largement. Gems & Gemology note que la classification des jaspes n’est pas harmonisée entre gemmologues et pétrographes, et que le terme est souvent mal utilisé par les vendeurs. Un nom en « jaspe » ne garantit donc pas qu’il s’agisse d’un jaspe.

Guides liés

Sources

  1. T. Powolny et M. Dumańska-Słowik, True Colors of « Dalmatian Jasper », Gems & Gemology, automne 2017 (GIA)
  2. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Jasper » (Wikisource)
  3. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Carnelian » (Wikisource)
  4. Encyclopædia Britannica, 11e édition (1911), « Chalcedony » (Wikisource)
  5. Gem-A, Buying Guide: Get To Know The Different Types Of Chalcedony
  6. Journal of Gemmology, vol. XIV n° 2 (avril 1974), Gemmological Association of Great Britain (PDF)
  7. Gem-A, Gemmology Insights: How To Recognise Dyed Gemstones
  8. Gem-A, Buying Guide: The Best Ways To Care For Gemstone Jewellery (P. Daly)
  9. USGS, Gemstones : Mineral Gemstones (General Interest Publication)
  10. GIA, Amethyst (Gem Encyclopedia) : dureté du quartz
  11. Légifrance, décret n° 2002-65 du 14 janvier 2002, article 2
  12. The Metropolitan Museum of Art, Red jasper amulet of tyet (Égypte, 664–334 av. J.-C.) et Red jasper scaraboid (grec) (source culturelle, sur la tradition)